Enseignante-chercheuse à l’université de York (Angleterre) spécialisée en littérature jeunesse, l’écrivaine et traductrice littéraire Clémentine Beauvais s’est fendue en 2021 d’un livre sur l’illustre apôtre du Sacré-Cœur, à la demande d’une de ses proches, éditrice à l’Emmanuel. Une requête gonflée et périlleuse, la jeune femme étant à mille lieux de la sphère catholique (depuis elle s’en est un peu rapprochée, le père de ses trois enfants étant catholique). Alors que le film Sacré-Cœur du couple Gunnell cartonne, Aleteia l'a interrogée sur ce succès aussi inédit que sa biographie détonante et drolatique à redécouvrir.
Aleteia : Alors, qu’avez-vous pensé de ce film sur le Sacré-Cœur qui remet à l’honneur votre aïeule ?
Clémentine Beauvais : J’ai été très heureusement surprise, je ne m’attendais pas du tout à ça ! Je pensais que ce serait un documentaire plus didactique avec une voix off qui présenterait Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur… Or, tel qu’il est conçu, [avec une alternance de témoignages, interviews d’experts et reconstitution fictive, ndlr], je trouve qu’il laisse toute sa place à la liberté du spectateur. Il m’a fait songer à une boule à facettes que l’on ferait tourner pour explorer différents aspects de ce que peut être le Sacré-Cœur, selon l’époque, le profil des personnes… Et puis, les témoignages sont beaux !
Le film gomme le côté borderline de Marguerite-Marie, et c’est tant mieux !
La représentation de Marguerite-Marie vous paraît-elle fidèle à la réalité ?
Il n’y a rien qui ne soit juste, mais disons que ça m’a paru très édulcoré… C’était quand même une femme qui ne faisait pas dans la demi-mesure en matière de mortification ! Certaines apparitions relèvent même du registre baroque avec des fantômes et compagnie ! Pour autant, je ne vois pas là une omission coupable des réalisateurs, car c’est moins lié au Sacré-Cœur en tant que tel qu’au mysticisme singulier de Marguerite-Marie. Et c’est peut-être aussi bien comme ça, car ces pratiques d’auto-flagellation lui ont porté préjudice. Quand mon éditrice m’a fait faire le tour des locaux de l’Emmanuel en me présentant comme une future biographe de la sainte, la réaction du plus grand nombre était "ouh là là !" Le film gomme le côté borderline de Marguerite-Marie, et c’est tant mieux ! Je suis donc très contente que ce film réhabilite mon aïeule sans générer cette impression de "ouh là là" ! Finalement, c’est une manière de se concentrer sur l’essentiel, donc de lui être fidèle.
Comment expliquez-vous le succès du film ?
Je viens seulement de le voir car j’habite en Angleterre, où il n’est pas diffusé. Mais je piaffais tant j’avais envie de comprendre cet engouement [200.000 spectateurs à ce jour, ndlr]. Qui me paraît d’autant plus étonnant que je ne le trouve pas très grand public : il y a tout un jargon religieux qui n’en fait pas à mon sens un film compréhensible par tous, mais en dit long sur la qualité d’attention de ceux qui sont allés le voir, des croyants ou chercheurs de sens, je suppose. J’avais aussi imaginé que ce long-métrage jouerait sur la manipulation émotionnelle. Or, ce n’est pas du tout le cas : les témoignages sont très forts et émouvants mais pas "tire-larmes"… J’en ai parlé avec ceux de mes amis qui l’ont vu, pour la plupart croyants : ils ont souvent été bouleversés. Je pense que c’est dû à la sincérité de ces lumineux témoins.
Cela a été une étape littéraire et personnelle importante.
Qu'est-ce que le livre que vous avez écrit sur Marguerite Marie a changé dans votre vie ?
Indéniablement, ça a été une étape littéraire et personnelle importante… Même si le Sacré-Cœur ne représente pas grand-chose pour moi et que je ne me suis pas convertie, en dépit de toutes les personnes qui me disent prier en ce sens pour moi ! Je suis très heureuse de l’avoir écrit, qui plus est du vivant de ma grand-mère, catholique convaincue dont j’étais très proche - elle est morte depuis. J’ai fait beaucoup de belles rencontres autour de ce livre, que je n’aurais jamais faites tant je méconnaissais l’univers catho. La plus marquante a peut-être été celle avec les Visitandines de Paray-le-Monial que j’ai été voir après la parution du livre. C’était il y a cinq ans, mais il continue sa vie. Je vous annonce même en avant-première qu’il va bientôt être adapté au théâtre et joué par une actrice en seule-en-scène…
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