separateurCreated with Sketch.

En France, le métier d’enseignant à bout de souffle

Ces faux obstacles qui vous empêchent de devenir catéchiste à l'école de votre enfant

Image d'illustration.

whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Mathilde de Robien - avec AFP - publié le 07/10/25
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
L’étude Talis, menée tous les cinq ans par l’OCDE, est la plus grande enquête internationale sur les pratiques professionnelles et les conditions d’exercice des enseignants. Les résultats de l’édition 2024, publiés ce 7 octobre, témoignent des nombreuses difficultés rencontrées par les professeurs français.

Une photographie "préoccupante" de la situation des enseignants français, selon Éric Charbonnier, spécialiste éducation de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Menée sur un échantillon de 280.000 enseignants de 55 pays différents, dont un échantillon de 3.766 professeurs français de collège et 2.246 en école élémentaire, l’étude Talis publiée ce mardi 7 octobre met en lumière l’ampleur des difficultés rencontrées par les professeurs français aussi bien sur le plan de la reconnaissance du métier, du défi de la discipline que de la formation. "Il faut aujourd'hui peut-être rouvrir ce grand chantier du métier d'enseignant" en France, souligne Éric Charbonnier. "Globalement, les résultats sont préoccupants, notamment sur tous les aspects de formation professionnelle des enseignants, de satisfaction dans le métier, de culture de coopération qui a du mal à se mettre en œuvre", a-t-il ajouté.

L'étude démontre une satisfaction moindre des enseignants français par rapport aux enseignants de l'OCDE. Si près de 90% des enseignants de l'OCDE se déclarent satisfaits de leur métier, en France, ils sont 79%, une proportion qui reste élevée mais place le pays en queue de peloton avec le Japon. 

Manque de reconnaissance

Parmi les sources de mécontentement, les enseignants français souffrent d'un cruel manque de reconnaissance. Ils sont seulement 4% à estimer leur profession valorisée par la société. C'est en recul par rapport aux 7% de 2018, et en dessous de la moyenne de l'OCDE, déjà basse (20%). Les professeurs français ne sont aussi que 4% à penser que les décideurs politiques accordent de l'importance à leur avis. Les salaires demeurent également une source d'insatisfaction. En France, seuls 27% des professeurs de collège et 22% des enseignants d'élémentaire sont satisfaits de leurs salaires (contre 40% dans l'OCDE).

Un manque de reconnaissance et un profond mal-être qu'avaient déjà mis en lumière deux notes publiées en juin dernier par le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan. Deux études qui mettaient en évidence le dysfonctionnement, depuis plusieurs décennies, du système éducatif français et dont la conclusion est bien amère, le Haut-commissariat ayant fait le lien entre la baisse "alarmante" du niveau des jeunes Français et le mal-être des enseignants qui témoignaient déjà d'un sentiment de déclassement dans la société, de délaissement par l’institution et de la difficulté à "bien faire son travail".

Des classes difficiles à gérer

En juin, le Haut-commissaire au Plan, Clément Beaune, interrogé par le Figaro sur les raisons du décrochage français, avait avancé que "les élèves français [n'étaient] pas si différents des élèves allemands ou finlandais". L'étude Talis lui donne tort. L'enquête démontre que les enseignants français ont des classes de plus en plus hétérogènes et difficiles à gérer. La part des professeurs dont au moins 10% des élèves ont des besoins éducatifs particuliers a bondi de 42% à 74% en France entre 2018 et 2024, alors que la moyenne de l’OCDE est de 46%.

80% d’entre eux affirment qu'ils connaissent des problèmes de discipline.

En outre, les professeurs français sont également parmi ceux qui font le plus face à des élèves perturbateurs par rapport à la moyenne de l'OCDE. Ils sont 80% à affirmer qu'ils connaissent des problèmes de discipline dans leurs classes (contre 70% pour les enseignants de l'OCDE) et ils doivent consacrer 18% de leur temps scolaire à la discipline (contre 15 % pour l'OCDE).

Formation et coopération défaillantes

Les difficultés du métier rejaillissent sur l'état général des enseignants. Ils sont 18% à dire ressentir beaucoup de stress, contre 11% en 2018. Un stress lié aux réformes successives, au travail administratif ou encore au fait de devoir modifier les leçons pour les élèves à besoins particuliers.

Quant à la formation, elle ne semble pas non plus répondre aux attentes. Pourtant, il s'agit là, selon Mathias Cormann, Secrétaire général de l’OCDE, d'un élément essentiel pour accompagner les élèves. "Des enseignants compétents constituent la clé de voûte des systèmes éducatifs performants. En continuant à renforcer la formation des enseignants et les outils dont ils disposent, nous pouvons faire en sorte que les élèves aient toutes les cartes en main pour s’épanouir dans des économies et des sociétés en mutation", a-t-il déclaré.

Or le nombre de jeunes enseignants français qui estiment avoir été bien préparés à la pratique pédagogique s'élève à 50% au collège et à 34% en école élémentaire, en deçà de la moyenne de l'OCDE. "On a vraiment des défaillances en France sur ces questions-là", estime Éric Charbonnier. Pour lui, la réforme de la formation initiale des professeurs annoncée cette année, qui ramènera les concours enseignants à bac+3 au lieu de bac+5, "va avoir un effet sur l'attractivité". Mais "il faut que la formation soit efficiente", souligne-t-il. À titre d’exemple, seuls 9% des enseignants ont indiqué avoir été formés sur l'intelligence artificielle dans les 12 derniers mois, ce qui place la France en toute fin de peloton. Une incohérence au regard des enjeux actuels.

Enfin, les enseignants déplorent le manque de coopération entre professeurs dans les pratiques enseignantes en France. Là aussi, la France est bonne dernière, avec seulement deux heures hebdomadaires consacrées au travail d'équipe, contre trois heures en moyenne dans l'OCDE, et quatre à cinq heures dans certains pays.

Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !