Le calembour annonce déjà un succès tonitruant pour ces cinq moines installés dans le monastère Notre-Dame-de-la-Sainte-Espérance dans l’Aube, près de Troyes. Le frère Brice, moine bénédictin Olivétain, brandit fièrement une bouteille, non pas de Limoncello, mais de Limoinecello, le nouveau produit phare de l’abbaye. De quoi amuser les habitués des lieux et faire venir de nouveaux visiteurs et potentiels acheteurs des produits de la poignée de frères qui vivent selon la règle bénédictine. Cette liqueur citronnée, constitue, depuis début octobre, une nouvelle source de revenus pour le monastère qui avait jusqu’ici limité ses activités à la production de faïence de table.
Mais que vient faire cette abbaye de l’est de la France dans la production d’une liqueur que l’on associe volontiers au soleil italien ? "Tout simplement une nécessité économique", répond à Aleteia sans hésiter le frère Brice, aux manettes de ce changement. Rappelant l’adage bénédictin : "On est vraiment moine que si l’on vit du travail de ses mains", ce dernier ne cache pas les difficultés financières auxquelles fait face le monastère. "Aussi bien la faïence que les éditions ne suffisent pas à satisfaire entièrement les besoins de notre communauté, confie-t-il. Et puis, c’était trop d’investissement pour cinq moines. Déjà, à mon arrivée, les moines envisageaient une reconversion économique de l’abbaye." La liqueur s’est vite imposée. "Nous nous sommes tournés vers les produits de la bouche. On a toujours besoin de manger et de boire", glisse-t-il avec un sourire.
Un savoir-faire de Terre sainte
L’autre raison invoquée par le frère Brice est plus personnelle. Il a trouvé un moyen d’honorer ses origines méditerranéennes en lançant le Limoinecello. Sa famille maternelle, italienne, "s’est établie dans la Riviera française en 1910. En Méditerranée, dans les milieux italiens, le limoncello c’est un rite sacré pour conclure le repas". Il n’a jamais oublié la recette familiale, la seule qui l’a fait "apprécier le limoncello". Avant de vivre au Mesnil-Saint-Loup, il a vécu presque 28 ans à Jérusalem, dans une communauté monastique en Terre sainte, qui elle-même s’était lancée dans la fabrication de limoncello. Frère Brice n’a pas eu beaucoup de mal à convaincre les autres frères. Comble de l’ironie, ce moine arrivé il y a trois ans au monastère ne supporte pas bien l’alcool. "Au bout d’un ou deux verres de vin, je commence à connaître des expériences mystiques."

"J’ai essayé de retrouver le Limoncello de ma jeunesse." Après deux ans de tâtonnements et "des dizaines de dégustation avec les frères" pour trouver la recette unique qui ferait la marque de l’abbaye, les moines peuvent à présent commercialiser cette boisson, qu’ils ont renommée avec humour Limoinecello. "Nous nous sommes réunis et c’est notre prieur qui a trouvé l’idée. Elle a un petit côté convivial", partage-t-il dans un rire. Pour les amateurs d’apéritif ou de digestif, il faut débourser 24,90 euros pour une bouteille de 50 cl. "Nous visons une production artisanale, avec un amour du travail bien fait et des produits d’exception", rappelle Frère Brice. Le magasin de l’abbaye et un caviste de Troyes seront les seuls lieux de vente de ce produit inédit dans ce coin de France. Un premier stock de 500 bouteilles cherche ses acquéreurs depuis début octobre.


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