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Cancer du sein : trois femmes racontent leur renaissance après l’épreuve

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Domitille Farret d'Astiès - publié le 15/10/25
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Alors que la campagne Octobre rose est dédiée à la prévention du cancer du sein, trois femmes qui ont traversé cette maladie témoignent de leur parcours auprès d’Aleteia.

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Depuis 1985, chaque année, la campagne Octobre rose s’attache à sensibiliser les femmes au dépistage du cancer du sein et à récolter des fonds pour la recherche. À cette occasion, Aleteia a recueilli le témoignage de plusieurs femmes touchées dans leur chair par cette maladie. Si celle-ci s’est manifestée à un degré varié pour chacune, il n’a pas manqué de bouleverser leurs vies. 

Annie, 78 ans, habite Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Elle est mariée avec Alain et ils ont une fille, Catherine. Elle a été touchée à deux reprises par la maladie. Tout d’abord en 2004, lorsqu’on lui découvre un cancer de type 1. S’ensuivent vingt-sept séances de rayons puis de l’hormonothérapie pendant cinq ans, qu'elle observe, selon ses mots, “scrupuleusement”. Mais vingt ans plus tard, en 2024, une biopsie montre une récidive de cancer, cette fois-ci sous une forme plus agressive. Le monde d’Annie s’effondre. Au programme, quinze séances de chimiothérapie et autant de séances de rayons. Une période épuisante, d’autant qu’au-delà du cancer lui-même, elle souffre d’effets secondaires nombreux. Chez Frédérique, assistante maternelle de 58 ans de Valenciennes (Nord), la maladie se déclare en 2013. À l’époque, ses trois filles, Lucie, Faustine et Margaux, vivent encore chez elle. Dans sa famille, c’est un véritable fléau : au même moment, on diagnostique le même cancer à ses deux sœurs et à sa cousine. Frédérique est opérée et subit une ablation partielle du sein. Pour elle, le pire n’est pas là mais dans la chute de ses cheveux : sa féminité est durement attaquée. Enfin, pour Adeline, consultante en communication de 43 ans, mère de Melvil, 11 ans, tout surgit en avril 2020. Celle qui vit aujourd’hui à Besançon (Doubs) a vécu un confinement très spécial. Alors que la France cloîtrée est dans l’attente, on lui décèle un cancer du sein triple négatif très virulent. La suite : chimiothérapie, deux opérations, une trentaine de séances de rayons et enfin à nouveau chimiothérapie, mais par voie orale. 

Frédérique @ F. Collignon.jpg
Frédérique @ F. Collignon.jpg

L’entourage, un besoin vital

Comment ces femmes ont réussi à tenir debout ? Pour Annie, en partie grâce à son époux. L’annonce de la maladie de sa femme le bouleverse. "Avant, chacun courait de son côté, nos vies professionnelles nous accaparaient", confesse-t-elle. "Il a été exceptionnel. Je ne m’attendais pas à tant. Il a tout pris en charge et s’est mis à faire la cuisine. Depuis ce jour-là, il fait toutes les courses alimentaires. Et il continue à faire la cuisine !". Il l’accompagne à chaque rendez-vous, quitte à patienter des heures dans une salle d’attente. Cette épreuve difficile lui a permis de renouveler son regard sur son mari. Elle se souvient avec émotion de ses petites attentions, notamment du grand bouquet de fleurs qui l’attendait au retour de son opération. Frédérique, quant à elle, témoigne qu’elle a paradoxalement plutôt bien vécu ces mois difficiles : "J’ai été très entourée. Avec mes filles, cela nous a rapprochées. Elles étaient très avenantes avec moi, toujours aux petits soins, et je ne les remercierai jamais assez. Bien sûr, il y a eu des moments de tristesse, mais on reçoit toujours un coup de téléphone ou un message." Elle souligne aussi sa chance de ne pas avoir souffert d’effets secondaires. De plus, le fait que ses sœurs soient malades en même temps qu’elle a été un soutien. "On s’entend très bien donc on se soutenait, on se prenait en photo avec nos perruques et nos bandeaux et ça restait joyeux entre nous", sourit-elle. Enfin, pour Frédérique comme pour Annie, le tissu amical a été infiniment précieux. "Mes amies m’appelaient tous les jours et cela m’a beaucoup aidée", assure cette dernière. 

