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[HOMÉLIE] Dieu est avec toi dans tes combats

Jésus s'entretient avec ses disciples, par James Tissot (1836-1902), Brooklyn Museum.

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Erwan de Kermenguy - publié le 18/10/25
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Curé de la paroisse Notre-Dame de Tout-Remède en Pays de Landerneau, le père Erwan de Kermenguy commente l’évangile du 29e dimanche du temps ordinaire. L’enjeu du combat spirituel est la liberté. Pour gagner ce combat, il faut s’appuyer sur la Parole de Dieu, les sacrements et la prière.

"Je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus m’assommer" (Lc 18, 5). Le moins qu’on puisse dire c’est que Jésus a le sens de la formule. Et de là il rebondit sur cette vérité essentielle : Dieu est bon et il veille sur nous. Pourtant nous faisons souvent l’expérience que Dieu ne supprime pas nos difficultés. Comment comprendre que je puisse prier sans que Dieu m’exauce ? Je me souviens d’un film de cape et d’épée, lorsque j’étais adolescent, où les Français se battaient contre les Espagnols. La reine de France disait au cardinal : "J’ai tellement prié que Dieu va nous donner la victoire." Le cardinal répondit : "Les Espagnols prient aussi.". Alors de quel côté est Dieu ? Nous parlons aussi de combat aujourd’hui. La première lecture (Ex 17, 8-13) est un récit guerrier. Nous parlons de combat spirituel évidemment : saint Paul dans la deuxième lecture (2 Tm 3, 14) nous invite à tenir ferme en nous appuyant sur la Parole de Dieu. Le point à retenir, c’est que puisque Dieu est à nos côtés… il nous faut demeurer à Ses côtés. Il y aura trois temps dans cette homélie : premièrement, Dieu exauce nos prières ; deuxièmement, il faut se battre pour être libre ; troisièmement, "appuie-toi sur la Parole de Dieu, les sacrements et la prière".

Dieu exauce nos prières

"Non, il ne dort pas, ne sommeille pas le Dieu d’Israël" dit le psaume 120 qui forme ainsi comme une charnière entre le récit de l’Exode où Dieu vient soutenir les Hébreux dans leur combat contre les Amalécites, et l’Évangile où Jésus prend donc l’image du mauvais juge pour nous redire combien Dieu, qui est bon, veille sur nous. Il y a là un acte de foi à poser dans la Providence divine : Dieu est créateur de tout et Il reste maître de ce qu’Il a créé. Cet acte de foi en la Providence, nous pouvons le poser non seulement parce qu’il est intellectuellement fondé (Dieu est créateur : "Le secours me vient du Seigneur qui a fait le Ciel et la Terre", dit le psaume) mais aussi parce qu’il correspond à notre expérience personnelle et communautaire. Notre foi se fonde sur la foi du peuple de Dieu. Les Hébreux de l’Ancien Testament et l’Église du Nouveau Testament attestent que Dieu veille sur nous et ne nous abandonne pas. L’histoire des saints, au fil des siècles, est pleine de ces interventions de Dieu. Il en va de même dans nos vies. Je ne parle pas de grands miracles qui consistent à faire reculer le soleil ou à traverser la mer Rouge à pied sec. Je parle de ces multiples interventions de la Providence, qui se cache dans les méandres du hasard ou de la coïncidence, derrière laquelle nous voyons Dieu agir : le hasard d’une rencontre souvent, un verset de la Bible que nous lisons et qui nous éclaire, un événement imprévu qui nous met en route…

Oui, Dieu exauce nos prières. Mais il ne le fait pas à la manière de Superman… Sinon il ne serait que Superman et non pas Dieu. Ce qui nous déroute, c’est que nous attend une intervention divine qui serait en fait celle d’un magicien, du bon génie d’Aladin ou de Mary Poppins. Mais Dieu n’est rien de cela. Dieu veut nous transformer en Lui : il veut nous rendre parfaits, nous sanctifier, nous transformer en pur amour. Admettez que cela suppose une transformation de tout notre être. Et parce que nous ne sommes pas encore pur amour, il y a un combat en nous, un combat spirituel.

Il faut se battre pour être libre

Qu’est-ce que le combat spirituel ? C’est le combat du bien contre le mal, pour être libre face au mal. C’est le combat de la sainteté. Car les ténèbres cherchent à nous anéantir ; d’où la question du Christ : "Le Fils de l’Homme quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?" (Lc 18, 8.) Prenez, par exemple, le combat contre la violence qui habite mon cœur, lorsque je suis en colère devant telle ou telle situation. Et en plus j’ai souvent de très bonnes raisons d’être en colère ! ou en tout cas, j’en trouve. Ce n’est pas difficile de trouver de bonnes raisons, même apparemment très catholiques. Or il faut que j’apprenne à me battre contre ces fausses bonnes raisons : sinon elles tuent la foi en moi !

Il y a aussi un combat à mener pour la vérité, face au mensonge qui prolifère dans notre monde.

