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Gabrielle, meurtrie par deux fausses couches : “Nos tout-petits sont une fenêtre ouverte sur le Ciel”

Gabrielle Neuville

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Caroline Moulinet - publié le 26/09/25
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Gabrielle a vécu deux fausses couches tardives et rapprochées. Cyril et Joseph, ses deux enfants au Ciel, ont été voulus par Dieu, désirés par leurs parents, ils sont nés trop tôt mais n’en ont pas moins de valeur. Récit lumineux d’une souffrance incommensurable où la beauté de la vie irradie dans ce qu’elle a de plus petit, de plus humble et de plus sacré.

Gabrielle Neuville a 32 ans. Mariée depuis huit ans, elle a trois enfants sur terre, et deux saints au Ciel. Après avoir été professeur des écoles, Gabrielle se lance dans la photographie, une passion devenue un métier qui lui permet de mettre en lumière la beauté de la vie, posant un regard chrétien sur les personnes qu’elle photographie. "J’aime mon travail, c’est une contemplation de l’autre. Cela demande beaucoup d'énergie d’apprendre à accueillir l’autre, le regarder avec douceur et tendresse, et chercher Jésus dans son regard", explique la jeune femme.  

Ce regard d’amour, Gabrielle a eu le privilège de le poser sur ses deux enfants nés trop tôt. La jeune femme partage avec émotion: "Pour moi, une fausse couche, c’était surtout beaucoup de sang. Je n’avais pas imaginé pouvoir voir mes enfants, si minuscules, tenant dans ma main. Minuscules mais merveilleux. Beaux. Parfaitement formés, ils n’avaient plus qu’à grandir. Je me rends compte maintenant de la chance que j’ai eue de les voir, de contempler leurs visages, de compter leurs doigts de pieds et de les embrasser. Cela m’a permis de donner chair à leur existence, d’être convaincue qu’ils ont bien existé, qu’ils ont une place dans notre famille et dans la société."

Gabrielle et son mari ont eu l’immense douleur de voir leurs deux derniers garçons naître à 120 jours d’aménorrhée – trois mois et demi de grossesse. Deux fausses couches tardives, survenues au même terme, à cinq mois d’intervalle. En effet, le couple, malgré la douleur de la première fausse couche, avait choisi de rester ouvert à la vie, laissant le Seigneur seul maître de leur famille, de leur douleur, de leur chemin. 

Le corps du bébé est égaré

Par deux fois, Gabrielle a connu ce terrible réveil en pleine nuit, par des contractions violentes, reconnaissant sa respiration, celle d’une maman s’apprêtant à mettre au monde son enfant. Par deux fois, Gabrielle a vu son tout petit, l’a tenu dans ses mains, l’a lavé à l’eau claire pour qu’il soit beau pour son entrée au Ciel. Cependant, chaque naissance est unique. Pour Cyril, sa première grossesse arrêtée, Gabrielle a fait une grave hémorragie. Les pompiers ayant été appelés très vite, elle est transférée à l’hôpital alors que les époux viennent de déposer le corps de leur enfant dans une petite boîte. Mais Gabrielle arrive en état de choc hémorragique et les médecins savent qu’ils n’ont pas plus de trois minutes pour courir au bloc et la sauver. Dans ce tumulte, Gabrielle se souvient de sa lutte pour vivre alors qu’elle perd connaissance, et le corps de leur bébé est égaré, probablement jeté à la poubelle. Une erreur qui transperce le cœur du couple quand ils découvrent l’alternative qui aurait dû s’offrir à eux. 

Quand Joseph naît lui aussi d’une grossesse arrêtée, son corps est pris en charge par les soignants. Passés quelques jours, Gabrielle et son mari sont contactés par l’hôpital qui leur apprend qu’ils peuvent exprimer le souhait que leur bébé soit déclaré à l’état civil et enterré. "Mon mari a accusé le coup, il a tout de suite réalisé que Cyril aussi aurait dû nous être rendu", confie Gabrielle. "Quant à moi, j’étais partagée: j’avais tant envie d’un enterrement pour notre enfant, mais cela ne se fait pas, pas si petit ! Etions-nous légitimes ? Le seuil de viabilité n’était pas atteint, ce n’était pas comme ceux qui perdent un enfant à 8 mois et demi. Et qui contacter ? Quel cercueil ? Quelle concession ? Autant de questions pratiques à organiser pour offrir à notre fils une belle entrée au Ciel."

Des funérailles au parfum de baptême

Finalement, Gabrielle et son mari décident d’organiser dans l’intimité l’enterrement de Joseph, grâce au soutien précieux du prêtre de la paroisse des parents de Gabrielle. Spécialisé en théologie du corps et ancien médecin, il leur confirme qu’ils peuvent faire ce choix s’ils en ressentent le désir. Il leur confirme aussi que le baptême d’intention a une pleine valeur. Gabrielle explique: "Avoir une personne extérieure qui prononce les mots nous autorisant à vivre cette grossesse et ce deuil jusqu’au bout a été une grande grâce. Tous les couples traversant cette épreuve n’ont pas cette chance." Ces funérailles avaient un parfum de baptême, elles étaient la reconnaissance de l’entrée au Ciel de leur fils et une jolie réparation pour son grand frère Cyril. 

