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Le cardinal Merry del Val, le diplomate qui négocia avec la France laïque de 1905

5 min de lecture
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Crédit : British Library, Public domain, via Wikimedia Commons

Cardinal Merry del Val en 1897.

Léon XIV a rendu un hommage appuyé au cardinal Rafael Merry del Val, diplomate à la charnière du XIXe et du XXe siècle. L’historien Jean-Baptiste Noé, spécialiste des affaires internationales, voit dans cet hommage une illustration de ce qu’est, pour le Pape, la figure du bon diplomate et du service diplomatique au service de l’Église.

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Célèbre et influent en son temps, le cardinal Rafael Merry del Val (1865-1930) a quelque peu disparu de la mémoire collective. Reste de lui les Litanies de l’humilité, qu’il a écrites et qu’il récitait chaque jour. Celui qui fut le conseiller diplomatique de trois papes, Léon XIII, Pie X, Benoît XV, qui joua un rôle crucial dans l’action diplomatique du Saint-Siège à une période compliquée de son histoire, est aujourd'hui connu des seuls historiens qui s’intéressent à cette période. Lors d’un récent colloque qui lui fut consacré à Rome le 13 octobre, Léon XIV est personnellement intervenu pour saluer la mémoire du diplomate et brosser un portrait de son action, qui est aussi une image que se fait le pape actuel de la diplomatie et du diplomate. Que Léon XIV intervienne en personne démontre l’importance que revêt Merry del Val dans l’histoire de l’Église et de sa diplomatie.

Chez les grands et avec les petits

Par sa vie et sa famille, Merry del Val est un homme du monde. Né à Londres d’un père diplomate espagnol et d’une mère anglaise, il a très jeune voyagé et baigné dans une ambiance cosmopolite, multiculturelle et multilingue, ce qui lui a donné une grande connaissance du monde, de l’Europe et des enjeux politiques et sociaux de son temps. Brillant et intelligent, il est ordonné prêtre en 1888, entrant dans le service diplomatique du Saint-Siège sous un pontificat où Léon XIII fait tout son possible pour remettre l’Église au centre d’une société européenne qui rejette la foi. Le Vatican est alors non seulement occupé par le royaume d’Italie, mais aussi combattu par de nombreux États, dont l’Allemagne et la France. Créé cardinal à 38 ans, il joue un rôle clef lors du conclave de 1903 qui voit l’élection de Pie X. Sa jeunesse n’était nullement incompatible avec ses capacités intellectuelles et politiques, et sa grande foi. Ce qu’a souligné Léon XIV : sa jeunesse ne fut "pas un obstacle, car l'histoire de l'Église enseigne que la véritable maturité ne dépend pas des années, mais de l'identification à la mesure de la plénitude du Christ".

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"Au plus profond de sa prière, il demandait à être libéré des applaudissements." Léon XIV à propos de Merry Del Val

Secrétaire d’État de 1903 à 1914, il eut à traiter des dossiers délicats, fréquentait les palais et les autorités politiques de haut niveau, tout en restant un pasteur attentif aux plus pauvres en consacrant une partie de son temps à la jeunesse désœuvrée du quartier du Trastevere, alors l’un des quartiers les plus pauvres de Rome. Cette articulation entre le diplomate et le pasteur est une autre caractéristique majeure de Merry del Val soulignée par Léon XIV : "À Rome, il était très présent auprès des enfants et des jeunes du Trastevere, qu'il confessait et accompagnait avec affection. Là-bas, ils le reconnaissaient comme un prêtre proche, un père et un ami." Une double dimension d’homme politique et de pasteur "qui donne à sa figure une richesse particulière, car il a su unir le service de l'Église universelle à l'attention concrète portée aux plus petits". Ce qui, pour Léon XIV, doit être un modèle pour de nombreux diplomates et hommes de gouvernement : le cardinal Merry del Val est "un modèle valable pour tous ceux qui exercent des responsabilités dans l'Église et dans le monde, et en particulier pour les diplomates du Saint-Siège".

Un diplomate et un théologien

À son poste, il eut à traiter des dossiers brûlants, à la fois politiques, doctrinaux et spirituels. L’un des plus délicats fut la lutte contre le modernisme. Pour Pie X et pour Merry del Val, il s’agissait d’un danger majeur : ils voyaient dans le modernisme une remise en cause de la vérité révélée et de l’autorité pontificale. Le cardinal fut l’un des artisans du décret Lamentabili sane exitu (1907) et de l’encyclique Pascendi dominici gregis, qui condamnèrent officiellement le modernisme comme "la synthèse de toutes les hérésies".

Autre dossier majeur : les relations avec la France à l’époque de la séparation de l’Église et de l’État (1905). Le cardinal Merry del Val mena la difficile diplomatie entre Rome et le gouvernement français, alors engagé dans une politique résolument anticatholique. Il chercha à préserver les droits des catholiques français tout en maintenant l’autorité du Saint-Siège. C’est lui qui inspira la ligne de fermeté adoptée par Pie X face aux "associations cultuelles" prévues par la loi française, jugées contraires à la liberté de l’Église.

Loyauté absolue

Après la mort de Pie X en 1914, Rafael Merry del Val ne fut pas reconduit à la secrétairerie d’État par Benoît XV. Il accepta avec obéissance un poste plus effacé, celui d’archiprêtre de la basilique Saint-Pierre. Il continua de servir le Saint-Siège jusqu’à sa mort en 1930, laissant l’image d’un prélat d’une loyauté absolue. Une humilité soulignée par Léon XIV : "Au plus profond de sa prière, il demandait à être libéré des applaudissements. Il savait que le seul véritable triomphe est de pouvoir dire chaque jour : 'Seigneur, je suis là où Tu veux que je sois, faisant ce que Tu me confies aujourd'hui'."