Au volant, en route pour Le Havre, il est loquace et le ton est joyeux au téléphone. Son voilier fin prêt, Tanguy Le Turquais s'apprête à embarquer dimanche 26 octobre avec Erwan Le Draoulec pour la Transat Café L’Or (ex-Transat Jacques Vabre) qui relie Le Havre à Fort-de-France. Celui qui a porté haut les couleurs de l’association Lazare lors du Vendée Globe participe depuis plusieurs mois à une tournée pas comme les autres : un parcours de quatorze dates dans les maisons Lazare et dans plusieurs grandes salles de cinéma à travers la France et en Belgique. Entamé en septembre dernier, le circuit s’achèvera en mars 2026. Partout où il s’arrête, le navigateur de 36 ans présente le film documentaire de Coline Béal À force d’y croire qui plonge dans les coulisses de la préparation du Vendée Globe, et part à la rencontre de ces jeunes actifs et anciens sans-abri qui ont choisi de vivre ensemble.
Aleteia : Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser au projet Lazare ?
Tanguy Le Turquais : C'est grâce à ma femme, Clarisse Crémer. En 2020, elle a été marraine de l’association Lazare. Dans le cadre de ce parrainage, elle a été dîner dans la coloc de Nantes et m’a embarqué avec elle. Quand elle a fait le Vendée Globe en 2020, elle a dédicacé son Cap Horn aux colocs Lazare et cela a eu de très bonnes répercussions pour eux. Je suis assez vite tombé amoureux de l’association et je me suis demandé : “Est-ce qu'on ne pourrait pas aller plus loin pour eux ?”.
Comment se passe la tournée ?
Très bien ! C’est hyper positif : le film est super bien accueilli et on remplit des salles de cinq cents places quasiment tous les soirs. La volonté de cette tournée, c’était de se dire que l’aventure du Vendée Globe avec Lazare ne se terminait pas sur la ligne d'arrivée : on voulait refermer le livre de la meilleure des manières. Les colocs m’ont vraiment beaucoup aidé. Pendant la course, on se retrouve dans des situations où c'est dur et où on a vraiment envie de tout abandonner, mais quand on a Lazare dans les voiles, on reprend un peu un second souffle, comme une force supplémentaire pour s’accrocher et aller au bout. J’avais à cœur de les remercier pour cela et je m’étais donc fait la promesse d’aller dans toutes les colocations pour les rencontrer et leur partager mon aventure. Cette tournée poursuit plusieurs objectifs : faire connaître l’association et lever des fonds mais aussi recruter des jeunes actifs pour les maisons. Cet objectif-là, on ne pourra savoir si on l’a atteint que dans quelques mois ou années. Mais on compte déjà plusieurs personnes qui se sont engagées, donc pour l’instant, c’est positif. Et enfin, pour moi, il s’agissait de comprendre comment les colocs vivaient Lazare de l'intérieur. Je partage donc un bout de vie avec eux : je vais dormir chez eux, je mange avec eux et on passe du temps ensemble. Je suis très heureux : c’est certes épuisant mais très enrichissant.
La vie en communauté, ce n’est déjà pas facile quand tout le monde va bien. Mais quand certains ne vont pas bien, c’est encore plus compliqué.
Quelques anecdotes pour nous faire vibrer ?
Je pense à Lionel, à Toulouse. Ancien cuistot de cantine, il a à cœur de faire à manger. Le soir où j’étais là, il nous a servis à l'assiette : c’était incroyable ! Et puis aussi à Pierre et Tiphaine, le couple responsable de cette coloc, qui m’ont reçu à bras ouverts. Leur engagement m’inspire énormément ! À chaque fois que je débarque dans une coloc, je suis accueilli avec une banderole “Bienvenue Tanguy”, donc je suis un peu mégalo mais je m’y suis habitué (rires). J’arrive avec plein de modestie : ce sont des gens qui ont eu des parcours de vie pas faciles. Moi je suis un privilégié : j’ai toujours eu un toit et à manger, j’ai pu réaliser mon rêve. Ma vie est facile. Quand on se retrouve autour d’une table et qu’on rigole, c’est génial, et en même temps je m’aperçois que ce n'est pas toujours drôle car ils arrivent tous avec leurs casseroles. La vie en communauté, ce n’est déjà pas facile quand tout le monde va bien. Mais quand certains ne vont pas bien, c’est encore plus compliqué. Il y a de nombreux parcours qui m'inspirent, que ce soit parmi ceux qui ont connu la galère ou les jeunes actifs qui s’investissent.
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Peut-on comparer la solitude de la rue à celle du navigateur ?
Elles n’ont rien à voir ! Les colocs comparent souvent leur expérience de la rue à la mienne mais cela me choque. Quand je pars en solitaire, certes, c’est avec très peu de confort : je vis dans un endroit exigu, je vais aux toilettes sur un seau, je dors très peu et je connais beaucoup de galères car il faut affronter l’environnement et les éléments. Ce qui change tout, c'est que cette galère, je ne la subis pas : je la choisis. Je la chéris, même ! Elle a une date de début et une date de fin, alors que pour les colocs, c’est quelque chose qu’ils ont subi. Pendant le Vendée Globe, j’étais seul physiquement mais il y avait plein de monde qui me supportait. En revanche, eux, dans la rue, ils n’étaient pas seuls physiquement puisqu’il y avait plein de monde qui les croisait, mais ils étaient bien seuls dans leur cœur et dans leur tête.
Qu’est-ce que le monde de la voile peut dire au monde d’aujourd’hui en termes de valeurs ?
En mer, on est obligé de ralentir : tout est plus lent et on ne peut rien forcer car ce sont les éléments qui décident. On n’est pas dans une exigence permanente de rapidité. On subit les éléments et ce qui nous arrive, on fait avec et on l’accepte. Quelle chance de pouvoir vivre cela !

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