Rien ne destinait le père Laurent Bissara à devenir prêtre. Encore moins à passer la totalité de sa vie à l’autre bout du monde. Pourtant, c’est en Inde que ce prêtre des Missions étrangères de Paris (MEP), membre de l’organisation Howrah South Point (HSP), vit sa vocation.
“Je n’étais pas vraiment parti pour être missionnaire. Enfin, c’est ce que je pensais. Pour la Providence manifestement, c’était très clair !”, rit le père Laurent. Après avoir passé une partie de sa vie à Paris, c’est en Italie qu’il entame son parcours professionnel. Il y renoue avec sa foi, et avec un appel qu’il a ressenti bien plus petit, à l’âge de 7 ans. Le monde est alors secoué par l’attentat contre Jean Paul II et le jeune Laurent prie de tout son cœur. “À ce moment-là j’ai ressenti un premier appel. Mais avec le temps, je me suis éloigné de l'Église. J’étais devenu fêtard, je n’étais pas vraiment quelqu’un de pieux”. Laurent a 33 ans lorsque meurt l'athlète de Dieu. “Je vis ça comme un séisme, je me réveille de ma léthargie spirituelle. Et l’appel à la vocation se fait plus fort”, se souvient-il. Après un pèlerinage à Assise, puis en Terre sainte, Laurent entre au séminaire de Paris. Il se cherche, entre chez les capucins. Puis, c’est la révélation avec les MEP. Ordonné diacre en 2016, le voilà investi de sa mission pour un départ définitif en Inde.
À Howrah, tout près de Calcutta, le père Laborde cherche son successeur depuis une dizaine d’années. Mais la tâche est si lourde que les candidats sont timides. Personne n’ose reprendre le flambeau après le père Laborde, dont l'œuvre intense auprès des pauvres du bidonville de Pilkhana à Calcutta inspira le roman La Cité de la Joie. Arrivé sur zone en 2018, le père Laurent doit apprendre l’hindi et le bengali. Avec 350 salariés de HSP, il contribue depuis à améliorer sans relâche le quotidien de milliers d’Indiens en situation de grande précarité.

Créée en 1976 par le prêtre François Laborde, HSP se met au service principalement des enfants handicapés, malades et issus des bidonvilles ou de plantations de thé, dans l’État du Bengale-Occidental. Son action repose sur quatre programmes essentiels : des foyers d’accueil, des écoles spécialisées et non formelles, des services de santé accessibles et des initiatives d’autonomisation. Ces programmes visent à offrir à chaque individu, indépendamment de sa caste, de sa religion ou de son statut social, les moyens de retrouver dignité et autonomie. “En Inde, il y a des gens très riches qui vivent à côté d’une population plus pauvre que tout”, résume le père Laurent. De grandes barres d’immeubles ultra modernes côtoient des bidonvilles dont les habitants vivent sans eau potable, parfois sans électricité, dans des conditions déplorables. “Les familles qui y vivent n’ont souvent pas la notion d’hygiène. De nombreuses mères de famille ne savent pas comment nourrir sainement leurs enfants, ou pourquoi il est vital de purifier l’eau avant de la boire”, illustre le père Laurent. Dans ce contexte, HSP joue un rôle essentiel dans la prévention et l’apprentissage des bases, formant 650 mamans à des gestes d’hygiène élémentaires.
À cela, il faut ajouter la question sans doute plus grave encore de la sécurité et de la dignité des enfants. “En Inde, les problèmes de négligence et de violence domestique sont très répandus. Les enfants suivent des parcours de scolarisation chaotique dans des familles souvent monoparentales, où les pères sont absents”, relate le père Laurent. “Je suis très préoccupé par l’accompagnement des enfants, et je parle aussi de l’éducation affective des adolescents. Les relations homme-femme en Inde sont complètement déséquilibrées. Les hommes sont violents et boivent beaucoup. Lorsque je suis arrivé, les enfants étaient presque surpris de voir un homme qui ne les frappait pas”. Sans compter les mariages forcés. En 2023, presque une jeune femme sur quatre en Inde (soit environ 23 %) a été mariée ou vivait en union avant ses 18 ans, selon l’Unicef. Les enfants sont quotidiennement la proie de trafics d’organes ou de réseaux de prostitution.

Dans ce contexte délétère, la mission du père Laurent est avant tout un “ministère de présence et d’accompagnement”. “J’ai reçu une paternité sur ces enfants, et aussi sur les travailleurs de HSP”, résume le père Laurent. La majorité des Indiens sont hindous; les catholiques ne constituent que 1.5% de la population. Mais “HSP est avant tout une communauté spirituelle malgré les diversités dans la foi”, note le père Laurent qui célèbre la messe tous les jours, même pour un ou deux fidèles.
Une collecte annuelle
Pour les aider dans leur mission, le père Laurent Bissara et HSP peuvent compter sur le soutien des Oeuvres Pontificales Missionnaires (OPM). Par le biais de la Fondation Enfance Missionnaire, les OPM réalisent une collecte de dons avec un objectif de 50.000 euros. “Nous avons bientôt 50 ans d’existence, et beaucoup de nos bâtiments vieillissent rapidement”, explique le père Laurent. “L’idée est de réaménager un hangar pour concentrer tous nos départements et services sociaux. Tout s’abîme à vitesse grand V à cause du climat tropical. Il nous faut absolument une structure d’accueil adaptée pour continuer à servir les enfants et familles les plus vulnérables dans de bonnes conditions.”
Chaleur extrême, violence, solitude… L’envie de rentrer dans son pays natal a saisi le missionnaire plus d’une fois, mais il en est certain : sa place est ici. “Bien-sûr, il arrive de se sentir seul et dépassé. Je n’aurais pas tenu sans la grâce de la prière. Travailler sur la parole de Dieu me donne du courage. Et je reçois tellement d’affection de la part des enfants, des familles, que j’y vois le signe de rester”, confie encore le missionnaire. Et de conclure : “À Calcutta, la joie, c’est le sourire des pauvres.”
Pratique :
En partenariat avec les Œuvres Pontificales Missionnaires











