Il y a des rapprochements qui peuvent être saisissants dans les lectures du temps liturgique — par exemple de dimanche entre la deuxième lecture et l’Évangile. Le début du texte de saint Paul ressemble étrangement à la prière du pharisien : "J’ai mené le bon combat […], j’ai gardé la foi […]. Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice !" (2Tm 4, 7.) La coïncidence ne paraît pas très heureuse. Mais au lieu de faire du mauvais esprit, profitons de l’occasion pour écouter un peu plus attentivement les deux discours, pour les comparer et voir ce qui fait la différence entre le pharisien de la parabole et l’apôtre des nations !
Deux regards différents
Tout d’abord il y a le regard sur les autres. Le regard du pharisien est très fermé : "Je ne suis pas comme les autres hommes ou comme ce publicain" (Lc 18, 11). Une manière de se mettre à part des autres, de se croire meilleur. Et puis quel mépris pour ses concitoyens, comme si tout le monde était voleur, injuste et adultère ! Au contraire, saint Paul s’inclut dans un groupe plus grand "non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui auront désiré avec amour sa Manifestation glorieuse" (2Tm 4, 8) et il n’a pas de mépris mais de la miséricorde puisqu’il prie pour ceux qui lui ont fait du mal : "Tous m’ont abandonné, que cela ne soit pas retenu contre eux" (v. 16).
Ensuite, il y a le regard sur Dieu. La prière du pharisien est une longue litanie de ses mérites personnels : "Je te rends grâce… je ne suis pas… je jeûne… je verse... je gagne." Comme si le rôle du Seigneur était d’entendre ses qualités et ses titres de gloire. Au contraire, dans la lettre de saint Paul, Dieu est partout ! À chaque étape de son témoignage, il évoque la présence et l’action de Dieu. Enfin, il y a le regard sur soi. L’attitude du pharisien est arrogante et orgueilleuse : il fait étalage de lui-même. Tandis que saint Paul reconnaît d’où vient sa force et sa fidélité, il est tout entier dépendant du Seigneur qui l’a assisté et qui l’assistera encore. Il a l’attitude de celui qui a été sauvé et qui respire l’espérance. L’apôtre ne se croit pas juste, il se sait justifié !
Les dons de l’Esprit saint pour guider notre regard
Il y a bien des différences et des différences significatives entre les deux prières, celle de saint Paul et celle du pharisien ! Plus profondément, on peut reconnaître dans la prière de l’apôtre les dons de l’Esprit saint à l’œuvre. C’est le don de science qui guide son regard sur les autres. Ce don qui permet d’entrer dans le regard de Dieu sur le monde, sur nous, sur ceux que nous rencontrons. Prier pour les autres, c’est essayer de les regarder comme Dieu les regarde. C’est d’ailleurs le don de science qui conduit la démarche du publicain qui reconnaît que Dieu n’est pas absent de sa vie même s’il a péché.
Laissons l’Esprit saint éclairer notre regard pour que nos cœurs battent au rythme du cœur de Dieu.
C’est le don de crainte ou d’adoration qui guide son regard sur Dieu. Ce don qui permet de regarder Dieu tel qu’il est ; de là où nous sommes, sans nous croire supérieurs ou même égaux à Lui. La prière est toujours une attitude d’humilité devant le Seigneur pour le contempler dans sa gloire. C’est d’ailleurs le don de crainte qui conduit l’attitude du publicain, humble et repentant devant Dieu. C’est enfin le don de piété ou d’affection filiale qui guide son regard sur lui-même. Ce don qui permet d’aimer le Seigneur et de reconnaître son amour pour nous. La piété ouvre à l’action de grâce, à la reconnaissance de ce que Dieu fait pour nous ; elle ouvre aussi à la confiance en Dieu : "Il me sauvera et me fera entrer dans son Royaume céleste". C’est la même piété qui conduit la prière du publicain qui se confie dans la miséricorde de Dieu.
Avec l’aide de Marie
Pour éviter d’avoir une prière inutile comme celle du pharisien, pour entrer dans la prière des enfants de Dieu, celle de l’apôtre comme celle du publicain, appuyons-nous sur les dons de science, de crainte et de piété. Laissons l’Esprit saint éclairer notre regard pour que nos cœurs battent au rythme du cœur de Dieu.
Que la Vierge Marie nous aide à nous laisser guider par l’Esprit saint dans la prière. Trône de la Sagesse, qu’elle nous apprenne à accueillir le don de science pour que nos yeux regardent à la manière de Dieu. Humble Servante du Seigneur qu’elle nous montre comment accueillir le don de crainte que pour nos bras s’élèvent dans la prière. Mère de Miséricorde qu’elle nous accompagne dans l’accueil du don de piété pour que nos cœurs s’ouvrent à l’Amour du Seigneur et qu’ainsi nous puissions entrer dans le Royaume où Dieu nous attend dès maintenant et pour les siècles des siècles.
Lectures du 30e dimanche du temps ordinaire :










