Campagne de Carême 2026
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Vous connaissez Simone de Beauvoir… mais connaissez-vous Ruth la Moabite ? Et si cette femme du douzième siècle avant Jésus-Christ, fêtée le 2 octobre, se révélait être une figure féministe incontournable ? Personnage central du livre de Ruth, un petit livre de l’Ancien Testament, elle est originaire du pays de Moab et n'appartient donc pas initialement au peuple d’Israël. Ruth est décrite comme une femme à la fidélité infaillible. Mariée à un Israélite ayant émigré au pays de Moab, elle se retrouve prématurément veuve et décide d’accompagner sa belle-mère Noémi qui rentre à Bethléem. Un bel exemple de sororité, soit dit en passant. Quelle détermination, quelle audace, quelle expression d’une volonté propre ! Alors que le bon sens et Noémi elle-même lui enjoignent de rester dans son pays de Moab, Ruth choisit l’inconfort et le déracinement. Décidée à prendre sa vie en main, Ruth l’aventurière décide de faire fi de ce qui se fait ou non et n’en fait qu’à sa tête ! Elle suit sa belle-mère de l’autre côté de la mer Morte, à des jours de marche, pour un changement de vie et un avenir pour le moins incertain.

Une femme à la volonté de fer
À cette époque, une femme veuve, pauvre, sans enfants et étrangère a peu de valeur. Rien cependant qui n’empêche Ruth d’avancer droit devant. On peut ainsi la voir comme une femme libre et féministe avant l’heure en ce sens qu’elle sait ce qu’elle veut et y va tout schuss. Et pourtant, nous sommes au temps des Juges, soit au douzième siècle avant Jésus-Christ environ ! Ruth n’existe pas simplement en tant que "femme de…" mais en tant que femme qui veut et sa volonté de rester auprès de sa belle-mère est implacable, malgré les protestations de celle-ci : "Ruth restait attachée à ses pas. Noémi lui dit : "Tu vois, ta belle-sœur est retournée vers son peuple et vers ses dieux. Retourne, toi aussi, comme ta belle-sœur". Ruth lui répondit : "Ne me force pas à t’abandonner et à m’éloigner de toi, car où tu iras, j’irai ; où tu t’arrêteras, je m’arrêterai ; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu [...]. Voyant qu’elle était résolue à l’accompagner, Noémi cessa de lui parler de cela"" (Rt 1).
Comme le dit la philosophe Jeanne Larghero, le féminisme n’est pas une question de pouvoir, mais une affaire d’engagement. Elle explique que le christianisme a produit des femmes atypiques, souvent en rupture avec les codes sociaux de leur époque, qui peuvent être des modèles pour nous. Bien sûr, l’histoire de Ruth précède l’ère chrétienne mais peu importe : elle est un exemple fort de liberté intérieure et un beau signe pour notre époque. Et c’est justement son héroïsme si singulier qui permettra à Ruth de rencontrer Booz et de leur descendance naîtra le roi David, puis plus tard le Messie lui-même. Comme quoi, le féminisme mène à tout.











