Créateur des Cœurs Vaillants ("À cœur vaillant, rien d’impossible"), fondateur des éditions Fleurus, le père Gaston Courtois (1897-1970) est une figure oubliée du monde de l’éducation et de la presse catholiques. Fils de la charité, il fut l’un des piliers de l’œuvre des patronages en France. Deux ouvrages de ce formateur expérimenté et percutant, réédités aux éditions Sainte-Madeleine, sont une mine d’or pour quiconque exerce des responsabilités : L’Art d’être chef et L’École des chefs.
Répondre de ses actes
Les résumer tient de la gageure et nous ne nous y risquerons pas. Toutefois, en extraire certaines recommandations pour aujourd’hui, dans un monde ou la performance l’emporte souvent sur la force d’âme, peut s’avérer utile. Gaston Courtois peut nous aider à répondre à l’impératif d’être efficace mais sans perdre son âme. "Et que sert à un homme de gagner le monde entier, s’il vient à perdre son âme ? " (Mt 16, 26).
Précisons tout d’abord le sens des responsabilités selon lequel une personne doit répondre de ses actes. Dans la racine du mot, ressort le mot latin sponsio, promesse. Celle que nous faisons aux autres et celles que nous représentons pour eux. Le sens des responsabilités revient à honorer nos promesses, et finalement renvoie directement à la parabole des talents. D’une part tous nos collaborateurs, au poste adéquat, ont une grande valeur, même celui tout en bas de la pyramide. D’autre part, nous avons un devoir vis-à-vis d’eux. C’est pourquoi Gaston Courtois établit une longue liste des qualités nécessaires à cette promesse vivante. Nous en avons choisi six, éminentes, qui préfigurent toutes les autres. Elles feront sans aucun doute la différence entre deux chefs !
1Le sens du réel
"Est bien ce qui est conforme à la réalité" écrit Gaston Courtois. Le sens du réel consiste à mettre notre subjectivité de côté pour regarder la réalité en face. Pour cela, encore faut-il sortir de son bureau et aller au contact des gens, voir ce qui se passe sur le terrain, c’est-à-dire dans la boue, dans les autres bureaux, dans les ateliers. On n’apprend pas à nager en regardant des vidéos mais en allant à la piscine ! L’observation, l’attention servent la concentration sans laquelle nous nous laissons submerger par des images et des passions qui nous éloignent de la réalité.
2La connaissance des hommes

Un chef est un professionnel du psychisme humain ; il s’adapte aux personnes qui sont avec lui, ici et maintenant, pour ajuster ses exigences et ses encouragements. Encore faut-il pour cela connaître vraiment ses collaborateurs pour discerner les signaux faibles de la joie et surtout de la peine, de la motivation et de la démotivation, de la générosité ou de l’égoïsme, du sens du service ou de l’orgueil. Comment ? Tout simplement en s’intéressant à eux, en vérité.
3L’esprit de décision
Il y a de nombreux moyens subtils de ne pas décider. Celui des esthètes qui veulent une décision parfaite, donc illusoire et toujours en retard. Celui des girouettes qui se rallient trop facilement au sentiment général. Enfin celui de l’autocrate, qui impose ses vues sans consultation et conseils préalables. Décider suit une méthode plutôt simple : discerner — se faire conseiller — établir des modes d’action — en choisir un — le mettre en œuvre. Un vrai chef incarne la décision prise, il devient le garant du succès collectif et assume l’échec pour mieux rebondir. Le chef est celui qui prend la bonne décision à temps, la fait mettre en œuvre et crée les conditions du succès collectif. L’esprit de décision, c’est la promesse en acte !
4L’esprit de justice

Rendre à chacun ce qui lui est dû n’est pas toujours chose aisée. Les erreurs de jugement par paresse ou par peur, les incompréhensions émaillent notre vie quotidienne. Prendre la peine d’apprécier un travail à sa juste valeur, positionner ses collaborateurs sur des postes qui correspondent à leurs capacités (physique, intellectuelle, morale) illustrent l’esprit de justice. Il s’agit du meilleur chemin pour solidifier la cohésion autour d’un bien commun : chacun comprend alors en quoi il participe à la réussite collective. Ne nous contentons jamais d’une appréciation de situation superficielle ; creusons ! L’esprit de justice, c’est le ferment de la cohésion.
5Le courage intellectuel
Le courage intellectuel ou moral dépasse le courage physique dans la mesure où l’entraînement nous aide à surmonter celui-ci quand la vertu s’exprime davantage dans celui-là. En effet, assumer publiquement ses actes, ne jamais abdiquer la vérité et en témoigner engage l’être au-delà de ses seules capacités physiques. Il puise dans son fond moral et intellectuel et ne bluffe pas. Considérons le courage comme un trésor qui se remplit et se vide selon qu’on sort délibérément de sa zone de confort ou qu’on s’y complait. Réfléchissons à ce qui renforce notre confiance ou au contraire l’atrophie.
6Le tact
Nous avons à faire à des humains et pas à des machines. La courtoisie n’a pas bonne presse, considérée comme une faiblesse ou comme un vestige du passé. Et pourtant, même dans les milieux les plus rudes, un chef délicat dans la forme et le fond passe bien. Les brailleurs ou les vulgaires n’impressionnent jamais durablement. S’exprimer clairement et avec bienveillance stimule l’envie de bien faire même chez une personne malintentionnée.
Les six qualités éminentes du chef repérées par Gaston Courtois détonnent dans un monde de communication et malheureusement de faux-semblants. Pas d’imposture possible car nous avons tous une sorte de capteur intérieur qui repère les intentions réelles d’un interlocuteur, même sans les verbaliser. Le chef est authentique ou n’est pas.
Pratique :

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