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Cancer du sein : le saut de haie de Claire

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Claire et sa famille.

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Domitille Farret d'Astiès - publié le 27/10/25
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Alors que la campagne Octobre rose est dédiée à la prévention du cancer du sein, Claire, qui a fait face à cette maladie, témoigne de son parcours auprès d’Aleteia. "J’ai dû apprendre en express à dire de quoi j’avais besoin, à être simple avec les gens, sans avoir peur de trop demander ou de déranger", confie-t-elle. "C’était une première pour moi d’être en situation de grande vulnérabilité." Rencontre.

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Vous avez l’image de Dorothée, l’héroïne du Magicien d’Oz, au beau milieu d’une tornade au début du film ? C’est ce genre de cyclone qu’a traversé Claire avec son cancer du sein. Celle qui a aujourd'hui 40 ans vit dans les Yvelines avec son mari Pierre et leurs quatre jeunes enfants, Victor, Félix, Jeanne et Pio. La mère de famille a un gène qui la prédisposait au cancer. Considérée comme une personne à risque, elle se livrait donc à des examens de contrôle réguliers et minutieux mais la période du Covid a tout annulé. Lorsque des masses suspectes alertent le corps médical au milieu de l’année 2020, une grossesse empêche de pousser les examens plus loin. En mai 2021, cinq mois après la naissance de son quatrième enfant, le couperet tombe : on vient de lui détecter un cancer à chaque sein. Elle a 36 ans. 

L’annonce du diagnostic se passe bien. Trop bien, même, réalise-t-elle aujourd’hui. Claire passe "en mode super woman", comme elle le formule avec humour : elle lance un pèlerinage à Lourdes en famille, s’organise pour recevoir le sacrement des malades, cherche la baby-sitter parfaite pour s’occuper des enfants… "Je suis entrée dans une espèce d’hyperactivité. Je minimisais ce qui m’arrivait, je voulais le contrôler", poursuit-elle. "J’ai enfilé trop vite le costume de la super woman et j’ai balayé l’étape où l’on s'assoit pour encaisser le choc. Le coup de massue, je l’ai reçu plus tard : et il m’a donné un vertige incroyable", enchérit-elle, décrivant une espèce de nausée mêlée  à une immense confiance dans l’avenir malgré les incertitudes. "Le plus inquiétant, c’était l’idée de fabriquer quatre petits orphelins de maman. J’ai trouvé ça assez glaçant. Il a fallu le dire aux enfants de façon vraie et en même temps ajustée à leur âge pour ne pas faire peser un fardeau sur leurs épaules. Mais je tenais sur mes jambes car je me disais que Dieu avait forcément un plan d’une façon ou d’une autre. Peut-être sans moi, mais que cela se passerait bien. Avec quand même la détermination que ce soit avec moi ! Cet abandon qui sortait de nulle part, c’était donné." 

Je me sentais impossible à aider.

Le grand défi de cette période ? Pour Claire, la réponse fuse sans ambages : accepter de se laisser aider. "J’ai dû apprendre en express à dire de quoi j’avais besoin – parfois je ne le savais pas moi-même  –, à être simple avec les gens, sans avoir peur de trop demander ou de déranger. C’était une première pour moi d’être en situation de grande vulnérabilité et je me sentais impossible à aider", glisse-t-elle. Elle salue "tous ceux qui ont osé mettre les pieds dans le plat et poser des questions", proposant leur aide, envoyant un dessin, un bouquet, un petit message, une plaquette de chocolat ou la promesse d’une prière, mais aussi ceux qui se sont manifestés en avouant ne pas savoir quoi faire. "Je suis pleine de gratitude", sourit-elle. "Si je mets tout cela bout à bout, je réalise que j'ai eu énormément de chance." 

Côté couple, Claire évoque les belles choses mais aussi la difficulté à communiquer et à se sentir loin de l’autre. "C’est vrai que cela renforce, mais ce n’est pas si simple. C’est dur quand l’autre semble ne pas comprendre ce qui se joue en moi, quand celui qui m’aide ne sait pas ce dont j’ai besoin", poursuit la mère de famille. "En face, il y a aussi de l’impuissance et de la souffrance. Cette période a été une grande épreuve pour notre couple que nous n’avions pas vu venir." 

Un saut de haie compliqué

Décision est prise de lui ôter les deux seins : l’opération se passe bien et  les résultats sont très positifs. "L’intervention a été plus facile à vivre que ce que j'imaginais", souffle la mère de famille. Si, Covid oblige, elle est obligée de se rendre seule à l’hôpital et ne peut recevoir aucune visite, elle garde néanmoins le souvenir d’avoir été assez entourée. "Familialement c’était assez dingue, vraiment paisible", se remémore-t-elle. Mais c'est après que le pire survient. Claire choisit l’image du saut de haie. "Une fois qu'on a sauté l’obstacle, c’est là que ça se joue. J'ai traversé un long moment de flottement et de réajustement. Ça a été comme une sortie de tornade. Moi qui m’attendais à un grand soulagement, en réalité, c’est cette période qui a été la plus dure à vivre. Quand on est dedans, on tient bon car on est dans la bagarre. Mais ensuite, c'est comme un retour de flamme". Surgit alors la question : "Qu’est-ce qui vient de se passer ?". Le stress, la peur, son corps chamboulé : tout ce qu'elle vient d’endurer lui saute brutalement au visage sans crier gare. L’apaisement viendra avec le temps et avec le soutien solide et régulier d'une psychologue.  

À présent, même si elle est toujours à risque, Claire est guérie de ce cancer. Que retire-t-elle de cette épreuve ? "J’ai progressé en abandon, en lâcher-prise et en confiance en Dieu. J’ai accepté que ce n’était pas dans mes mains, que je ne pouvais pas tout contrôler et que je n’étais pas indispensable. Aujourd’hui, le scénario catastrophe me fait moins peur. Je m’en serais bien passée mais je ne regrette pas ce qui a été vécu". 

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