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L’assemblée est éclectique : un homme en complet cravate côtoie son voisin en jean-t-shirt, écouteurs enroulés autour du cou ; non loin, une femme en boubou berce son nourrisson. Des jeunes filles aux jupes longues et aux joues empourprées de timidité, couvertes de mantilles blanches et noires, égrènent leur chapelet tandis qu’à l’autel de la chaire, se déroule ce samedi 25 octobre une liturgie qui n’était plus célébrée ici depuis 2022.
Entre deux hymnes grégoriens, le silence se déploie sur le fond du brouhaha des touristes qui défilent dans la plus grande basilique du monde. L’assemblée déborde des rangs, certains ayant élu leur siège sur le sol de marbre, d’autres s’appuyant sur un pilier, visiblement fatigués. Un brancard est apporté en toute hâte pour un fidèle qui a eu un malaise… il faut dire qu’arriver dans la basilique est un périple, la sécurité et les volontaires étant débordées par les flots continus de visiteurs à juguler. L’attente a été longue dans le couloir qui conduit à la Porte sainte.

Malgré tout, ils sont là, recueillis, attentifs. Après l’Évangile, pendant près d’une demi-heure à l’autel de la chaire, le cardinal Raymond Burke, répète son homélie en italien, espagnol, français et anglais : il se réjouit de célébrer selon "la forme la plus antique du rite romain" et loue le motu proprio Summorum Pontificum, de Benoît XVI qui en 2007 libéralisait la "forme extraordinaire" du rite romain en autorisant largement l’usage du missel de 1962 publié par Jean XXIII avant le concile Vatican II. Le prélat défend dans ce rite la pureté de la tradition apostolique et invite à se laisser inspirer par sa "beauté" dans la vie quotidienne.
L’ancien préfet du tribunal suprême de la Signature apostolique passe en revanche sous silence le motu proprio Traditionis custodes du pape François, qui a abrogé Summorum Pontificum en 2021. Le texte, restreignant la possibilité de célébrer selon l’ancien rite, avait provoqué la colère et le ressentiment des adeptes de cette liturgie.
Pour beaucoup, la possibilité de revenir sous les ors de la basilique vaticane est vue comme une main tendue par Léon XIV en ce début de pontificat. L’enjeu est pris sérieusement au Vatican, puisque le directeur éditorial de Vatican News s’est fendu d’un tweet, peu avant la célébration, rappelant que ce rite avait été célébré même après Traditionis Custodes, en 2021 et 2022, "avec l’accord de François".
"J’espère que Léon XIV nous ouvrira la porte"
Au côté du cardinal Burke, c’est le cardinal albanais Ernest Simoni, qui prononce les mots d’envoi des fidèles au terme de la liturgie qui a duré plus de deux heures. Dans la foule qui s’écoule à la sortie, Elena conserve délicatement sa mantille blanche. La jeune médecin de 25 ans a fait le voyage depuis le Portugal pour participer à son deuxième pèlerinage Summorum Pontificum. "C’était important pour moi de revenir voir cette messe célébrée à cet autel", se réjouit-elle.
"J’ai découvert cette liturgie pendant la pandémie de Covid", raconte la jeune fille à Aleteia. "J’ai apprécié les temps longs de silence, le grand respect et la déférence qui s’y vivent. J’y suis allée de plus en plus souvent et puis mes parents aussi m’ont suivie et ont redécouvert la prière grâce à ce rite".
En venant à Rome, Elena assure avoir "prié pour que le nouveau pape soit plus ouvert vis-à-vis de cette dévotion particulière". "Léon XIV semble une figure de paix. J’espère qu’il sera un père pour nous et qu’il nous ouvrira la porte", glisse-t-elle en regrettant que "ceux qui aiment cette liturgie ont été un peu opprimés par le passé".

Pascal et Mary-Anne sont venus du Nigéria pour participer à ce pèlerinage pour la première fois. "Nous voulions participer à cette messe parce que pour nous cela signifie être catholiques", confient-ils. C’est par le rite tridentin que "des personnes se sont converties en masse" au Nigéria, assure Pascal, tenant sa petite fille de quelques mois endormie dans un porte-bébé. Pour le couple, "la messe en latin est la messe de nos pères, c’est un héritage". Avec une certaine pudeur, ils évoquent les "améliorations" et "les meilleures dispositions" de Léon XIV à leur égard. Mais au-delà des dissensions liturgiques, ce qui compte, conclut le jeune père, ému de sa visite au tombeau des apôtres, c’est "d’être saint".
Dans son premier entretien accordé au média américain Crux, publié mi-septembre, Léon XIV avait abordé cette question sensible, confiant avoir reçu "un certain nombre de demandes et de lettres" à ce sujet. Le pontife américano-péruvien admettait que les "abus" autour de la nouvelle liturgie instituée après le concile – la messe dite “Paul VI” – avaient pu éloigner "les personnes qui cherchaient une expérience plus profonde de prière, de contact avec le mystère de la foi". Il diagnostiquait aussi que ce thème était devenu parfois "un outil politique", un "prétexte pour faire avancer d’autres sujets". C’était l’un des arguments du pape François, qui estimait que le refus du nouveau rite exprimait un rejet de la théologie du concile Vatican II. Assurant que cette question était dans son agenda, Léon XIV annonçait qu’il aurait "bientôt" l’occasion d’échanger avec un groupe de personnes plaidant pour ce rite.











