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Le deuil, une question de santé publique ?

4 min de lecture
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Crédit : PeopleImages I Shutterstock

Le deuil a des conséquences comparables à un "tsunami" sur la santé physique et mentale, alertent associations et professionnels qui exhortent l’État à s'emparer du sujet. Néanmoins, l’espérance chrétienne peut apporter une consolation.

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À trois semaines de la Toussaint se tiennent à Paris les troisièmes assises du deuil ce vendredi 10 octobre. À cette occasion, le Crédoc (Centre d'études et d'observation des conditions de vie) a publié son baromètre 2025 sur les Français face au deuil. Selon cette étude, près de la moitié (47%) des personnes endeuillées déclare avoir augmenté leur consommation de médicaments et 44% celles d’alcool ou de tabac. Près de six personnes endeuillées sur dix déclarent souffrir d’épisodes dépressifs et huit sur dix disent avoir ressenti un épuisement ou des douleurs physiques inhabituelles. Pour plus d’un Français sur cinq, la douleur ou l’épuisement étaient "intenses". Plus grave encore, 10% des personnes endeuillées déclarent qu'ils ont contracté une maladie ou qu’une maladie s’est aggravée à la suite du décès.

Le deuil est un tsunami

"Le deuil n'est absolument pas pris en compte aujourd'hui, il est invisibilisé, voire nié", estime Nathalie Hanet, présidente de l'association Empreintes qui organise les assises du deuil. "Quand vous perdez un proche, non seulement vous êtes projetés dans un capharnaüm administratif mais vous n'avez aucune information sur ce qui vous attend" sur le plan de la santé, ajoute-t-elle. "Il faut arrêter de faire comme si on n'allait pas tous mourir et qu'on n'allait pas tous vivre des deuils", martèle Nathalie Hanet. "C'est une question de santé publique".

"Le deuil est un tsunami", souligne quant à lui Alain Sauteraud, psychiatre spécialiste en psychologie du deuil et auteur de Vivre après ta mort (Odile Jacob). "Vous altérez votre santé significativement pendant au moins un an dans tous les domaines de la physiologie humaine." Et de citer des études qui ont montré que "les veufs et les veuves doublent leur mortalité dans l'année qui suit la perte du conjoint et ce, quel que soit l'âge".

Sur le plan de la santé mentale, si pour la plupart des endeuillés les réactions psychologiques s'estompent généralement un an après le décès, 11% des Français – toujours selon le Credoc - sont susceptibles de vivre un "trouble du deuil prolongé". "C'est quand l'état de manque du défunt se poursuit au-delà d'un an", explique Alain Sauteraud. "Si à ce moment-là les personnes continuent d'aller mal, cela veut dire que le processus du deuil est bloqué et cela nécessite un suivi spécifique".

Ne pas s’entourer de ténèbres

À cette question du deuil prolongé, le père jésuite Jean-François Thomas, chroniqueur régulier d’Aleteia, apportait une belle et lumineuse réponse, fondée sur l’espérance et la charité chrétiennes. En l’absence de l’être aimé, la tentation est forte de "s’enfermer dans sa coquille et d’entretenir le deuil jusqu’à une possible folie ou jusqu’au désespoir", reconnaît-il. "Ces issues sont certes très prisées par les romantiques, mais l’homme n’a pas été créé pour se réfugier dans la désespérance."

L’homme n’a pas été créé pour se réfugier dans la désespérance.

Comment alors surmonter la douleur de l’absence de l’être aimé ? En communiant avec lui dans la mémoire des jours heureux, suggère le père Jean-François Thomas. L’être disparu n’attend pas que ceux qui survivent se dessèchent dans l’aigreur, dans une tristesse sans limite. Une autre voie réside dans la compassion envers son prochain. "Seuls les êtres capables de demeurer ouverts sur les malheurs d’autrui peuvent dépasser leur propre souffrance", affirme Jean-François Thomas. "Entendre la détresse de l’autre permet de presque oublier l’épée plantée peut-être dans notre cœur."

L’absence des êtres aimés est ainsi allégée à la fois par la contemplation de la réalité et par l’exercice de la charité envers les êtres qui souffrent. "Toute absence est cruelle et aucune ne laisse intact. Malgré tout, le mystère est lumineux à celui qui ne décide pas de s’entourer de ténèbres."