Les fidèles qui assistent à la messe en forme extraordinaire (plus précisément, selon le missel de 1962) affichent une croyance nettement plus forte en la Présence réelle que ceux qui ne participent qu’à la forme ordinaire : c'est ce qu'affirme la professeur Natalie A. Lindemann dans une étude publiée le 24 septembre 2025, dans la Catholic Social Science Review. Cette revue académique américaine fondée en 1996 est publiée par la Society of Catholic Social Scientists. Elle propose chaque année des articles, débats et analyses sur des sujets de sciences sociales à la lumière de la doctrine sociale de l’Église catholique. Ses textes, soumis à l’évaluation par les pairs, sont rédigés principalement par des universitaires et chercheurs spécialisés.
Natalie A. Lindemann, professeur de psychologie à la William Paterson University, est spécialisée dans la psychologie de la religion, la liturgie et les pratiques ecclésiales contemporaines. Pour mener son étude, elle a interrogé 860 adultes catholiques anglophones aux États-Unis et les a interrogés sur leur foi dans la Présence réelle du Christ dans l'hostie consacrée. Les réponses sont surprenantes : seul un tiers des catholiques américains interrogés (31%) déclare croire fermement en la Présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. Près d’un quart (23,6%) pense que l’Eucharistie n’est qu’un symbole, et 19 % déclarent "ne pas savoir". En 2019, une étude menée par le Pew Research Center avait déjà posé ce constat que près de 7 catholiques américains sur 10 (69%) estiment que le pain et le vin utilisés lors de la communion "sont des symboles du corps et du sang du Christ".
L'étude en question va plus loin : elle conclut que la croyance en la Présence réelle varie selon la liturgie expérimentée par les fidèles. Ainsi, les fidèles qui se rendent à la messe dite "en latin", plus précisément la messe en rite tridentin ou en forme extraordinaire, affichent une croyance nettement plus élevée en la Présence réelle que ceux qui se rendent à la forme ordinaire. Pour déterminer cela, la professeur a fait appel à un système de "score" qui fait référence à une note moyenne attribuée à la croyance des répondants dans la Présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. Ce score est obtenu à partir d’une question posée aux participants sur une échelle de 1 à 5, où 1 correspond à "La Présence réelle est "définitivement fausse" (c’est simplement un symbole), et 5, "la Présence réelle est "définitivement vraie" (croyance totale). En moyenne, le score de croyance atteint 3,10 sur une échelle de 1 à 5.
Mystère de la transsubstantiation
Cette variation s’accentue selon les pratiques : ceux qui assistent régulièrement à la messe en latin (forme extraordinaire) affichent un score moyen de 3,63, tandis que les catholiques ne fréquentant jamais cette liturgie obtiennent un score de 3,04. De même, la réception de la communion sur la langue est associée à un score de croyance supérieur (3,27 contre 2,79 pour les autres). Les catholiques favorables à la réception exclusivement sur la langue atteignent même un score de 4,32, alors que ceux préférant la main n’atteignent que 2,62. Ainsi, l’étude montre que les pratiques liturgiques traditionnelles s’accompagnent d’une foi eucharistique plus vive et affirmée, notamment par les gestes et symboles assimilés à la Présence réelle : génuflexion très présente devant le tabernacle et le Saint-Sacrement, agenouillement plus long... Ces marqueurs tangibles du sacré témoignent selon l'étude d'un attachement profond au sacrement de l'Eucharistie.
L’Eucharistie est la célébration du sacrifice du corps et du sang de Jésus Christ présent sous les espèces du pain et du vin. L’Église appelle ce grand miracle la transsubstantiation : le Christ ne s’ajoute pas à une réalité existante, il en prend la place, même si les apparences des espèces demeurent. "La présence du Christ sous les espèces consacrées de pain et de vin est appelée 'réelle', non à titre exclusif, comme si les autres présences n’étaient pas réelles, mais par excellence, parce qu’elle est substantielle : par elle le Christ, Dieu et homme, se rend tout entier présent", dit le Catéchisme de l'Église catholique (CEC 1374), qui ajoute en citant le concile de Trente que "Dans le très saint Sacrement de l’Eucharistie sont 'contenus, offerts et reçus réellement, substantiellement et continuellement le Corps, le Sang, l’âme et la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, et par conséquent le Christ tout entier' (Conc. Trente : DS 1651)".












