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L’engagement chrétien marche sur deux jambes

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Clément Barré - publié le 23/10/25
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Prêtre du diocèse de Bordeaux, le père Clément Barré rappelle en quoi l’identité fondamentale de Jésus-Christ est d’une importance capitale pour notre vie spirituelle. De même que le Christ est vrai Dieu et vrai homme, de même toute réalité chrétienne doit réussir à tenir ensemble le matériel et le spirituel, le divin et l’humain, la nature et la grâce.

Au concile de Chalcédoine, en octobre 451, l’Église définit ce que l’on nomme le dogme de "l’union hypostatique", c’est-à-dire que le Christ est une seule personne divine en qui sont unies une nature humaine et une nature divine "sans confusion, ni mélange, ni séparation". Jésus-Christ est donc la personne du Fils de Dieu, deuxième personne de la Trinité, en qui sont unies l’humanité et la divinité. Ce qui peut ne sembler qu’une élaboration théologique complexe, bien loin de ce qui fait la vie quotidienne d’un chrétien, est en réalité d’une importance capitale pour notre vie spirituelle. Car cette identité fondamentale de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, rejaillit sur tous les domaines de notre foi chrétienne. Au-delà de la personne de Jésus-Christ, ce que nous enseigne cette définition de foi, c’est que toute réalité chrétienne doit réussir à tenir ensemble le matériel et le spirituel, le divin et l’humain, la nature et la grâce.

Comment Dieu nous parle

Nous ne sommes pas des créatures purement spirituelles, c’est pourquoi Dieu ne nous parle pas sur un mode purement spirituel. Il nous rejoint à travers une humanité concrète, à travers les événements de l’histoire des hommes, à travers des personnes, des actes et des gestes concrets. C’est à travers des réalités très concrètes, temporelles et humaines que les plus grands dons spirituels nous sont offerts. L’Église, les sacrements, le service des pauvres, la fraternité… toutes ces réalités, à des degrés divers, participent de ce mystère fondamental d’union intime de l’humain et du divin. Elles sont autant de lieux où le Christ, Dieu fait homme, se donne à contempler.

Une bonne partie de nos disputes, de nos débats et de nos erreurs vient d’une difficulté à maintenir l’équilibre, à honorer comme il se doit la dimension matérielle et la dimension spirituelle de notre vie chrétienne.

Il est facile, pour un chrétien, d’oublier cette réalité fondamentale de notre foi, d’autant que nous avons tous une "pente naturelle" qui nous pousse à considérer plus facilement, dans notre vie chrétienne, l’élément spirituel ou l’élément matériel. Je crois aussi qu’une bonne partie de nos disputes, de nos débats et de nos erreurs vient d’une difficulté à maintenir l’équilibre, à honorer comme il se doit la dimension matérielle et la dimension spirituelle de notre vie chrétienne.

Œuvres temporelles et œuvres spirituelles

Ainsi, une certaine forme d’identitarisme chrétien, qui s’attache aux formes extérieures, à la beauté des rites et au déploiement culturel de la foi, est nécessaire s’il est bien compris et mis au service d’une véritable relation spirituelle avec Dieu. De même, un chrétien ne saurait rencontrer Dieu seulement dans la prière personnelle en faisant l’économie de la prière communautaire ou de la pratique des œuvres de miséricorde, qui nous conduisent à rencontrer Dieu à travers nos frères. Même dans le service des pauvres, nous sommes invités à pratiquer à la fois les œuvres de miséricorde temporelles et spirituelles, à prendre soin aussi bien des réalités temporelles que spirituelles.

Notre engagement chrétien doit toujours marcher sur ses deux jambes. Il ne s’agit pas seulement d’annoncer l’Évangile à tous les hommes, mais aussi de construire une Église qui puisse les accueillir, les former et les accompagner. Il ne s’agit pas seulement de prier pour les vocations, mais aussi de faire en sorte qu’elles puissent être accueillies dans des communautés saines, des séminaires qui ne les maltraitent pas. Il ne s’agit pas seulement de nourrir les plus pauvres et de les sortir de la misère, mais aussi de leur proposer la rencontre avec le Christ.

Pas de ce monde mais dans le monde

Finalement, c’est toute la tension que le Christ inscrit dans notre vie : son royaume n’est pas de ce monde, mais il est déjà au milieu de nous, tout comme lui-même n’est pas de ce monde et toujours au milieu de nous. Nous travaillons au cœur du monde, à travers toutes les contingences historiques et matérielles que nous ne pouvons fuir, à l’avènement d’une réalité qui le dépasse. Ainsi, c’est Dieu lui-même qui se rend présent dans toutes ces réalités. C’est là que nous le rencontrons, là qu’il vient nous sauver.

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