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Les Israélites qui demandaient un roi à Samuel avaient une bonne raison de le faire : ils étaient fatigués de la faiblesse des magistrats. Et surtout, ils voulaient un roi pour être comme tout le monde. Quand une nation s’inquiète de l’image qu’elle renvoie aux autres pays, elle est mûre pour leur ressembler, en général pour le pire. C’est ce qui arriva.
Absence de l’État
Depuis plus de deux ans, la France ne quémande pas un roi mais un gouvernement digne de ce nom. Elle a épuisé les charmes d’un État faible. Elle qui se vantait de sa singularité, en vient à mendier une situation qui la rendrait comme les autres. On avait expliqué aux Français que l’État était la cause de tous leurs maux. Ils commencent à expérimenter qu’il existe un mal un plus pervers encore que l’État : l’absence de l’État.
Sans un gouvernement fort, point de décision forte. Cette situation est confortable en période calme mais redoutable en temps de danger. Or nous sommes en un temps de danger. On ne redresse pas les comptes publics sans une loi de finances exigeante. On ne réarme pas un pays en reconduisant son budget. On ne répond pas à l’urgence par le déni. On ne pèse pas dans les affaires du monde quand on ne sait pas soi-même ce qu’on veut.
Le risque de pourrissement
Telle est notre situation d’aujourd’hui. Même les pires heures de la IVe République, quand Schuman renonçait après des semaines d’effort à former un gouvernement et que le président Auriol refusait sa démission, étaient moins mortifères que celles que nous vivons à présent, car en 1948, le pays savait où il allait et aujourd’hui ne le sait pas. En 1948, on reconstruisait. En 2025, on ne sait même plus si on déconstruit.
Dès lors, deux hypothèses sont possibles. La première serait d’attendre l’échéance présidentielle de 2027. Cela serait conforme à la lettre de nos institutions, mais reviendrait à lanterner dans un monde qui ne nous attend pas. Le risque de pourrissement et de chaos serait alors réel, au pire moment. Pouvons-nous nous offrir le luxe de deux années supplémentaires de gouvernement faible ou démissionnaire ? La tentation du moindre risque est toujours un risque.
Dissolution ou démission
La seconde hypothèse serait de précipiter les choses par de nouvelles élections. Ce serait aventureux car, quoi qu’on en dise, nul ne peut prévoir ce qui sortirait des urnes, en dehors de l’impression d’avoir tiré notre dernière cartouche politique légale.
La France est-elle capable aujourd’hui de constituer une majorité ?
Une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale, si l’on en croit les sondages, apporterait un poids accru du Rassemblement national, mais point de majorité. Elle ne changerait en réalité pas grand-chose au paysage politique. Une élection présidentielle anticipée supposerait que le président de la République, prenant acte de l’impasse dans laquelle le pays se trouve, démissionne. Il ne serait pas le premier à le faire : le général de Gaulle l’avait fait en 1969. Georges Pompidou est mort en fonctions en 1974. Mais cette hypothèse d’une démission d’Emmanuel Macron est aussi est hasardeuse que la dissolution : la Constitution prévoit en effet que les nouvelles élections ont lieu "vingt jours au moins et cinquante jours au plus" après la vacance de la présidence. C’est très court. Dans la situation actuelle, les rapports de force sont tellement instables que nul ne peut prévoir qui, en moins de deux mois, serait en état de se présenter, d’exposer un programme et de réunir une majorité de second tour sur des bases claires. En 1969, quelques jours avant le vote, le favori des sondages était Alain Poher ; en 1974, Jacques Chaban-Delmas. Nous avions eu l’impression que la précipitation du processus électoral l’avait transformé en un formidable coup de dés. Qui se souvient de Poher ou de Chaban ?
La parole au peuple
La France est-elle capable aujourd’hui de constituer une majorité ? Toutes les études montrent qu’elle ne le peut qu’avec le secours de nos institutions et l’arithmétique d’un suffrage majoritaire, c’est-à-dire en se faisant violence à elle-même. Telles sont les données de notre enlisement. La solution cohérente avec l’esprit de notre Constitution ne peut être que de rendre la parole au peuple, malgré l’incertitude née des précédentes élections nationales et les risques à venir. Cependant l’élection nationale qui nous sortira de l’ornière doit être soigneusement préparée : elle peut prendre la forme d’une dissolution de l’Assemblée, mais annoncée quelques semaines à l’avance. Elle pourrait aussi prendre la forme d’un référendum dont l’échec déboucherait sur la démission programmée du président de la République. La confusion née des élections de 2023 ne sera conjurée que par de nouvelles élections. Encore faut-il ne pas y aller sans se donner le temps du débat










