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“Les familles sont à bout” : au Mozambique, l’inquiétante flambée des violences

Camp de déplacés au nord du Mozambique, 2024.

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Cécile Séveirac - publié le 10/10/25
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L’ONU alerte sur une recrudescence de violences au nord du Mozambique, où plus de 22.000 personnes ont fui leurs foyers en une semaine fin septembre. Depuis 2017, les attaques djihadistes sur fond de rivalités ethniques et religieuses ont déplacé plus de 1,3 million de Mozambicains et visé particulièrement les chrétiens.

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Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a alerté mardi 7 octobre sur l'importante recrudescence du nombre de déplacés au Mozambique où les violences semblent atteindre leur apogée après huit ans de conflit. Dans la province de Cabo Delgado, au nord du pays, plus de 22.000 personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers en une semaine à la fin du mois de septembre.

"La récente flambée de violence marque un tournant dans le nord du Mozambique. Après des années d'incertitude, les familles sont à bout", note ainsi Xavier Creach, représentant du HCR au Mozambique. "Certaines restent malgré le danger, d'autres fuient à nouveau sans grand espoir de pouvoir revenir. Cette nouvelle vague de déplacements est l'une des plus importantes enregistrées cette année, avec plus de 100.000 personnes contraintes de fuir." Depuis le début de la guerre en 2017, plus de 1.3 millions de personnes ont été déplacées. Les chiffres les plus récents font état de plus de 6.000 morts, un nombre très largement sous estimé selon Thomas Oswald, journaliste pour la fondation Aide à l'Église en détresse. "Ces statistiques sont à regarder avec prudence. Étant donné le nombre de témoignages que nous avons à disposition, il est impossible que ce conflit n'ait pas fait plus de morts", affirme-t-il à Aleteia.

Rivalité ethnoreligieuse et persécutions

Meurtres, enlèvements, violences sexuelles... Le Mozambique fait face depuis 2017 à une insurrection ayant fait allégeance à l'État islamique dans la partie septentrionale du pays, menée par un groupe connu localement sous le nom d’"Al-Shabaab", sans lien direct avec le groupe somalien du même nom. Cette insurrection puise en partie ses racines dans une rivalité ethnoreligieuse ancestrale entre les Makonde, majoritairement chrétiens et établis dans les plateaux de l'intérieur; et les Mwani, principalement musulmans, se trouvant le long de la côte dans la région de Cabo Delgado. Longtemps latente, cette opposition s’est ravivée ces dernières années, alimentée par de fortes inégalités sociales et politiques : les Mwani, marginalisés par un pouvoir central éloigné — la capitale, Maputo, se trouvant à l’extrême sud du pays —, nourrissent un ressentiment croissant envers les Makonde, perçus comme proches du parti au pouvoir et favorisés par l’État. Les groupes djihadistes recrutent principalement chez les Mwani, exploitant leur sentiment de marginalisation. Pour couronner le tout, l'exploitation des ressources naturelles, notamment des hydrocarbures. "De nouvelles concessions ont été attribuées à des compagnies privées, parfois au détriment des populations locales, déjà très pauvres, ce qui génère des expropriations et des conflits fonciers", explique Thomas Oswald.

"Le droit à la liberté religieuse n’est pas facultatif mais essentiel."

La communauté chrétienne, majoritaire au Mozambique, est donc confrontée à une vague de persécutions. Fin septembre, plusieurs attaques de djihadistes ont été perpétrées à l'encontre de civils chrétiens. Deux chrétiens ont été décapités à Chiure-Velho, dans le district de Chiure, au nord du pays; un autre a été tué et quatre églises incendiées dans un village du même district. "Les chrétiens dans le nord sont en danger de mort constant. Ils savent qu'en se rassemblant, notamment pour aller à la messe, ils sont une cible facile. Les terroristes arrivent, et leur laissent le choix entre partir ou se convertir. S'ils ne le font pas, une maison brûle, une personne meurt", explique Thomas Oswald.

À de nombreuses reprises, le pape Léon XIV a appelé à prier pour le Mozambique tant éprouvé, le qualifiant de "pays martyr". Son prédécesseur, François, s'était rendu sur place en 2019 et avait dénoncé publiquement la spirale de violence dans laquelle s'enferme le Mozambique. "Le droit à la liberté religieuse n’est pas facultatif mais essentiel", a déclaré Léon XIV à une délégation de l’Aide à l’Église en détresse (AED), reçue au Vatican ce 10 octobre 2025. "Comme une seule famille dans le Christ, nous n’abandonnons pas nos frères et sœurs persécutés", a-t-il assuré en déplorant la persistance "d’une hostilité et d’une violence croissantes" dans le monde à l’égard "de ceux qui ont des convictions différentes, y compris de nombreux chrétiens".

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