Au Burkina Faso, l'heure de la rentrée scolaire a sonné le 1er octobre. Mais de nombreux élèves se retrouvent encore sans solution de scolarité dans un contexte de crise sécuritaire. Le frère Alain Tougma, délégué du supérieur général pour l’Afrique des Frères Missionnaires des Campagnes, a pour objectif de permettre la scolarisation de 235 élèves déplacés internes, originaires de Pama, dans le diocèse de Fada N’Gourma, à l’Est du pays. L’an dernier, grâce au soutien de l'Aide à l'Église en détresse, 222 enfants avaient pu retourner à l’école. "L’année dernière, nous avons également reçu un soutien alimentaire qui a sauvé beaucoup de vies", confie le religieux. Pendant quatre mois, les familles avaient bénéficié de distributions mensuelles de vivres : maïs, riz, sel et huile.
Depuis 2015, le Burkina Faso est en proie à une crise sécuritaire alimentée par les attaques terroristes. Pama et la province de la Kompienga restent aujourd’hui totalement inaccessibles : routes minées, champs abandonnés, villages vidés de leurs habitants. "Nous-mêmes qui opérons dans cette région, avons dû la quitter, mais nous y allons de temps en temps assurer les célébrations eucharistiques et éventuellement des petites aides car il y reste quelques personnes - chrétiennes et non-chrétiennes - qui vivent toujours là-bas mais il n’y a pas de prêtres", explique le frère Alain. "Nous ne pouvons rejoindre Pama ou Kompienga que par voie aérienne ou par convois de l’armée mais dans ce cas avec d’énormes difficultés car la zone est infestée de terroristes". La densité de la forêt qui entoure Pama ajoute à la complexité, permettant facilement aux terroristes de contrôler la zone et de préparer leurs opérations, même si les militaires essaient d’intervenir. "L’armée, ajoute-t-il, a aussi fait un effort pour sécuriser un espace afin que la population restée sur place (notamment Kompienga) puisse cultiver quelques lopins de terre. Cela a été très bénéfique cette année parce que depuis 2022, cela était impossible."
Répondre à la souffrance

Au-delà de l'aide matérielle, la population est aussi en grand besoin de soutien spirituel et psychologique, traumatisée par les nombreuses scènes de terreur vécues. Dans cette optique, pour les aider à avancer, "nous, Frères Missionnaires des Campagnes, souhaitons fonder à 50 km à l’est de Ouagadougou un centre pour répondre à cette souffrance" qui risque de perdurer longtemps, estime le frère Alain.
Quant au noviciat des Frères, il est toujours délocalisé au Togo. "Ce n’est pas pour autant que nous n’avons pas de vocations mais certains n’ont plus le courage de traverser la frontière et d’autres préfèrent rester dans les zones sécurisées", reconnaît le Frère Alain. Malgré tout, six novices prononceront leurs premiers vœux le 3 octobre, et quatre jeunes entreront au postulat le 1er octobre.
Les terroristes utilisent des bombes à infrarouge contrôlées à distance, des drones et autres leurres pour détourner la vigilance des soldats et leur faire gaspiller des munitions. Mais dans l’ensemble, les grands axes sont plus praticables, certaines zones ont pu être libérées par l’armée et les populations ont pu s’y réinstaller, dans des localités de l’ouest, notamment dans le diocèse de Banfora où la situation est meilleure. De même pour la partie septentrionale du pays où il était impossible l’an dernier de rejoindre par voie terrestre Titao depuis Ouahigouya. Les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) prennent le relais des militaires pour maintenir sur ces zones une relative sécurité. Au nord, le diocèse de Kaya reste cependant encore touché. Malgré l'accalmie qui semble régner dans le pays, le frère Alain souligne le caractère instable de la situation. "La force des terroristes réside dans leur imprévisibilité. L'armée fait des efforts, mais le mal reste très profond", relève-t-il.
Dans ce contexte délétère, la jeunesse, plus que jamais, représente les espoirs d'un avenir meilleur. "L'investissement sur elle n’est pas vain", rappelle le frère Alain.









