C’est un phénomène qu’il ne paraît plus possible d’endiguer. Selon le dernier rapport bisannuel de l’Aide à l’Église en détresse (AED) sur la liberté religieuse dans le monde, publié ce 21 octobre, "plus des deux tiers de l’humanité – plus de 5,2 milliards de personnes - vivent dans des pays où de graves violations de la liberté religieuse ont lieu". "Le constat est alarmant, note Benoît de Blanpré, directeur national de l’AED. Dans 62 pays, la liberté religieuse est gravement mise à mal." Trois raisons principales expliquent ces chiffres en hausse, depuis la dernière enquête de la fondation : l’autoritarisme, le nationalisme ethnoreligieux et le djihadisme.
Les pays qui ont fait l’objet d’une observation attentive de l’AED ont été classés en trois catégories. 24 pays sont classés dans la pire des catégories, celle des persécutions. Violences, destructions, meurtres, arrestations… Celles-ci prennent différentes formes et s’observent notamment en Chine, au Nigeria, au Pakistan ou au Nicaragua. 38 pays sont ensuite classés comme subissant des discriminations religieuses, "affectant potentiellement plus de 1,3 milliard de personnes", précise le rapport. Dans ces pays, comme l’Algérie ou au Tchad, les croyants peuvent faire face à une censure étatique, à des inégalités juridiques, se retrouvant souvent citoyens de seconde zone ou à des discriminations sociales. Sur ces 62 pays, "seuls le Kazakhstan et le Sri Lanka ont présenté des signes d’améliorations". Enfin, 24 pays ont été mis "sous observation" par l’AED ; dans ces États, le risque est grand de voir la liberté religieuse malmenée.
« Les chrétiens jouent les artisans de paix »
"L’autoritarisme est la plus grande menace à la liberté religieuse, martèle l’AED. Dans ces pays, le gouvernement réprime la religion par une surveillance omniprésente, une législation restrictive et la répression des croyances dissidentes." La violence djihadiste, que beaucoup pensent diminuée en Occident, « s’intensifie, s’adapte et déstabilise à une échelle sans précédent. Les groupes djihadistes se développent à travers des réseaux décentralisés, ciblant les chrétiens et les musulmans qui n’acceptent pas l’idéologie extrémiste ». Par ailleurs, le nationalisme religieux "est en augmentation". Qu’entraîne-t-il ? "Des persécutions et cela alimente la discrimination." En Inde, par exemple, la répression légale se mêle à la violence de la foule.
Quelles répercussions ont ces persécutions ou ces discriminations sur les croyants, et plus spécifiquement sur les chrétiens ? D’abord, un nombre conséquent de déplacés, forcés de quitter leur pays pour fuir la violence et la discrimination. À Cuba, entre 2022 et 2023, près de 1,8 million de personnes ont dû fuir le pays. Au Burkina Faso, 2 millions de croyants ont dû passer la frontière pour échapper à la répression. L’AED constate aussi une explosion de crimes et une hausse des actes antichrétiens en Occident, notamment. Dans d’autres pays, en proie à la guerre, "les chrétiens jouent les artisans de paix et prennent beaucoup de risques", détaille l’AED. Enfin, l’IA est de plus en plus utilisée à des fins de surveillance et de traque contre les croyants, notamment en Chine ou en Corée du Nord. Cette nouvelle menace inquiète, tant ses capacités militaires ou de contrôle augmentent de jour en jour. Un point important a été relevé : les femmes et les filles issues de minorités religieuses, "doublement vulnérables", "subissent des abus systématiques", dont "des enlèvements, des conversions forcées ou des mariages forcés".
Initiatives interreligieuses
"La liberté religieuse n’est pas une faveur, elle est une nécessité, un droit fondamental", rappelle Benoît de Blanpré. Récemment, le pape Léon XIV a encouragé l’AED, reconnaissant dans la fondation "un socle pour la paix dans le monde". Le frère Poquillon, nommé en 2023 directeur de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem et juriste, le dit sans détour : "La liberté de religion est aujourd’hui un droit attaqué. Pourtant, elle conditionne le vivre-ensemble. Elle se dégrade quand l’Etat de droit se dégrade. Les Etats ont le devoir de protéger ce droit." Des initiatives interreligieuses continuent de croître pour garantir la liberté de religion. Elles démontrent que "la liberté religieuse peut servir de fondement à l’unité et sauvegarder la dignité humaine".
En partenariat avec l'Aide à l'Église en Détresse - AED France










