Et si votre lecture allait plus loin ?
Avec l’abonnement Aleteia, recevez notre magazine trimestriel, accédez à des contenus qui prennent le temps d’approfondir, et soutenez une information qui fait grandir.
Vous vous souvenez de Charles Ingalls et de sa maison de bois dans la série phare diffusée dans les années 1970 ? Maintenant, quittez le Minnesota et transportez-vous dans le Jura à la rencontre de Jean-Marie et Ségolène. Ces deux-là vivent avec leurs deux jeunes enfants à Aromas, dans le Jura, dans une maison en rondins de bois construite cent pour cent de leurs mains. Ségolène, 37 ans, fait de l’accompagnement à l’orientation et Jean-Marie, 42 ans, est grimpeur-élagueur.
Qu’est-ce qu’une fuste ? Une habitation construite en troncs d’arbres empilés, taillés et entrecroisés de façon à former un mur étanche et solide. La famille a emménagé dedans en mars dernier après quatre ans de travaux. Un projet qui vient d’où ? "J’en avais envie depuis tout gamin", confesse Jean-Marie qui jouait petit garçon avec le jeu Mon chalet en bois. Après avoir lu les livres de Nicolas Vanier et visionné des films sur le grand nord, séduit par les cabanes de trappeur, cet amoureux de la nature a passé quatre mois au Canada pour apprendre et expérimenter cette technique de construction. Puis s’est exercé en montant saunas, abris, tables de pique-nique, bancs en rondins…
Une expérience de confiance
Trois ans après leur mariage, ils touchent une somme d’argent et se disent que c’est le moment idéal pour se lancer dans l’aventure. "On a dit à des copains qu’on cherchait un terrain : deux jours après, on avait trouvé !", s’exclame Ségolène. "Honnêtement, je n’ai jamais rêvé d’habiter une maison en rondins. Mais on avait un peu de sous et j’ai dit "allons-y". Ce n’était pas mon projet mais je l’ai accueilli et c’est finalement devenu notre projet". Le couple se met des garde-fous : Jean-Marie ne travaillera que pendant les jours de semaine et pas après dix-huit heures. L’élagage étant une activité principalement hivernale, il pourra s’attaquer aux travaux dès le début du printemps et y consacrer la moitié de l’année.

Quelles ont été les grandes étapes de construction ? Tout d’abord, obtenir un permis de construire, puis trouver le bois (ici, essentiellement de l’épicéa et du douglas), creuser les fondations, couper le bois, le rapporter et l’écorcer, monter la structure, la démonter puis la remonter, cette fois-ci avec les joints, isoler la charpente et les sols avec de la paille, s’occuper des menuiseries et des cloisons, de l’électricité, de la plomberie, des plafonds, des planchers... et enfin emménager l’intérieur et le jardin. "Faire la maison la plus écologique possible, pour moi, c’était fondamental", poursuit Jean-Marie, qui a grandi dans la nature et dont les parents sont agriculteurs. Bien sûr, les deux époux ne se sont pas investis de la même manière. "C’était vraiment mon projet et Ségolène n’y connaissait rien au départ. Elle a géré les enfants et les repas et m’a offert un soutien logistique et moral : c’est inestimable."
Ce projet-là a été fondateur au niveau de notre couple. Il nous a obligés à communiquer, à essayer de nous comprendre, à exprimer nos besoins et nos limites, à coopérer… Bref, à faire équipe.
Les épreuves ne manquent pas : le premier lot de bois qu’ils achètent est de mauvaise qualité et leur fait perdre un an de travail, la météo est compliquée, Jean-Marie est immobilisé quelque temps après un accident de la route… Alors que les fonds commencent à manquer, ils lancent en mars 2023 un emprunt participatif auprès de leurs familles et amis. En dix jours, ils récoltent plus de 95.000 euros. Une expérience inédite pour eux ! "Nous avons eu plus de promesses de prêts que ce que nous imaginions et cela a été hyper boostant", s’enthousiasme Ségolène. "Cela a été une expérience concrète de solidarité. Nous étions très surpris, jamais nous n’aurions pensé recueillir autant. Nous avons reçu plein de messages sympas. Un chantier, c’est long et fatiguant : Jean-Marie s’est senti très légitime et soutenu. Cela montrait que ce projet avait de la valeur. De mon côté, cela m’a vraiment donné confiance : c’était un sacré pari mais il y a un flot de vie qui fait que lorsqu’on a besoin, ça arrive. Cette expérience m’a donné confiance en la vie". "Cela a généré beaucoup d’énergie de gratitude", renchérit Jean-Marie. "Nous sommes croyants : en commençant cette maison, j’ai senti qu’on trouverait les moyens pour que ça se fasse. Aujourd’hui, on a la satisfaction d’être chez nous et d’y être arrivés."

Après avoir passé avec succès le test d’étanchéité à l’air, ils ont donc emménagé dans leur maison il y a quelques mois. Quotidiennement, ils utilisent de l’eau de pluie potabilisée qu’ils récoltent dans quatre cuves de cinq mille litres, se servent de toilettes sèches et se chauffent au poêle à bois. "C’est une vraie expérience de confiance", s’écrie Ségolène qui s’émerveille de constater qu’ils ont tout ce dont ils ont besoin, et même plus. "On peut faire des maisons pas très chères et écologiques", constate quant à lui Jean-Marie. "Ce projet-là a été fondateur au niveau de notre couple", conclut Ségolène. "Il nous a obligés à communiquer, à essayer de nous comprendre, à exprimer nos besoins et nos limites, à coopérer… Bref, à faire équipe. Aujourd’hui, nous sommes très heureux de pouvoir accueillir nos amis de manière confortable. Bien sûr, il y a des contraintes, mais nous avons un mode de vie et un environnement sains. C’est notre maison et cela nous donne beaucoup de fierté."









![[REPORTAGE] À Paris, un chantier inédit transforme un monastère en hameau de solidarité](https://wp.fr.aleteia.org/wp-content/uploads/sites/6/2025/09/benediction-premiere-pierre-vaugirard-diocese-de-paris.jpg?resize=300,150&q=75)