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L’âne aimé de la Bible et la revanche du cheval

5 min de lecture
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Crédit : Handout / VATICAN MEDIA / AFP

Léon XIV a reçu en cadeau un magnifique pur-sang à robe blanche.

Le cheval blanc de Léon XIV a toute sa place au Vatican, même si les chevaux étaient plutôt mal vus par les auteurs de la Bible qui en ont fait un symbole de puissance et de vanité. L’âne, lui, était paré de toutes les vertus. Mais au fil des siècle, raconte notre chroniqueur Jean-Étienne Rime, le cheval a trouvé une digne place dans l’histoire de l’Église.

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Mgr Robert-Francis Prévost visitait ses paroisses à cheval au Pérou. Cette image publiée dans la foulée de l’élection du Saint-Père a fait le tour du monde. Une autre image a fait le bonheur des médias ce mercredi 15 octobre quand un éleveur polonais a fait don d'un pur-sang arabe au pape Léon XIV. Un cheval au Vatican semble étrange, presque paradoxal, tant le rôle de cet animal n’est vraiment pas très brillant dans la Bible. Il s’est rattrapé, nous allons le constater.

L’animal aimé de la Bible

Certes les papes ont été utilisateurs de chevaux pour se déplacer, évangéliser et parfois fuir lors des tensions qui ont émaillé les siècles, mais l’âne ou la mule restent les montures des pontifes comme Daudet l’a rappelé dans cette célèbre nouvelle La Mule du pape, ou la monture de Sa Sainteté se vengea du perfide Tistet Védène et lui "détacha un coup de sabot si terrible, si terrible que de Pampérigouste même, on en vit la fumée". 

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Cet âne est l’animal aimé de la bible et nous le retrouvons le dimanche des Rameaux : "Ils amenèrent l’âne auprès de Jésus, ils jetèrent leurs manteaux dessus et y firent monter Jésus" (Lc 19, 35). Animal royal, on le retrouve dans la quasi-totalité des livres saints comme l’ânesse blanche de Balaam qui lui sauve la vie face à l’ange du Seigneur (Nb 22, 34), ou la mâchoire d’âne qui servit d’arme redoutable à Sanson (Jg 15, 15-16). Les exemples sont nombreux et n’oublions pas que l’âne était la monture du roi David et bien sûr celle de la Sainte Famille lors de la fuite en Égypte. 

Un symbole de puissance

Le cheval quant à lui mal est aimé, pire, il est symbole de puissance et de force, il est l’arme de l’ennemi d’Israël. Dans la veillée pascale, nous chantons "il a jeté à l’eau cheval et cavalier" (Ex, 15) : l’ennemi est vaincu, ses chars tirés par de fiers coursiers, élevés avec attention et acquis à prix d’or sont détruits. La puissance figurée par l’élégance et la force du cheval est vaincue. L’on retrouve cette symbolique funèbre tout au long des pages des livres saints ; le cheval est arrivé au pays de Juda sous le règne de Salomon qui en fit un signe de prestige et de luxe, mais rien de bien spirituel et ne parlons pas des chevaux de l’Apocalypse. Ils représentent la conquête, la guerre, la famine et la mort. 

Amusant de constater l’opposition entre ces deux animaux de trait et de bât, de voyage et de guerre.

Le cheval a pris sa revanche au cours des siècles qui ont suivi l’avènement de Notre Seigneur. Le premier signe nous est donné par saint Paul dont la monture l’aurait fait tombé, ce qui n’est pas certifié mais symbolique. Il a servi de compagnon ensuite à saint Martin qui comme saint Georges n’est jamais représenté sans sa monture. Si saint Michel n’avait pas besoin d’aide pour terrasser le diable durant la guerre des anges, Georges, lui, au IIIe siècle après Jésus-Christ n’a pu venir à bout du dragon que monté sur un cheval courageux et bien dressé. Au cours des siècles, on retrouve le cheval aussi discrètement que l’âne dans la Bible : il est la monture de saint Hubert, de saint Louis, de saint Ferdinand, de Jeanne d’Arc et de tant d’autres qui n’auraient pu mener leur mission d’évangélisation sans ce moyen de transport qu’est le cheval. 

Un compagnon éternel

Amusant de constater l’opposition entre ces deux animaux de trait et de bât, de voyage et de guerre. Il faut en lire les symboles d’humilité et de vanité entre une modeste monture, résistante et économique —pas besoin de la ferrer et qui se contente d’un peu de foin ou de son — quand le cheval demande plus de soin et se nourrit de bonne avoine. Le voilà donc réhabilité, notre cheval, par les saints des siècles et par le pape Pie XII qui était un cavalier assidu avant d’accéder au pontificat et qui a laissé cette belle citation, reproduite dans le manège de l’École militaire de Paris : "La civilisation profonde d'un peuple se révèle tout naturellement dans sa culture équestre." Sa Sainteté Léon XIV, tout sourire, mena ce pur-sang arabe et donne une image apaisée de ce compagnon éternel de l’homme : les deux robes blanches à l’unisson oserait-on dire.

Rappelons que le haras polonais qui a offert ce cheval au Pape assure l'élevage, l'entraînement et la compétition équestre et possède aussi un centre d'hippothérapie, destiné aux personnes handicapées. Cette utilisation nouvelle du cheval est une façon d’unir les hommes et prendre soin des plus fragiles. Un cheval au Vatican, ce n’est pas une revanche sur l’âne mais une belle réhabilitation pour les siècles !