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Le suicide de Sara, 9 ans, à Sarreguemines (Moselle), samedi 11 octobre, rappelle douloureusement que la santé mentale touche désormais dès le plus jeune âge. Si ce drame bouleverse par l'extrême jeunesse de Sara, il révèle aussi une réalité plus large : de plus en plus de préadolescents et adolescents souffrent en silence, enfermés dans un mal-être qu’ils peinent à exprimer ou à faire entendre. Entre pressions sociales, exigences scolaires, réseaux sociaux et quête d’identité, ils se retrouvent souvent isolés, perdus face à des émotions qu’ils ne maîtrisent pas toujours.
"Être un ado en 2025 est difficile avec la pression qu’il y a", souligne auprès d'Aleteia Alix Putz, psychologue à Toulon, qui reçoit beaucoup d’adolescents en consultations : "Tout se fait beaucoup plus tôt qu’avant : les adolescentes sont habillées comme des petites femmes, les premiers rapports sexuels ont lieu dès l’âge de 13 ans… Tout s'accélère, les enfants n’ont plus le temps d’être enfants." Ainsi, s’il est normal d’être parfois mal dans sa peau quand on est adolescent, car il s’agit d’une période de mutation, les jeunes d’aujourd’hui n’ont plus le temps de vivre cette période comme avant car ils sont rapidement submergés par des attentes trop lourdes et un monde qui les pousse à grandir trop vite.
La perte d’estime de soi, le début d’une spirale silencieuse
Baignés dans une culture de l'apparence, "lobotomisés" par la recherche d’un style qui tente de copier le succès d’un tiktokeur ou influenceurs à la mode, les jeunes ne cessent de se comparer entre eux. Et bien souvent, cela ouvre la porte aux moqueries et au harcèlement. Selon ses parents, la petite Sara aurait d'ailleurs été moquée par des filles de sa classe qui lui disaient qu’elle n’était pas belle. "Le corps prend le pas sur le cœur", déplore Alix Putz. Des jeunes perdent ainsi rapidement le minimum d'estime de soi dont ils ont besoin pour grandir. "L’angoisse due au complexe ne cesse de croître dans la comparaison et la compétition incessante définie par le nombre d'abonnés ou de like", ajoute encore la spécialiste qui fait partie de Santé Psy, un dispositif, mis en place par le gouvernement pour faire face au nombre élevé des suicides chez les jeunes, qui offre aux étudiants douze séances gratuites de psychothérapie par année universitaire.
Dans une société qui voit la mort comme un droit strict, une liberté dont on ne doit pas être privé, qui valorise le libre arbitre d’une personne, le mal est devenu le bien.
Pour la psychologue, qui rappelle que "l’humain est l'être le plus relationnel qui n’existe que dans le regard de l’autre", comme un nourrisson qui croit qu’il est le prolongement de sa mère, un adolescent se dit que s’il n’est pas populaire, il ne mérite pas d'être aimé ni d'aimer. Il perd le sens de sa vie, et ce alors que la source de chaque vie est l’amour. "La souffrance l’envahit et dégrade son estime de soi, déjà normalement fragile à cet âge. Le néant l'engloutie, il en vient à l’envie de mourir", énumère Alix Putz. Et d’ajouter : "Aujourd’hui, dans une société qui voit la mort comme un droit strict, une liberté dont on ne doit pas être privé, qui valorise le libre arbitre d’une personne, le mal est devenu le bien".
L’importance de la prévention au suicide
S’il ne passe pas directement à l’acte, le jeune ne s’offre pas un terrain suffisamment confortable pour vivre ses épreuves. Il tente de combler sa douleur par la boulimie, la scarification, la drogue… Cette attaque à son corps lui permet d’y loger son angoisse. Et les parents ne voient pas toujours le danger venir.
"C’est normal de ressentir parfois du désespoir, cela fait partie de la vie. Mais il faut traverser ces épreuves en se faisant accompagner par un adulte, un thérapeute. Il faut voir ce dernier comme un complément parental", prévient Alix Putz, ajoutant que "les jeunes préfèrent mourir que de se confier à leurs parents car ils sont trop pudiques". "Ils n’osent pas dire des choses terribles qu’ils ont pu vivre de peur de perdre en plus l’estime de leur parents, et leur amour", détaille encore la psychologue. Parler de ses soucis à un adulte, autre que ses parents, permet à un jeune de se sentir compris, entendu et de réapprendre à s’aimer pour mener sa vie. "Le but de la thérapie est de sortir de soi-même et du mal qui prend toute la place afin de désactiver les pensées négatives", explique Alix Putz.

Anxiété, dépression, faible estime de soi, comportements à risque... Si les signes d’un mal-être chez un adolescents sont multiples, ils sont souvent invisibles. C’est pour cela que la spécialiste invite les parents à parler à leur enfant, non pas uniquement quand il va mal mais, aussi et surtout, quand tout va bien. "Sinon il sera trop tard pour l'aider le moment venu", prévient-elle.
À l’instar de la prévention des abus sexuels, la psychologue recommande de mettre en place une prévention équivalente contre le suicide. "En s’appuyant sur des faits-divers, comme le suicide de Sara, il faut se forcer à poser la question à son enfant, même si ce n’est pas agréable : est-ce que tu as déjà eu des envies de mourir ? Cela peut être une porte d’entrée pour aborder ce sujet et aider celles et ceux qui cachent ces idées à les avouer. Et surtout lui dire qu’il peut toujours contacter la ligne d’écoute de prévention de suicide (3114)". L’objectif étant de protéger son enfant, comme une planche de bois par une couche fine de vernis, de sorte que le jour où il lui arrive un malheur, cela puisse le protéger.