Gabrielle poursuit : "C’est aussi pourquoi nous voulons témoigner, parce que les gens ne savent pas, n’en parlent pas, n’osent pas. A l’enterrement de Joseph, un couple de 70 ans venu nous consoler s’est senti libéré de pouvoir parler de leur petite fille née sans vie, à six mois de grossesse, 42 ans auparavant, sans avoir pu être enterrée à cause de la législation en vigueur à l’époque. Ces parents n’avaient jamais pu vivre leur deuil. Assister à l’enterrement de Joseph leur a offert une réelle source de consolation, ils me l’ont confié, les larmes aux yeux."

Je vis la communion des saints différemment.

La jeune femme en est convaincue, les enfants nés trop tôt ne sont pas de petits anges discrets dont il faut taire l’existence. Ils ont été voulus par Dieu, aimés de toute éternité, ils ont leur place dans la famille, ils sont de puissants intercesseurs au Ciel, ils sont de vrais saints qui ressusciteront au dernier jour avec leur corps glorieux. "Je vis la communion des saints différemment", confie Gabrielle. "Il est doux d’avoir une personne tant aimée, déjà auprès de Dieu pour nous accueillir. Après tout, on ne peut pas savoir où sont les défunts de nos familles. Mais nos tout-petits sont une fenêtre ouverte sur le Ciel, ils sont l’innocence même, ils ne connaissent pas le Purgatoire." D’ailleurs la jeune maman est, depuis ces terribles croix, fidèle au chapelet quotidien. C’est une prière qui lui était peu familière, mais qui l’a portée pendant ces arrêts de grossesse. Elle comptait les Je Vous salue Marie sur ses doigts, comme une bouée de sauvetage dans l’épreuve, et depuis la naissance de Cyril, elle continue à prier le chapelet, unie spirituellement à ses enfants du Ciel, en les invoquant tous les deux "petit saint Cyril, petit Saint Joseph" à chaque fin de chapelet.

Une épreuve de couple

La semaine sainte qui a suivi la naissance de Joseph a rapproché les époux, et a guéri les pourquoi laissés par la naissance de Cyril. « Mon mari a été très attentionné et infiniment patient. J’étais très faible, entre la perte abondante de sang, les contractions, la fatigue, la chute d’hormones, les effets secondaires des médicaments bloquant la montée de lait, l’incapacité de me lever seule sans être soutenue. Cela m’a donné une belle leçon d’humilité. Je n’étais pas la femme fatale et glamour qu’on peut parfois rêver d’être pour son mari ! Il était mon aide soignant », poursuit la jeune femme. « Et maintenant, je suis encore plus amoureuse de lui, et j’ai envie, plus que jamais, d’entretenir et d’étendre le feu de l’amour profond que nous nous sommes promis d’alimenter chaque jour. Un message pour les couples traversant cette infinie douleur ? Gabrielle rappelle que les pères aussi sont meurtris, même s’ils se sentent parfois moins légitimes de pleurer, ou qu’ils se sentent investis de la mission ultime de ne pas flancher, pour leur femme, pour leur famille.

L'innocence et la simplicité de leurs enfants sur terre a été un baume au cœur, la source de discussions profondes sur Dieu, la foi et l’éternité. Quant à Cyril et Joseph, ils sont un cadeau pour le couple. "Après huit ans de mariage, ces croix ont donné un grand coup de pied dans le ronron quotidien qui menaçait de s’installer. Le Bon Dieu est devenu présent, de façon sensible. Il était au milieu de nous. Un vrai syndrome du Mont Thabor ! Bien sûr, nous n’avons pas planté nos tentes comme l’a suggéré Saint Pierre, il faudra redescendre et vivre notre vie sur terre, mais ces bébés ont rapproché le Ciel de notre foyer", confie la jeune femme. "On dit que le Bon Dieu ne permet pas que nous portions des croix plus lourdes que celles que l’on peut porter. Cette période de notre vie nous rappelle aussi que ce n’est pas à nous de décider des épreuves que l’on veut bien vivre. Nous devons les accueillir et les traverser avec humilité et confiance, avec Jésus, en lui demandant le courage de la foi et la force de l’Esprit Saint. Nous voulons nous rappeler toujours qu’en toute chose, et particulièrement dans l’épreuve, la vie est un trésor à chérir et à honorer."

Le deuil périnatal, tel que défini par l’OMS, correspond à la perte d’un bébé entre 22 semaines d’aménorrhée et le septième jour après la naissance. En France, depuis 2008, les parents peuvent faire reconnaître un enfant né sans vie dès 14 semaines d’aménorrhée. À partir de ce seuil, un certificat médical d’accouchement peut être établi, qu’il s’agisse d’une naissance spontanée ou d’un accouchement provoqué pour raison médicale (IMG incluse). Ce document ouvre la possibilité pour les parents d’accomplir certaines démarches administratives, notamment la déclaration de l’enfant à l’état civil. Par ailleurs, la famille dispose d’un délai de dix jours pour décider si elle souhaite organiser les obsèques de l’enfant.
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