Que reste-t-il des émeutes de 2005 qui ont éclaté dans les banlieues françaises ? Coordinateur de la Fraternité missionnaire des cités, Jean-Étienne Rime constate un retour du dialogue dans les quartiers. À Clichy-sous-Bois, la paroisse catholique joue pleinement son rôle au service de la paix sociale.
Les cités en feu avec un épicentre à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), ces images datent de vingt ans et restent en mémoire tant elles ont été filmées, commentées par tous les médias, les politiques, les influenceurs de l’époque. Qu’en reste-il ? Une certaine idée des quartiers populaires, qui sont pour beaucoup des lieux de non-sécurité, de violence, de trafics en tous genres ; ils sont considérés comme des zones de non-droit dans lesquelles personne ou presque n’irait s’aventurer et ceux qui le font, enseignants, policiers ou éducateurs sont regardés comme des quasi-héros. Comme les images sont tenaces. Certes, il existe une délinquance qu’il faut combattre dans ces quartiers — ne soyons pas naïfs — mais il s’y passe aussi de très belles choses et personne n’en parle, on ne s’en doute même pas. C’est vrai, la paix n’a pas d’histoire, le calme n’attire pas les médias.
"Désormais, on se parle"
Revenons aux émeutes d’octobre 2005. Originaire de Clichy-sous-Bois et aujourd’hui curé de la paroisse, le père Raphaël Grondin se souvient : "Je demandais à des jeunes pourquoi ils avaient brûlé l’école et la réponse des jeunes était sidérante : “Là-bas, j’ai été maltraité”." L’étincelle qui a déclenché cette boule de feu et embrasé les cités pendant trois semaines est certainement due à la mort de deux jeunes électrocutés dans l'enceinte d'un poste électrique alors qu'ils cherchaient à échapper à un contrôle de police. Il y eut aussi trois jours plus tard l’envoi d'une grenade lacrymogène à l'entrée de la mosquée Bilal par des forces de l'ordre victimes de tirs de projectiles. L’origine est plus profonde, qui se trouve dans l’abandon, le manque de considération de ces jeunes livrés à eux-mêmes et n’ayant plus le sens du juste, du raisonnable. On pourrait épiloguer longuement sur ces causes, mais s’il y a une réponse à ces émeutes, on la trouvera dans l’actualité de Clichy-sous-Bois et de tant d’autres quartiers populaires d’aujourd’hui quand on constate une bonne entente entre les jeunes de toutes origines, de toutes confessions.
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Désormais, on se parle. Des relations de confiance se sont construites entre les élus, les religions mais aussi entre jeunes qui cherchent à être intégrés. Prenons deux exemples parmi tant : à la récente inauguration de la mosquée Bilal de Clichy, une délégation catholique a été invitée et s’est rendue à la cérémonie. De la même façon, plus de 2.000 personnes se sont réunies comme chaque année le deuxième dimanche de septembre pour le pèlerinage diocésain au sanctuaire Notre-Dame des Anges : tout s’est déroulé dans la paix, la joie et le respect des autres religions et de ceux qui n’en n’ont pas.
Pas d’angélisme
Les jeunes des aumôneries ont des relations fraternelles avec les protestants, ainsi qu’avec les musulmans qui souffrent de l’assimilation islam/radicalisme. Les musulmans n’apprécient pas les salafistes qui sont à l’œuvre, comme ces radicaux actifs mais minoritaires. À Clichy-sous-Bois, le dialogue est rétabli. Les relations fraternelles se vivent au quotidien. Même le maire et le curé ont créé des terrains d’entente. Il faut dire qu’ils étaient copains d’école et si on les surnomme Peppone et Don Camillo, ils œuvrent ensemble pour créer un climat apaisé ! À noter que les mouvements faisant suite à l’affaire Nahel, cet adolescent franco-algérien tué par un policier après un refus d’obtempérer le 27 juin 2023, n’ont pas donné aux mêmes troubles qu’en 2005, parce que les relations sociales se sont améliorées et que le dialogue existe.
Que de belles histoires à Clichy-sous-Bois comme dans d’autres quartiers ! Malheureusement, on les ignore, préférant montrer ce qui divise. Que de belles personnes engagées dans le dialogue et la fraternité dans la discrétion et la modestie, comme le levain dans la pâte, un levain de paix et d’entente !
Quels enseignements en tirer ? Tout d’abord, pas d’angélisme ni de naïveté, les tensions peuvent rejaillir. Si des militants ultras affichent le souvenir des deux jeunes morts de 2005, symboles des émeutes, espérant rallumer cette boule de feu, ce sera probablement en vain, même si leur lavage de cerveaux reste inquiétant.
Ces belles histoires ignorées
Ensuite, il faut considérer et saluer ce souci de la fraternité entre les religions et les populations d’origines si différentes, avec un rôle important joué par les élus, les responsables sociaux et religieux, dont la paroisse catholique qui, ici comme ailleurs dans le diocèse, est considérée comme le lieu de paix par excellence. Les catholiques vivent leur foi dans le sens de la charité et l’accueil de l’autre dans sa différence, avec un esprit de paix et de joie partagées. L’église est pleine le dimanche, les jeunes sont là, prient et louent le Seigneur, ils ouvrent leurs bras aux autres, ceux qu’ils côtoient tous les jours à l’école, en pratiquant leur sport ou au boulot.
Que de belles histoires à Clichy-sous-Bois comme dans d’autres quartiers ! Malheureusement, on les ignore, préférant montrer ce qui divise. Que de belles personnes engagées dans le dialogue et la fraternité dans la discrétion et la modestie, comme le levain dans la pâte, un levain de paix et d’entente ! Cela n’intéresse pas les médias voyeurs, mais ne peut laisser indifférents les Français vivants dans les villes, bourgs ou campagnes qui doivent porter un autre regard sur ces quartiers populaires riches d’une fraternité vivante.












