Astrid retrouve avec joie une amie qu’elle n’a pas vue depuis longtemps. Les enfants sont là, les plus grands viennent saluer les adultes puis vient le tour de la plus jeune. Pourtant, celle-ci fait mine d’ignorer sa mère et détourne le regard. "Je ne vais pas insister," explique Astrid à son amie, "plus je lui demande de dire bonjour, plus elle s’entête à ne pas le faire !" Le bonjour, qui semble naturel à un adulte, demande en effet audace et confiance en soi au jeune enfant.
Comment réagir ? Certains parents vont s’agacer, se décaler pour exposer leur enfant qui se cachait derrière eux, ou encore glisser une phrase telle que "Et bien, de quoi as-tu peur ? Ce n’est pas bien compliqué de dire bonjour !" accentuant la timidité de leur enfant. Parfois l’interlocuteur se veut aidant en disant: "Laisse, ça n’est pas grave qu’il ne me salue pas", même si au fond, il regrette un peu d’avoir été boudé.
Montrer le chemin par l’exemple
Claude Berthon, psychologue clinicienne à Courbevoie et membre de l’association MCAdS, association chrétienne pour Mieux Connaître l’Angoisse de Séparation, explique: "Avant 5-6 ans, un enfant qui reste collé à ses parents est un enfant qui se développe bien. Les parents sont une figure d’attachement, il est naturel et sain que l’enfant se sente en sécurité avec eux. Aller vers tous les adultes sans préférence montre un attachement indifférencié, alors qu’une certaine forme de timidité est de bon aloi à cet âge." Pas de panique donc quand un enfant a des difficultés à dire bonjour, quitter ses parents ou aller vers d’autres dans un groupe, à l’école ou au patronage. Cela fait partie de son bon développement.
En revanche, l’apprentissage des règles sociales reste à acquérir. Les parents peuvent montrer le chemin par l’exemple. Un chaleureux ‘Bonjour madame’ en entrant dans la boulangerie témoigne à l’enfant la valeur de respect que porte un simple bonjour. Un lieu neutre peut d’ailleurs aider les enfants plus timides à se lancer, à dire bonjour en redoutant moins le regard de l’adulte.
Les parents sont une figure d’attachement, il est naturel et sain que l’enfant se sente en sécurité avec eux. Aller vers tous les adultes sans préférence montre un attachement indifférencié, alors qu’une certaine forme de timidité est de bon aloi à cet âge.
Dire bonjour peut s’apprendre par étape: dans un premier temps regarder l’adulte, puis lui sourire, puis formuler le fameux bonjour. Les parents peuvent soutenir l’enfant en exprimant clairement ce qu’ils attendent, en amont de la situation. Ainsi Julie, mère de quatre enfants, encourageait sa plus jeune quand celle-ci a commencé la maternelle. "Je savais que ma dernière n’aimait pas dire bonjour, mais je la prévenais qu’il faudrait saluer la directrice qui se trouverait à la porte de l’école. Je l’invitais à sourire et je lui donnais la main pour l’encourager, avant de la féliciter si elle avait réussi à prononcer même un tout petit bonjour que la directrice n’avait probablement pas entendu !"
Rien d’alarmant donc si l’enfant a besoin d’un peu de temps. Il a besoin d’être rassuré sur ses capacités, sur l’amour de ses parents, il a besoin d’entendre que dire bonjour est agréable pour les deux interlocuteurs et que l’adulte est heureux de recevoir son regard et son sourire. Certains enfants sont plus extravertis, d’autres plus introvertis: les deux sont nécessaires pour une vie en société équilibrée.









