À 23 ans, Chloé Vancaeyzeele a déjà vécu plusieurs vies. Née en Normandie, cette fille d’agriculteur atterrit, après son bac, dans l’une des grandes écoles de commerce du nord de la France. Diplôme en poche, mais un peu perdue professionnellement, elle décide de partir voyager. C’est au Mexique, au détour d’une rencontre avec un agent immobilier, qu’elle découvre par hasard la photographie. Chloé se prend de passion pour cet art qu’elle n’avait jamais pratiqué auparavant. En rentrant, une idée germe chez la jeune femme : "Je me suis dit que j’avais réellement été photographe pendant ces quelques mois et que ce serait intéressant de se plonger de la même manière dans un autre métier. C’est là que le concept de piocher un nouveau métier tous les trois mois est né." Depuis, Chloé s’est essayée à huit professions différentes, aventures qu’elle partage sur son compte Instagram et sur sa chaîne YouTube à partir de janvier 2024. Photographe, peintre, designer, agricultrice, marin, couturière, athlète et même DJ, la jeune femme n’hésite pas à sortir de sa zone de confort, quitte parfois à repousser ses limites.
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"La passion, ça s’entretient"
Pour parvenir à apprendre un métier en trois mois, Chloé s’instruit par plusieurs moyens. "Du côté théorique, une grosse partie du travail se fait seule de mon côté. Je passe beaucoup de temps à apprendre en regardant des tutos Youtube. D’un point de vue pratique, j’expérimente énormément." Aspect clé de sa démarche : contacter des professionnels pour apprendre à leurs côtés. "J’aime m’entourer car les gens m’expliquent des choses que je n’aurais même pas pensé à aller chercher. Je toque aux portes et beaucoup sont ravis de me partager leur passion. Ils savent aussi que je vais relayer leur travail sur les réseaux sociaux, que ça va toucher du monde, c’est un bon moteur."
L’un des buts de Chloé, qui a le statut d’auto-entrepreneur, est de vivre du métier qu’elle exerce pendant ces trois mois. "Grâce à mon job de photographe au Mexique, auquel je ne me destinais pas, j’ai rapidement pu rembourser mon voyage. Mon objectif est aussi de dire aux jeunes que, même sans les bons diplômes, on peut découvrir un métier, s’y investir et gagner de l’argent." Mais comment passer du métier de couturière à celui, si différent, de marin, lorsqu’on n’est pas, à l’origine, un passionné ? Pour Chloé, les passions sont trop souvent placées sur un piédestal. "On les décrit comme innées. Au contraire, je pense qu’une passion s’invente, s’entretient. Tu finis par être passionné par une activité quand tu y travailles tous les jours de ta vie, que tu as envie de progresser." Ce qui guide Chloé dans ce projet et lui donne toujours plus envie de le poursuivre : la curiosité. "J’aime apprendre, découvrir de nouvelles choses, c’est mon moteur."

Donner à voir de nouveaux métiers
Redonner leurs lettres de noblesse à des métiers parfois méconnus ou mal perçus est devenu le cœur du projet de Chloé. Sur Instagram, où elle compte 266k abonnés, la jeune femme partage ses expériences avec une conviction forte : inspirer les jeunes à s’intéresser à d’autres voies que celles qui sont le plus souvent valorisées. Pour elle, les réseaux sociaux ne sont qu’un moyen, pas une finalité. "C’est très bien pour transmettre, mais ce n’est pas du tout le centre", prévient-elle. Chloé encourage plutôt à explorer concrètement les métiers et à rencontrer ceux qui les exercent. "Quand je m’intéresse à un métier, j’en découvre plein d’autres. Il y a une infinité de possibilités, et il faut les mettre en avant. Si ça se trouve, le métier de ta vie, c’est d’être agriculteur ou artisan, il faut aller voir au-delà de ce qu’on te montre !", lance la jeune femme. Son parcours, marqué par les doutes et les préjugés, en témoigne. "On m’a beaucoup dit : athlète c’est galère ; couturière, tu ne gagneras pas ta vie… Les gens sont souvent effrayés. Aujourd’hui, ils comprennent mieux le concept." Chloé regorge d’idées pour mettre en valeur ces métiers. En novembre 2024, pour apprendre à devenir marin, elle s’immerge dans les coulisses du Vendée Globe et réalise un documentaire de 40 minutes sur sa chaîne YouTube, qui cumule 115.000 vues, entre interviews de skippers, décryptage des techniques de navigation et vie à bord. En février dernier, elle se lance dans la préparation d’un triathlon et partage avec ses abonnés sa routine nutritive, ses techniques mentales pour apprendre à aimer la natation, ses tests avec les équipes médicales de l’INSEP (Institut National du Sport, de l'Expertise et de la Performance), montrant qu’il est possible de passer de très peu de sport quotidien… à 2 séances par jour !

"Se lancer"
À ceux qui doutent de leur voie, la jeune femme adresse un message simple : oser expérimenter. "École de commerce ou pas, mon conseil aux jeunes un peu perdus après leurs études, c’est de se lancer. Le mouvement change tout. On n’a pas besoin d’avoir la bonne idée, il faut surtout faire vivre ses idées." Même les plus réservés, selon elle, peuvent s’épanouir dans l’action. "Il y a beaucoup de peurs qui disparaissent quand on poursuit un objectif qui nous fait plaisir. Aller au-delà de ce qui nous effraie, c’est un exercice : plus on le fait, plus on s’en libère."











