Aller au contenu principal

Les premiers textes des papes, de vrais marqueurs

5 min de lecture
León XIV

Crédit : Antoine.Mekary | ALETEIA

León XIV

Le pape Léon XIV publie ce 9 octobre son premier texte magistériel majeur, un document probablement consacré aux pauvres. L’occasion de revenir sur ces documents fondateurs qui, de Jean Paul II à François, ont donné le ton d’un pontificat.

Partager sur :

Les papes marquent l’histoire par leurs paroles et leurs gestes, mais aussi par de grands textes qui structurent leur magistère. Léon XIV n’échappe pas à la règle et publie, le 9 octobre, sa première exhortation apostolique intitulé Dilexi te ("Je t’ai aimé"). 

Cette exhortation apostolique a pour particularité d’être un legs de son prédécesseur, décédé le 21 avril dernier. Le pape François avait en effet travaillé à l’écriture de ce texte consacré aux pauvres pendant les derniers mois de son pontificat, situant cette exhortation dans la continuité de sa dernière encyclique, Dilexit nos ("Il nous a aimés") sur la dévotion à l’amour humain et divin du Cœur de Jésus. Le pontife argentin entendait ainsi mettre en évidence le lien entre l’enracinement spirituel et l’engagement social. Léon XIV pourrait donc assumer l’héritage de son prédécesseur, comme François l’avait fait avec Benoît XVI en 2013. Mais un premier texte, pour un pape, est aussi l’occasion pour fixer le cap du pontificat qui s’ouvre. 

Bienvenue sur le nouveau site d'Aleteia !

Nous sommes heureux de vous accueillir sur un site entièrement repensé, réalisé grâce au soutien de nos généreux donateurs.

Si vous appréciez cette nouvelle expérience de lecture, vous pouvez, vous aussi, nous aider à faire vivre Aleteia.

Faire un don

Redemptor Hominis

Il aura fallu moins de cinq mois à Jean Paul II pour publier son premier texte, l’encyclique Redemptor Hominis, parue le 4 mars 1979. Face au long pontificat qui s’ouvre devant lui (il n’a pas encore 60 ans), le Polonais décrit une Église dont le dynamisme vital est "beaucoup plus fort que les symptômes de doute, d’effondrement et de crise". Après les vives tensions qui ont marqué la période post-Vatican II et la mort brutale de Jean-Paul Ier, le successeur de Pierre exprime son optimisme et sa volonté d’avancer "le long des chemins de l’Église, le long de ces chemins que le pape Paul VI nous a clairement indiqués".

Dans ce texte, consacré aux défis de l’humanité, apparaissent déjà certaines grandes thématiques de son pontificat : la lutte contre l’athéisme d’État dans le bloc de l’Est, la défense de la liberté religieuse, l’ "attitude missionnaire" qui marquera le futur pape globe-trotter, la centralité de l’Eucharistie et une forte piété mariale. Jean-Paul II publiera ensuite treize autres encycliques.

Deus Caritas est

Le premier texte de Benoît XVI, Deus Caritas est, est rendu public le 25 janvier 2006. Dans cette encyclique dense, consacrée à la charité chrétienne, le pape, élu moins d’un an plus tôt, assume sa filiation avec Jean-Paul II. Il impose déjà son style de théologien, convaincu de la "grande actualité" de l’amour de Dieu dans une société contemporaine souvent violente, parfois indifférente à cette réalité.

Pédagogue, Benoît XVI souligne "un problème de langage" : "le terme ‘amour’ est devenu aujourd’hui un des mots les plus utilisés et aussi un des plus galvaudés", auquel on donne "des acceptions totalement différentes". Il distingue et unit à la fois l’amour humain (eros) et l’amour divin (agapè). Puis il rappelle que la charité fait partie des trois tâches essentielles et inséparables de l’Église, avec l’annonce de la Parole et la célébration des sacrements, définissant des règles pour l’action caritative ecclésiale et rappelant aussi aux États leurs responsabilités en la matière.

Lumen Fidei et Evangelii Gaudium

Avec l’encyclique Lumen Fidei, publiée le 29 juin 2013, François conclut le grand travail théologique de son prédécesseur, une encyclique consacrée à la foi. Il complète ainsi le "précieux travail" de Benoît XVI, qui avait déjà écrit deux textes sur les vertus théologales (Deus Caritas est et Spe salvi, 2007). Comme l’affirme François lui-même, le pape allemand avait "pratiquement achevé" ce texte, qui réfléchit à la façon dont la foi peut illuminer la vie de l’homme et dialoguer avec la philosophie et les sciences.

Si certains accents bergogliens apparaissent déjà dans ce premier document, il faut attendre la publication de l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium (24 novembre 2013) pour que François impose véritablement son style. Dans ce texte, moins académique, il trace les grandes lignes programmatiques de son pontificat, guidé par l’exigence d’évangélisation. Il y appelle à une Église capable de "sortir d’elle-même", enjoint à une conversion pastorale des fidèles comme du clergé, et plaide pour une Église "polyédrique", c’est-à-dire nourrie de la diversité pour mieux se construire. 

François insistait aussi sur la place des pauvres, appelés à être des acteurs de cette évangélisation. Une thématique qu’on pourrait retrouver dans le premier grand texte du pontificat de Léon XIV.