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Ces mutations qui s’opèrent dans l’Église

Le pape Léon XIV à bord du Bel Espoir.

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Benoist de Sinety - publié le 19/10/25
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Pour le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille, des mutations s’opèrent dans l’Église. L’expérience du synode, le défi du dialogue entre des hommes et des femmes ayant des religions différentes, la rencontre en vérité où chacun peut prendre la parole et écouter ce qui lui est révélé sont autant de signes des temps que nous ne pouvons ignorer.

Il était parti dans les derniers souffles de François, il termine son odyssée avec le sourire de Léon. Le Pape est monté ce vendredi 17 octobre à bord du Bel Espoir, fameux trois mâts qui sillonne depuis huit mois la Méditerranée. Les jeunes, issus des religions présentes sur les rivages de leur mer commune, n’en croient pas leurs yeux : dans le port de Rome, à Ostie, les voici face à face avec l’homme en blanc. Cette fois-ci c’est l’Église qui monte à bord d’une embarcation où se tiennent des hommes de toutes cultures, races, religions et nations. Ils sont là, ces jeunes, parce qu’ils cherchent les moyens de la paix en commençant par l’accueillir en eux, par le dialogue, la rencontre, le désir de comprendre, de partager. Et par la joie aussi. Une joie folle qui devrait se soumettre au réel déprimant et anxiogène, mais qui ne se résigne pas à ne pas croire que cela est possible.

Des mutations s’opèrent

Comment peut-on continuer à ignorer pourtant ce qui se passe devant nous ? Dans l’Église si souvent, et parfois justement, critiquée pour ses manquements et ses infidélités, voici que des mutations s’opèrent. François en fut l’artisan courageux, sous le feu de beaucoup. Léon poursuit ce service éminent de ne pas avoir peur de marcher main dans la main avec Jésus sur des eaux incertaines. Les soixante ans de Nostra ætate, célébrés le 28 octobre au Vatican nous rappelleront quels pas de géant les Pères conciliaires opérèrent en reconnaissant dans la pluralité religieuse un appel de Dieu à nous convertir. 

Dans les champs de ruines de Palestine et dans les incertitudes du monde, ces jeunes ne peuvent que rappeler modestement que la recherche du bien commun est le cadeau des chrétiens à l’humanité.

L’autre n’est pas d’abord un interlocuteur à convaincre, mais un frère à rencontrer. Il n’est pas un baptisé potentiel mais un être humain qui cherche et qui peut témoigner d’une sagesse, d’une foi, d’une expérience qui peuvent me nourrir. Certains frissonnent en imaginant que la rencontre puisse fragiliser leur foi. Elle ne fait que bousculer les certitudes, ce qui n’est pas tout à fait pareil. Et tant mieux, car la foi n’est pas une construction rigide et finie, elle est vivante et donc toujours en mouvement, jamais figée sinon elle devient idolâtre. 

Attention et délicatesse

L’expérience du synode, le défi majeur du dialogue entre des hommes et des femmes ayant des religions différentes, la rencontre en vérité où chacun peut prendre la parole et écouter ce qui lui est révélé ? autant de signes des temps que nous ne pouvons ignorer. La visite discrète et informelle du successeur de Pierre à des jeunes anonymes qui prononcent différemment le Nom de Dieu et dont les nations parfois sont en rivalités séculaires, ne peut être ramenée à une extravagance ou à un geste anodin. Elle nous commande de réfléchir à ce que nous mettons en place dans nos communautés mais d’abord dans nos vies quotidiennes, pour vivre comme cela et agir ainsi. En quittant nos superbes et nos prétentions à tout expliquer, tout comprendre et tout dire et nous retrouver ainsi emplis d’attentions et de délicatesses, ces deux traits de caractère dont l’Évangile nous montre qu’ils sont des qualités immédiates du Fils de Dieu fait homme. 

Le cadeau des chrétiens

Encore quelques jours pour qu’à Marseille les cloches de la Major accueillent dans la fête ces marins de l’espoir. Les quelques deux cents jeunes qui se seront succédé à bord du bateau pour la paix en seront chez eux les porteurs et les héraults. Dans les champs de ruines de Palestine et dans les incertitudes du monde, ils ne peuvent que rappeler modestement que la recherche du bien commun est le cadeau des chrétiens à l’humanité. Et qu’il passe, naturellement, par le désir de la rencontre et du dialogue en vraie et profonde charité.

"Jésus nous enseigne que le pardon est essentiel pour atteindre la paix : car ce n’est qu’en abandonnant les préjugés, les rancunes et l’amertume, et en recevant le pardon de nos propres erreurs, que nous pouvons d’abord recevoir le don de la paix et le partager avec les autres" confiait le Pape, sur cette barque d’humanité si fragile et pourtant si forte de ses promesses.

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