C’était tellement dramatique de vivre cela que je me suis raccrochée à l’idée que je devais tirer quelque chose de cette expérience.

Adeline, elle, a traversé l’épreuve en lui cherchant un sens. "J’ai un naturel assez combatif", raconte-t-elle. "C’était tellement dramatique de vivre cela que je me suis raccrochée à l’idée que je devais tirer quelque chose de cette expérience. J’ai réalisé qu’avec la vie que je menais, ce cancer, je l’avais moi-même aussi un peu fabriqué. Et cela ne m’a pas du tout culpabilisée. Ce n’était pas juste le ciel qui me tombait sur la tête : si je comprenais ma maladie, je me donnais les moyens de m’en remettre. J’ai décidé d’en faire une opportunité de vie et de changement." Très active, la jeune femme avait jusque-là pour habitude de mener mille et une actions de front : rédactrice indépendante, créatrice de podcasts, mère de famille, souvent en déplacement, jamais à court de nouveaux projets… elle n’arrêtait pas ! "Je n’étais jamais satisfaite. Ma vie était hyper intense mais je cherchais à l’extérieur l’épanouissement que je ne trouvais pas à l’intérieur." Le cancer l'oblige à tout arrêter et à sa grande surprise, elle en éprouve un vrai soulagement. "J’ai fait une relecture de ma vie sincère et critique et j’ai réalisé que je faisais beaucoup de choses pour plaire à d’autres mais que je ne me nourrissais pas moi-même." Comme elle le souligne, le sein est l’organe nourricier. Pour elle, symboliquement, c’est très fort. "Je portais le masque de la fille hyper forte qui fait plein de choses et je crois que je me forçais. Je me sentais obligée d’être parfaite pour être aimée. Je m’épuisais à atteindre un idéal inaccessible et cela a fragilisé mon corps. Un cancer, c’est nos propres cellules qui se mettent en rébellion. Je l’ai vécu comme une sonnette d’alarme !". 

Où en sont-elles aujourd’hui ? Quoi qu’il advienne, Annie est bien décidée à aller de l’avant : "Je n’ai pas le choix alors je n’y pense pas. On verra. Il faut y faire face." Ce qui la rend heureuse à présent ? "Je pense à Noël : ma fille va venir et c’est un grand bonheur. Et j’ai trois bonnes amies que j’ai tous les jours au téléphone." Consciente de la chance qu’elle a eue d’être aussi bien entourée, Frédérique a créé un groupe Facebook, Cancer du sein. Il permet aux femmes touchées par la maladie de poser leurs questions, mettre en mots leurs inquiétudes et sortir de l’isolement. Car "le moral joue à cinquante pour cent dans la guérison", elle en est certaine. Enfin, Adeline a opté pour le changement. "J’ai réalisé que j’avais énormément de pouvoir d’action : j’ai mis à jour tout ce qui ne me convenait plus et cela m’a permis de modifier certaines choses très concrètement. C’était le début du chemin", s’enthousiasme-t-elle. Elle quitte son travail salarié pour l’auto-entreprenariat, pose des choix importants dans sa vie familiale et raconte son histoire dans un livre, Mon cancer, quelle chance !. "Je pense que je suis devenue plus authentique et qu’aujourd'hui j’accepte mieux les imperfections. Cette énorme alerte m’a forcée à revisiter ma vie et maintenant elle est cent fois mieux qu’avant, comme si c'était pleinement moi. Je me sens bien mieux dans mes baskets ! C’est loin d’être tout rose mais je suis à ma place. Le cancer m’a permis de trouver ma place dans la vie". 

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