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Tanguy Le Turquais : “Gagner des courses est important, mais affronter ses problèmes l’est encore plus”

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Tanguy Le Turquais.

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Domitille Farret d'Astiès - publié le 27/10/25
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Six heures après le départ de la Transat Café l’Or, dimanche 26 octobre, le trimaran Lazare x Hellio de Tanguy Le Turquais et de son coéquipier Erwan Le Draoulec a chaviré au nord de la Hague (Cotentin). Les deux skippeurs ont été hélitreuillés et ce lundi, leur multicoque a pu être redressé. Tanguy Le Turquais, qui porte les couleurs de l’association Lazare, a répondu à quelques questions pour Aleteia.

Le trimaran Lazare x Hellio de Tanguy Le Turquais et de son coéquipier Erwan Le Draoulec a chaviré dans la nuit du 25 au 26 octobre, quelques heures après avoir pris le départ de la Transat Café l'Or. "Ce qui se passe autour de nous, c’est vraiment touchant. Beaucoup de gens nous filent un sacré coup de main : déjà, il y a toute notre équipe, mais aussi la SNSM, les yacht clubs de Cherbourg... On a beaucoup de chance.", confie Tanguy Le Turquais à Aleteia. "La suite, c’est remettre un pied devant l’autre. À présent, le choc du chavirage est passé et on va digérer ce qu'on a vécu. Pour le moment, on n’a pas eu le temps de redescendre de ce qui nous est arrivé car on a été dans l’action très vite, mais à un moment, il va y avoir une redescente psychologique." Entretien.

Aleteia : Comment vivez-vous ce choc ? 
Tanguy Le Turquais : C’est la première fois que cela nous arrive de nous retourner : c’est un vrai traumatisme. Il faut comprendre plusieurs choses : d’abord, se retrouver dans l’eau de nuit, au mois d’octobre, au raz Blanchard, l’un des endroits les plus dangereux au monde, ce n’est pas une situation où le pourcentage de chances de survie est très élevé. Donc même si tout s’est bien passé et qu’on n’a pas eu très peur car on a été sauvé dans de très bonnes conditions, c’est quand même une situation dans laquelle on n’a pas envie de se retrouver. Ensuite, concrètement, on a cassé un bateau qui vaut quatre millions d'euros et qui n’est pas assurable. Il a donc fallu réussir à le récupérer grâce à l’aide de la SNSM [Société nationale des sauveteurs en mer, ndlr] et à le redresser. Ensuite il faudra le ramener à bon port, et enfin, trouver les finances pour le réparer et faire en sorte qu’il navigue à nouveau. Prendre le départ d’une course comme la Transat Café l’Or, c’est génial, c’est un dépassement de soi et un dépassement sportif. Là, ce qu'on va devoir réaliser, ce n’est pas une course sportive mais une course contre le temps, une course d'entrepreneurs, une course de levée de fonds. Ce qui nous attend, c’est une épreuve bien plus complexe que d’aller simplement traverser l’Atlantique. Mais on va affronter cela et ce sera super. À l’heure où vous m’appelez, c’est une très belle journée car on a pu redresser le bateau et on pense qu’on devrait pouvoir le ramener à bon port à Lorient dès que les conditions météo le permettront. C’est hyper positif.

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Les skippers Erwan Le Draoulec et Tanguy Le Turquais après leur sauvetage par la Préfecture maritime de Manche Mer du Nord le 26 octobre 2025.

Vous êtes-vous senti soutenu dans l’épreuve ?
Ce qui se passe autour de nous, c’est vraiment touchant. Beaucoup de gens nous filent un sacré coup de main : déjà, il y a toute notre équipe, mais aussi la SNSM, les yacht clubs de Cherbourg... On a beaucoup de chance. C’est sympa de voir tous ceux qui se donnent à fond quand les autres sont au fond du seau. C’est génial de voir toute cette ferveur : ils ne demandent rien, ils sont là juste pour nous aider. Voir les gens faire don de soi, c’est quelque chose que je trouve super beau, et là on le vit depuis qu’on s’est retourné. Je pense au gars dans l’hélicoptère qui s’est jeté dans le vide pour venir nous chercher sur notre bateau au milieu de la tempête, mais aussi au petit jeune en vacances qui vient nous aider à tirer sur les bouts. C’est trop chouette et trop beau. Les gens de Lazare nous soutiennent : ils envoient plein de messages et c’est trop bien.

Quand il y a des petites victoires qui s'offrent à nous, il faut savoir les prendre. On a besoin de se faire ce cadeau-là sinon on n’y arrivera pas.

Et la suite ?
La suite, c’est remettre un pied devant l’autre. À présent, le choc du chavirage est passé et on va digérer ce qu'on a vécu. Pour le moment, on n’a pas eu le temps de redescendre de ce qui nous est arrivé car on a été dans l’action très vite, mais à un moment, il va y avoir une redescente psychologique. Il va falloir trouver les financements pour réparer le bateau et puis remonter en selle le plus vite possible. On ne va pas ruminer notre malheur : maintenant, il faut être dans un état positif. Quand il y a des petites victoires qui s'offrent à nous, il faut savoir les prendre. On a besoin de se faire ce cadeau-là sinon on n’y arrivera pas. À chaque fois qu’il m’arrive une galère dans la vie, et là ç’en est une belle, je commence par être abattu et très vite je retrouve de la lucidité et je me dis que c’est une belle occasion de prouver qu'on est capable de faire de grandes choses. Et je crois que pour Lazare, c’est l’essentiel : qu’on gagne des courses, c’est important, mais qu’on affronte nos problèmes, ça l’est encore plus. Voilà une belle occasion de prouver qu’on porte bien leurs couleurs.

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