C'est dans la discrétion coutumière de cette maison princière que le vendredi 3 octobre dernier, le grand-duc Henri de Luxembourg, 70 ans, a abdiqué en faveur de son fils Guillaume, 43 ans, devenu ainsi le dixième souverain de cette petite monarchie européenne de 680.000 habitants coincée entre l'Allemagne, la France et la Belgique.
Te Deum à la cathédrale
Cette abdication n'était pas une surprise puisqu'elle avait été soigneusement préparée depuis longtemps. Montée sur le trône en 2000, le grand-duc Henri avait prévu de se retirer après 25 ans de règne. Dès juin 2024, il avait élevé son fils au rang de lieutenant représentant puis, en décembre suivant, lors de son traditionnel discours de Noël, il avait annoncé son abdication à la date du 3 octobre 2025, dite journée du Trounwiessel (changement de trône en langue luxembourgeoise) s'agissant aussi d'un avènement.
C'est donc une cérémonie bien préparée mais sans faste qui s'est déroulée vendredi d'abord au palais grand-ducal où Henri a signé son abdication puis à la Chambre des députés où son successeur Guillaume V a prêté serment avant d'aller, avec son épouse, la grande-duchesse Stéphanie, saluer la population dans un quartier de la capitale. Un grand dîner a néanmoins été servi le soir en présence des rois des Pays-Bas et de Belgique, des présidents français et allemand ainsi que de nombreuses personnalités dont le spécialiste des têtes couronnées Stéphane Bern qui possède la double nationalité française et luxembourgeoise. Les festivités se sont prolongées jusqu'au dimanche 5 octobre avec un Te Deum célébré dans la cathédrale Notre-Dame de Luxembourg.
Indépendant depuis 1839
La pérennité de l'existence du Luxembourg reste un mystère car le pays aurait pu plus d'une fois être absorbé par l'un de ses puissants voisins. Vestige de la Lotharingie, le Luxembourg a connu plusieurs dominations à partir du XVe siècle, passant successivement sous la souveraineté de l'Espagne, de l'Autriche, de la France, des Pays-Bas puis de la Belgique. C'est le Congrès de Vienne qui a édifié le Luxembourg en grand-duché, devenant néanmoins la dix-huitième province du royaume des Pays-Bas en 1815. À la suite de la révolution brabançonne de 1830, le Luxembourg est annexé par la Belgique qui doit, en 1839, abandonner la partie orientale du grand-duché de langue germanique, lequel devient un État indépendant mais en union personnelle avec le roi des Pays-Bas tout en faisant partie de la Confédération germanique.
Il faut attendre 1890 pour que le grand-duché de Luxembourg, ainsi réduit à la moitié de sa taille initiale, dispose de sa propre dynastie avec la Maison de Nassau-Weilburg associée à la Maison de Bourbon-Parme depuis le mariage, en 1919, de la grande-duchesse Charlotte avec son cousin Félix de Bourbon-Parme, qui donneront naissance au prince Jean de Luxembourg, grand-duc de 1964 à 2000.
L’acte courageux du grand-duc Henri
C'est donc le fils de ce dernier, Henri, qui vient d'abdiquer après un règne sage et discret, à l'image de son pays. Le Luxembourg est connu en effet pour être un des pays le plus riches et les plus prospères du monde, doublé d'une réputation de paradis fiscal, même si la situation a évolué depuis l'abolition, en grande partie, du secret bancaire au début du présent siècle.
Outre son mariage avec une roturière originaire de Cuba, une première pour la dynastie luxembourgeoise, le seul coup d'éclat du grand-duc Henri, courageux en l'occurrence, a été son refus, à la manière du roi des Belges Baudouin au sujet de l'avortement, de signer, en 2008, la loi autorisant l'euthanasie au Luxembourg. Mais comme le souverain luxembourgeois, à l'image de tous les monarques constitutionnels, règne mais ne gouverne pas, le droit de sanctionner les lois lui a été retiré pour ne lui conserver que le droit de les promulguer.
"Toujours prêt"
Le nouveau grand-duc Guillaume, cinquième du nom, a épousé en 2012 Stéphanie de Lannoy, une aristocrate belge. Il est pour le moment peu connu. Après sa formation militaire à l'Académie royale de Standhurst en Grande-Bretagne et des études de sciences politiques à Angers en France, celui qui était jusqu'ici prince héritier s'est surtout signalé par son engagement dans le mouvement scout, devenant, en 2022, président de la Fédération du scoutisme mondial. "Toujours prêt" n'est-il pas une belle devise et un bon programme pour celui appelé désormais à régner sur son pays ?









