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Évangélique, mutin, ancien détenu… Qui est le colonel Randrianirina, nouveau président de Madagascar ?

4 min de lecture
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Crédit : RIJASOLO / AFP

Le colonel Michaël Randrianirina, opposé au régime jusqu'ici en place, s'est rebellé et a été investi président de Madagascar le 17 octobre.

Après trois semaines de fortes contestations contre les autorités à Madagascar, un militaire, le colonel Michaël Randrianirina, s’est emparé du pouvoir, soutenu par la jeunesse. Il a été investi président le 17 octobre. Un long travail de reconstruction du pays l’attend.

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À Madagascar, les régimes s’enchaînent, inlassablement. Le vent de contestation qui soufflait depuis fin septembre dans les grandes villes du pays a balayé le pouvoir en place, le 16 octobre. C’est un militaire, le colonel Randrianirina, qui a pris les commandes de cet État rongé par la pauvreté et qui cherche une voie de sortie depuis des décennies. Dès le 11 octobre, l’ancien président, Andry Rajoelina, perdait ses derniers fidèles aptes à le défendre. Une alliance inédite de la rue, entre les mains de la "Gen Z", et des militaires s’est formée, réclamant "de l’eau, de l’électricité", de grands changements… mais "pas de coup d’État".

"Dans ce pays, les présidents prennent le pouvoir dans la rue, et ainsi de suite", notait le père Bertrand de Bourran auprès d’Aleteia, grand spécialiste de Madagascar pour y avoir été missionnaire durant près de trente ans. "C’est un pays très pauvre, loin de tout développement, les gens vivotent et n’ont plus foi dans la justice et dans le gouvernement." Le ton est donné. Les jeunes, bien informés, constatent "l’état de délabrement de leur pays". Ils investissent donc les rues le 25 septembre, et essuient des répressions dans le sang. Le 11 octobre, le colonel Michaël Randrianirina, jusqu’alors inconnu, lance un appel à la révolte : "À tous les militaires, rejoignez-nous. Refusez les ordres de tirer sur vos frères. N’obéissez plus à vos supérieurs." L’air sent la poudre. La nuit même, les militaires, soutenus par les civils, affrontent les forces de l’ordre obéissant encore à Andry Rajoelina. En quelques heures, le pouvoir est aux mains des militaires rebelles et de la "Gen Z".

Condamné pour mutinerie

Le lendemain, le colonel Randrianirina, nouvel homme fort du pays, indique vouloir "chercher un premier ministre de consensus, accepté par tout le monde et surtout par les jeunes de la "Gen Z" ". Ce 16 octobre, le militaire factieux a été investi président de Madagascar. "Nous nous engageons à une rupture avec le passé, a-t-il assuré, en remerciant dans le même temps les membres de la "Gen Z" d’avoir été à l’origine de l’insurrection. Notre mission principale est de réformer en profondeur les systèmes administratifs, socio-économiques et politiques de gouvernance du pays. Nous allons travailler main dans la main avec toutes forces vives de la nation."

Son parcours est loin d’être anodin. Âgé de 51 ans, à la tête d’une unité militaire, le Capsat, il était chargé de surveiller attentivement le mouvement contestataire, et d’intervenir par la force s’il le fallait. Il est membre de la communauté évangélique "Mpiandry" au sein de l’Église luthérienne de Madagascar. Ancien gouverneur du district d’Androy entre 2016 et 2018, dans le sud du pays, il avait été arrêté il y a deux ans, alors qu’on le soupçonnait de fomenter un coup d’État. Une peine de trois mois de prison pour "incitation à la mutinerie militaire en vue d’un coup d’État" l’avait tenu éloigné de l’armée. Condamné en février d’une peine d’un an de prison avec sursis pour "atteinte à la sûreté de l’État", il s’était fait discret jusqu’aux événements amorcés fin septembre par la jeunesse. Il y a quelques jours, il s’imposait à la tête du pays, sans passer par les urnes, adulé car ayant réussi, avec ses hommes, à "stopper la répression" et à "rétablir l’ordre", note une chercheuse malgache auprès de l’AFP. Le travail de reconstruction qui l’attend est titanesque.