Il y a aussi un combat à mener pour la vérité, face au mensonge qui prolifère dans notre monde. Aujourd’hui, si on veut tuer une personne âgée on parle de "mourir dans la dignité"… mais c’est faux : tuer quelqu’un c’est toujours indigne ! Il y a un combat à mener contre la gourmandise… j’en parle en connaissance de cause ! Ce n’est pas un péché mignon la gourmandise : je le sais, j’ai été esclave du tabac pendant trop d’années. Il y a un combat à mener contre la médisance. Tant de personnes reconnaissent en confession qu’elles disent du mal des autres… mais surtout qu’elles ne peuvent pas s’en empêcher : il faut se battre pour être libre. Il y a un combat à mener sur Internet et les réseaux sociaux, un combat pour la bienveillance : comment est-ce que je parle sur les réseaux ? comment est-ce que j’interprète ce que les autres disent ? Le fonctionnement même des réseaux fait que je risque de m’énerver tout seul derrière mon écran, alors qu’une bonne discussion entre amis ne prendrait pas cette ampleur. Il y a aussi un combat pour la chasteté sur Internet. Qu’est-ce que je publie ? Qu’est-ce que je regarde ? Je vois parfois des jeunes (hommes ou femmes) qui publient des photos d’eux sur leur profil… on se demande s’ils ont conscience que la terre entière peut les regarder ! Et à l’inverse, je rencontre aussi de nombreux jeunes qui sont esclaves de sites ou de publications qui abîment leur regard, par la pornographie.

La lecture du livre de l’Exode nous éclaire : les Hébreux sont sortis d’Égypte, les pays des pharaons et des dieux païens où ils étaient esclaves. Ils arrivent en Terre Promise et l’enjeu du combat que mène Josué contre les Amalécites, c’est de ne pas retomber dans l’esclavage qui les menace à nouveau. Ils se battent pour être libres. Nous aussi, quel que soit notre âge et les lieux de nos combats, nous avons à nous battre pour être libres.

Appuie-toi sur la Parole de Dieu, les sacrements et la prière

La bonne nouvelle, c’est que Dieu est l’Emmanuel, Dieu est à nos côtés. "Le secours me viendra du Seigneur" (Ps 120). Nous voyons dans l’Exode que lorsque Moïse prie, le Seigneur le soutient… et lorsque Moïse cesse de prier, c’est l’ennemi qui est le plus fort. La mauvaise nouvelle, c’est que souvent, dans le combat, je cesse de prier. Je me trouve trop fatigué pour prier : "Je prie déjà souvent, là je peux bien faire une pause." C’est sûr qu’on ne peut pas faire cinq heures d’oraison par jour ! Le soldat qui se dit au milieu de la bataille : "Je suis fatigué, je fais une pause pour boire une bière", est certain de mourir. Oui, il faut se poser… mais se réfugier en Dieu plutôt qu’au milieu du champ de bataille.

Autre piste pour gagner ce combat : fuir ! Si tu croises un serpent ou un lion, pars en courant. Si tu vois une tentation, pars en courant. Si ton téléphone te conduit au péché… éteins-le à 19h au moment où tu pries l’Angelus, parce que c’est le soir que la volonté est la moins forte. Pour ce combat, appuie-toi sur les Saintes Écritures, dit saint Paul à Timothée. "Tu connais les Saintes Écritures : elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, en vue du salut par la foi." (2Tm 3, 15). Et toi, que lis-tu ? Le matin au petit-déjeuner ? Le soir en te couchant ? Lis-tu la Parole de Dieu ou traînes-tu sur ton téléphone ? Si tu faisais une lecture continue de la Bible, vingt minutes tous les soirs avant de te coucher ? Deviens familier de la Parole de Dieu, pour qu’elle soit ton soutien dans le combat. Prie chaque jour avec les psaumes, pour qu’ils deviennent les mots de ta prière. Lance un groupe biblique avec des amis, pour vous retrouver une fois par semaine à lire deux chapitres de la Bible et échanger dessus. C’est facile à faire, même à 16 ans… ou à 80 ans. Alors vous serez les uns pour les autres comme Aaron et Hour qui soutiennent Moïse dans la prière et Moïse qui soutient Josué dans son combat.

Nous ne sommes pas seuls

Car nous ne sommes pas seuls dans ce combat. Et nous avons besoin de nos frères, c’est-à-dire de l’Église. Appuie-toi sur l’Église : sans elle, tu ne pourras pas gagner ce combat. Appuie-toi sur les sacrements de l’Église : la messe chaque dimanche, la confession chaque mois, l’adoration dans la semaine. Appuie-toi sur la communauté de l’Église, en participant à la vie de tes frères. Au combat, celui qui est isolé est menacé.

Dieu est à nos côtés dans nos combats. Sa grâce est toujours à l’œuvre et même lorsque nous avons l’impression qu’il est absent, il agit pour nous transformer. La vie des saints n’est pas sans combats… avec parfois l’impression que Dieu les a abandonnés. Mais Jésus nous le redit avec force dans l’Évangile : "Dieu fera justice à ses élus qui crient vers Lui jour et nuit" (cf. Lc 18, 7-8). Qu’il accueille nos prières.

Pratique :

Lectures du 29 dimanche du temps ordinaire (année C) : Ex 17, 8-13 ; Ps 120 ; 2 Tm 3, 14-4, 2 ; Lc 18, 1-8
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