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[HOMÉLIE] Être pour les autres le secours de Dieu

Parabole de Lazare et du riche par James Tissot, Brooklyn Museum.

Parabole de Lazare et du riche par James Tissot, Brooklyn Museum.

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Clément Barré - publié le 27/09/25
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Prêtre du diocèse de Bordeaux, le père Clément Barré commente la parabole de Lazare et du riche, dans l’évangile du 26e dimanche du temps ordinaire. Lazare et le riche sont appelés à être l’un pour l’autre le secours de Dieu. La communion avec Dieu passe toujours par la communion entre les hommes.

Tout lecteur de l’Évangile qui entend le nom de Lazare dresse l’oreille, car il reconnaît immédiatement le prénom de l’ami de Jésus, dont la mort et la résurrection sont racontées au chapitre 11 de l’Évangile selon saint Jean. Le choix de ce prénom par Jésus ne semble pas anodin, d’autant que, parmi tous les personnages des paraboles, ce pauvre Lazare est le seul que Jésus prend la peine de nommer. Habituellement, les personnages sont désignés par leur rôle ou leur statut : le riche, le fils, le maître, le roi, l’intendant, etc. Lazare, lui, a l’honneur d’un prénom.

Un pauvre nommé « Lazare »

Dans les Évangiles, les prénoms ne sont jamais anodins. Jésus est nommé ainsi par l’ange, car "c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés" (Mt 1, 21). Simon devient Pierre, car "sur cette pierre, je bâtirai mon Église" (Mt 16, 18). Si Jésus choisit exceptionnellement de nommer ce personnage "El’azar" en hébreu, c’est-à-dire "Dieu a secouru", ce n’est sans doute pas un hasard. Ce choix peut nous éclairer dans la lecture de cette parabole.

Ce qui est reproché au riche dans cette parabole, ce n’est pas tant son train de vie, ses fêtes ou son opulence, mais son aveuglement et son inaction face au pauvre à sa porte. On ne lui reproche pas ce qu’il fait, mais ce qu’il ne fait pas. Il n’a pas été, pour Lazare, celui par qui vient le secours de Dieu. Plus encore, il n’a pas vu que Lazare lui était aussi donné par Dieu comme un secours.

Être le secours de Dieu

La racine du prénom Lazare se retrouve dès le livre de la Genèse, lors de la création de l’homme et de la femme. Au chapitre 2, Dieu dit : "Il n’est pas bon que l’homme soit seul, je vais lui faire une aide qui lui soit assortie" (Gn 2, 18). Le terme traduit par "aide", partage la même racine que le prénom Lazare, un mot utilisé dans l’Ancien Testament pour désigner le secours que Dieu apporte à son peuple. Dès les origines, dans le couple homme-femme, puis dans toute société humaine, les êtres humains sont appelés à être les uns pour les autres le secours de Dieu.

Lazare est un signe de contradiction, une invitation à la conversion, une occasion pour le riche de se détourner de sa fortune excessive pour découvrir la véritable richesse.

Il est facile de comprendre que le riche aurait pu être ce secours pour Lazare. Il aurait pu l’aider à sortir de la misère, le soigner, le secourir dans sa maladie et sa pauvreté. Toute la tradition théologique chrétienne, depuis l’Ancien Testament, comme nous l’entendons chez le prophète Amos, insiste sur ce que la doctrine sociale de l’Église appelle la destination universelle des biens : toutes les richesses de la terre sont destinées au bien de tous. Nul ne peut s’en déclarer l’exclusif propriétaire au détriment des plus pauvres. Celui qui s’approprie ces richesses au-delà de ses besoins, tandis que d’autres manquent de tout, est coupable de voler le bien des pauvres.

Une invitation à la conversion

Plus surprenant, Lazare est lui aussi un secours de Dieu pour le riche. Par sa présence à la porte de ce dernier, il est un rappel constant de son privilège et de sa responsabilité. Lazare est un signe de contradiction, une invitation à la conversion, une occasion pour le riche de se détourner de sa fortune excessive pour découvrir la véritable richesse. Parce que le riche a ignoré ce secours que Lazare lui offrait dans la vie, il lui est également refusé, dans la mort, que Lazare vienne soulager ses souffrances.

Le riche s’inscrit dans la lignée de Caïn, avec son terrible "Suis-je le gardien de mon frère ?" (Gn 4, 9), ou de Ponce Pilate, avec son lâche lavement des mains. Ces figures refusent l’appel de Dieu à être, les uns pour les autres, le secours qu’Il nous donne pour cette vie et pour l’éternité. En refusant de secourir comme d’être secouru, ils creusent un abîme infranchissable qui les isole dans leur suffisance. Ce refus de la communion à laquelle Dieu nous appelle, c’est l’enfer que nous commençons à construire dès ici-bas.

En communion avec les hommes

Car la communion avec Dieu passe toujours par la communion entre les hommes. Notre relation à Dieu ne peut jamais faire l’économie de notre relation aux autres. Le salut que Dieu nous offre n’est pas une relation exclusive avec Lui, qui nous enfermerait dans un face-à-face clos. C’est une inclusion dans un peuple, une histoire, une alliance, où nos frères et sœurs sont pour nous le secours de Dieu et partagent ce salut. Refuser cette responsabilité réciproque, cette communion à laquelle Dieu nous appelle, c’est refuser le Royaume de Dieu.

Lectures du 26e dimanche du temps ordinaire :

Am 6, 1a.4-7 ; 1 Tm 6, 11-16 ; Lc 16, 19-31
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