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Au Venezuela, Maduro fait annuler une messe de canonisation

Une fresque représentant Saint Dr José Gregorio Hernández se trouve dans le quartier de Petare, à Caracas, au Venezuela.

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Cécile Séveirac - publié le 23/10/25
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Au Venezuela, la tension entre l’Église catholique et le pouvoir ne faiblit pas, même à l’heure où le "docteur des pauvres" José Gregorio Hernández vient d’être canonisé par le pape Léon XIV. L’annulation soudaine de la messe d’action de grâce à Caracas, le 22 octobre, officiellement pour des raisons logistiques, coïncide avec de violentes attaques du président Maduro contre le cardinal Porras, symbole de la voix critique de l’Église.

Alors que le pape Léon XIV a canonisé sept nouveaux saints dimanche 19 octobre, parmi lesquels José Gregorio Hernández, "docteur des pauvres" du Venezuela, la messe qui devait être célébrée samedi 25 à Caracas pour rendre grâce et honorer ce saint national a été annulée.

L'archidiocèse de Caracas a annoncé mercredi 22 octobre lors d'une conférence de presse que la messe n'aurait pas lieu. Pour justifier cette annulation, l'archidiocèse a avancé un motif logistique, celui d'un manque de place dans le stade de base-ball de la ville. Les demandes de billets pour l’événement dépassaient selon lui la capacité de près de 40.000 places, posant la question de la sécurité des fidèles. Des messes seront donc célébrées dans chaque paroisse à la place de la cérémonie initialement prévue au niveau national.

Pourtant, cette décision coïncide avec une passe d'armes entre Nicolás Maduro et le cardinal et ancien archevêque de Caracas Baltazar Porras. Le président du Venezuela a publiquement accusé le cardinal Porras d'avoir "conspiré" pour empêcher la canonisation du saint. "Il y a beaucoup de gens qui ont conspiré aux plus hauts niveaux de la Curie contre [la canonisation de] José Gregorio", a affirmé Maduro lors d’une émission télévisée le 20 octobre .

"Certains prêtres, comme Baltazar Porras, ont consacré leur vie à conspirer contre José Gregorio Hernández. Je le dis personnellement : Baltazar Porras a consacré toute sa vie à empêcher José Gregorio [d'être déclaré saint], mais Baltazar Porras a été vaincu par Dieu, par le peuple, et aujourd'hui José Gregorio est un saint malgré vous [Porras] et votre peuple", a encore blâmé le président, qui n'a pas assisté à la cérémonie de canonisation au Vatican.

Des relations de plus en plus tumultueuses

Très critique du pouvoir en place, Mgr Porras avait une fois de plus dénoncé, depuis Rome, la situation "moralement inacceptable" du Venezuela. Pointant du doigt "le déclin de l’exercice des libertés civiles", "la croissance de la pauvreté", ou encore "la militarisation du gouvernement qui incite à la violence", l'archevêque avait réclamé la libération des prisonniers politiques, un appel repris par la Conférence épiscopale vénézuélienne. Ces déclarations avaient eu lieu à l’Université pontificale du Latran, lors d'une conférence de presse consacrée aux canonisations. Evénement durant lequel un journaliste vénézuélien du journal The Pillar, Edgar Beltrán, s'est vu empêché, par un responsable du gouvernement présent sur place, de poser des questions sur ces canonisations et le gouvernement de Maduro. "Alors que Mgr Peña Parra [substitut pour les Affaires générales de la Secrétairerie d'État, NDLR] essayait de répondre à la question, un Vénézuélien non identifié s'est précipité pour interrompre la conversation", raconte ainsi le journaliste. "Il m'a dit – en espagnol vénézuélien – que je ne pouvais pas poser de questions sur le gouvernement. Alors que Mgr Peña Parra tentait de poursuivre, l'homme m'a pris mon téléphone des mains et l'a jeté sur un bureau. Il m'a attrapé par la chemise et m'a demandé pour qui je travaillais."

Bien que le Venezuela soit un pays historiquement catholique, les relations entre le pouvoir et l’Église catholique se sont compliquées depuis l’accession au pouvoir de Hugo Chávez en 1999, auquel a succédé Nicolás Maduro. Inspiré du socialisme bolivarien, proche du marxisme et critique envers les institutions jugées "conservatrices", dont l’Église, le chavisme s'en prend régulièrement à cette dernière, avec un gouvernement accusant les évêques d’être alliés à l’opposition ou à la bourgeoisie. La Conférence épiscopale vénézuélienne (CEV) a quant à elle maintenu sa position en condamnant régulièrement, au fil des années, les dérives autoritaires, la répression des manifestations et la crise humanitaire (pénuries, pauvreté, émigration massive).

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