Le plan de paix pour la Palestine présenté par le président américain Donald Trump le 29 septembre semble crédible. Fait rare, il a reçu le soutien de la plupart des pays de la région, y compris Israël. Pour sortir de la spirale de la haine, l’amnistie proposée est la seule voie possible, estime le géopoliticien Jean-Baptiste Noé.
Après avoir annoncé régler la guerre en Ukraine en quelques semaines, avec le succès que l’on sait, le Donald Trump a cette fois-ci annoncé régler le conflit en Palestine. Il devait faire une annonce importante sur le sujet, ce qui a laissé de marbre la plupart des interlocuteurs. Mais le plan, négocié avec Israël et les pays arabes par Massad Boulos, conseiller du président américain pour le Moyen-Orient et lui-même Libanais, fait pour l’instant l’unanimité en sa faveur. Seul le ministre des Finances d’Israël s’y est ouvertement opposé, dénonçant un retour aux accords d’Oslo (1993). Mais lui-même est farouchement opposé à la reconnaissance d’un État de Palestine, ce qui donne moins de poids à ses propos excessifs. Les pays d’Europe ont salué le plan, tout comme la Chine et l’Inde, ainsi que la Russie. Même Benjamin Netanyahou, pourtant opposé à la reconnaissance d’un État de Palestine, s’est dit prêt à appliquer le plan. Un soutien que l’on retrouve jusque dans les pays arabes.
Reconnaissance des terres, partage du pouvoir
Le plan reconnaît un partage des terres et prévoit l’installation d’une administration palestinienne, après un mandat provisoire d’une autorité internationale, qui serait confiée à Tony Blair. Le but est de faire de la bande de Gaza, une "zone déradicalisée, exempte de terrorisme, qui ne représentera plus une menace pour ses voisins" , et "reconstruite dans l’intérêt de sa population". Retrait des forces armées israéliennes, libération des otages, tutelle internationale, démantèlement du Hamas, avec amnistie pour les membres qui se rendent, échanges de prisonniers, démilitarisation, sont quelques-uns des points majeurs de ce plan.
Un plan équilibré, qui semble convenir aux deux parties, puisque tant Israël que l’OLP le soutiennent. Ne reste donc que le Hamas, sur lequel Trump actionne une pression maximale. Devant tous les officiers généraux réunis dans une base militaire en Virginie, Donald Trump a annoncé donner trois à quatre jours au Hamas pour accepter le plan, au risque sinon "d’expier en enfer". Trump a fait de ce dossier un sujet personnel, lui qui ne cesse de lorgner vers le prix Nobel de la paix, comme une récompense qui viendrait laver les attaques subies et le rétablir dans son honneur de président qui n’a pas fait la guerre ; titre de gloire dont il ne cesse de se vanter. Les propos de Trump sont brutaux, souvent excessifs, mais force est de constater que le plan proposé est viable et qu’il a reçu, chose très rare, le soutien de toutes les parties. Ne manque donc que le Hamas, qui n’est pas vraiment en position de négociation. L’armée israélienne continue d’avancer à Gaza, la population continue de souffrir, le monde entier espère dans cet accord de paix, y compris les pays arabes.
La voie de l'amnistie
Extrait du plan de paix, publié par la revue Conflits, le point numéro 6 est à cet égard l’un des plus importants : "Une fois tous les otages revenus, les membres du Hamas qui s’engagent à respecter une coexistence pacifique et qui rendront leurs armes bénéficieront d’une amnistie. Les membres du Hamas qui souhaitent quitter Gaza bénéficieront d’un droit de passage protégé vers les pays de destination."
Promettre l’amnistie aux membres du Hamas, leur permettre de quitter Gaza de façon sécurisée est une manière d’arrêter la spirale de la haine. Certains pourront regretter que ces membres ne soient pas jugés et condamnés pour les crimes commis. Mais après une guerre qui a levé de telles haines de part et d’autre, qui a créé un si grand mur anthropologique entre Palestiniens et Israéliens, l’amnistie est la seule voie possible, non pas pour effacer les crimes et faire comme si rien ne s’était passé, mais pour pouvoir bâtir une nouvelle société. Toutes les guerres civiles, celles qui sont montées au paroxysme de la haine, ne peuvent trouver de solutions que dans l’amnistie, qui accepte l’absolution de quelques-uns, fussent-ils des criminels, pour ne pas s’engager dans un cycle de vengeance qui serait désastreux. En somme, il s’agit de renoncer aux jugements de quelques-uns pour sauver un bien plus précieux : la paix de tous.
Dans le camp du Hamas
Les jours qui viennent diront si le Hamas acceptera le plan. Les négociations butent sur des aspects techniques : les dirigeants du Hamas, terrés à Gaza et au Qatar, ont beaucoup de difficultés à pouvoir discuter entre eux et donc prendre une décision. Si le plan est accepté, il restera ensuite à le mettre en pratique. Le chemin est encore long vers une véritable paix.












