Parmi les dégâts causés par Internet et les réseaux sociaux, l'un est désormais étayé par des chiffres : la cyberviolence. En croisant plusieurs enquêtes et dispositifs menés depuis plusieurs années, l’Insee a dévoilé ce 14 octobre une hausse considérable des violences en ligne, qui touche plus particulièrement les mineurs. L’institut de statistiques s’est appuyé pour cela sur l’enquête statistique nationale Vécu et Ressenti en matière de Sécurité (VRS), sur les bases statistiques sur les infractions, sur les enquêtes nationales de climat scolaire et de victimation auprès des élèves ainsi que sur le dispositif Sivis (Système d’information et de vigilance sur la sécurité scolaire) de la Depp.
La cyberviolence regroupe toutes les formes de violences réalisées à travers les écrans, par le biais d’internet, des réseaux sociaux ou des jeux en ligne. Le cyberharcèlement est une forme parmi tant d'autres de la cyberviolence. La cyberviolence n’est pas forcément répétée dans le temps, elle peut être un acte isolé. Elle peut émaner d’une personne de l’entourage de la victime ou d’un parfait inconnu, un "hater". Il peut s’agir de "flaming", "salve" de messages violents, insultants ou dégradants, de "body shaming", moquerie de l’apparence physique d’une personne, d’"happy slapping" (en français "joyeuses claques"), pratique qui consiste à filmer et diffuser une agression, ou encore de "sextorsion", extorsion de faveurs sexuelles.
D’après les résultats de l’enquête, la cyberviolence subie par les collégiens et les lycéens français s’apparente le plus souvent à des insultes, des moqueries, des surnoms désagréables ou des humiliations. Elle prend aussi, dans une moindre mesure, la forme de rumeurs, commentaires, photographies ou films humiliants diffusés sur Internet. Conséquence de l’usage de plus en plus massif et de plus en plus précoce des réseaux sociaux, la cyberviolence touche des utilisateurs de plus en plus jeunes. Selon l’Insee, les mineurs sont particulièrement exposés : 28% des collégiens et 23% des lycéens sont victimes de violence en ligne. Ce sont près de trois collégiens sur dix et d'un lycéen sur quatre.
Les lycéens du privé et les filles sont les plus exposés
Au collège, les taux liés à la cyberviolence sont similaires entre le secteur public et le secteur privé. Au lycée, la cyberviolence est plus souvent déclarée par les élèves du secteur privé sous contrat que ceux du secteur public : 26% des lycéens du privé sont victimes de violence en ligne, contre 22 % de ceux du public. Au collège comme au lycée, les filles sont davantage touchées par la violence en ligne : 31% des collégiennes sont victimes de cyberviolence, contre 26% des collégiens.
Parmi les multiples formes de cyberviolence figure en bonne place le harcèlement sexuel en ligne (chantage à la webcam et revenge porn). Une pratique qui a explosé ces dix dernières années, avec une augmentation particulièrement marquée en 2021, à la suite de l’épidémie de Covid qui a contribué à la hausse de la connectivité. Le nombre de victimes de harcèlement sexuel numérique a été multiplié par six depuis 2016 : plus de 1.000 victimes ont été enregistrées par les forces de sécurité intérieure en 2024, contre moins de 200 en 2016. Quant au nombre de victimes d’atteintes à l’intimité, il a été multiplié par deux en moins d’une décennie.
Comment protéger ses enfants ?
En tant que parent, comment protéger ses enfants et détecter les cyberviolences ? Une première solution, radicale, consiste à ne pas autoriser son enfant à s'inscrire sur les réseaux sociaux avant l'âge de 15 ans (à l'aide d'un bon contrôle parental), comme le préconise un bon nombre d'experts, et comme l'a recommandé le récent rapport sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, en attendant que l'Union Européenne se donne les moyens de fournir un cadre légal à cette interdiction voulue par Emmanuel Macron. Cela préserverait d'ores et déjà tous les collégiens, qui sont par ailleurs les plus vulnérables.
Une autre clé, essentielle, réside dans le dialogue et la vigilance concernant tout ce qui touche à l’activité de son enfant sur Internet. Il est bon de marquer son intérêt, et non de tomber dans l’indifférence, même avec un lycéen. Le guide de prévention des cyberviolences en milieu scolaire donne un bon conseil pour essayer d’instaurer un climat de confiance avec un adolescent : "Adopter une posture qui serait celle de la méfiance ou de l’indifférence à l’égard du numérique n’est pas de nature à encourager les élèves à signaler les problèmes qu’ils rencontrent sur Internet." Le silence des témoins et des victimes est parfois lié à un manque de confiance des jeunes dans la capacité de compréhension des adultes. "Il convient donc de faire clairement apparaître aux enfants et aux adolescents qu’ils ne sont pas isolés dans ce qui peut leur sembler une sphère close et imperméable."
Stéphane Blocquaux, docteur en sciences de l’information et de la communication et auteur du livre Le biberon numérique (Artège), encourage en ce sens les parents à prendre conscience des dangers du numérique et à s’intéresser à ce à quoi leur enfant s'expose via Internet et les réseaux sociaux. "Parents, il y a urgence à aller à la rencontre du monde virtuel dans lequel évoluent vos enfants", exhortait-il dans Aleteia. "Vous incarnez la meilleure médiation qui soit, insiste-t-il, pour tenter de faire que les outils et les univers connectés servent à développer chez vos enfants les meilleures compétences nécessaires à la construction de leur avenir personnel et professionnel. Tout en veillant soigneusement à préserver, le plus longtemps possible, un des biens les plus précieux au monde : le temps de l’enfance."










