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Palestine : deux États, des espoirs et des impasses

5 min de lecture

En reconnaissant officiellement l’État de Palestine le 22 septembre, le président français Emmanuel Macron tente d’ouvrir un chapitre nouveau en Terre sainte, mais comment bâtir la paix quand les protagonistes n’en veulent pas ? Avant la France, le Saint-Siège a reconnu l’existence de l’État palestinien, en 2015, avec la volonté d’aider au dialogue et de faire tomber les haines.

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Le conflit en Palestine est l’un des plus passionnels qui soient. Les avis sont tranchés, définitifs, et les récupérations politiques nombreuses. D’autres conflits sont beaucoup plus meurtriers, au Soudan, au Congo ; d’autres ont des implications mondiales beaucoup plus fortes, comme les attaques des Houthis en mer Rouge. Mais le conflit en Palestine, qui, sous une forme ou une autre dure depuis les années 1920, a accumulé une charge émotionnelle et passionnelle qui rend toute analyse et toute résolution compliquées. 

Une reconnaissance mondiale

Avec la reconnaissance officielle de l’État de Palestine par la France, suivie par le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada et d’autres pays, les pays qui, au sein de l’ONU, reconnaissent cet État sont ultra majoritaires. Ne manque que le Japon, la Corée du Sud, le Panama, quelques îles dans l’océan Pacifique et, surtout, les États-Unis. Ce qui pose un sérieux problème à l’ONU. Si la démocratie et l’égalité des votes étaient respectées, la Palestine devrait être officiellement reconnue comme État. 

Mais, de la reconnaissance à l’existence réelle, il y a un monde qu’il est difficile de franchir. Dans son discours, Emmanuel Macron n’a pas fait que reconnaître l’État de Palestine, il a aussi proposé un plan de paix et un programme de résolution du conflit. On pourra le trouver irénique, irréel ou trop restreint, notons quand même que la diplomatie française ne se contente pas de mots (dire que l’État de Palestine existe) ; elle propose aussi un plan pour sortir de cette guerre. Il y a donc un projet et une vision. Passer à la réalisation et à l’application de cette vision est une autre difficulté. Certains reprochent à cette initiative une sorte de prime au Hamas qui aurait finalement gagné, en obtenant cette reconnaissance sans libérer ses otages. D'autres y voient une manière de relégitimer l'OLP et de remettre cette organisation dans la course, notamment pour réduire l'influence du Hamas. Tout dépendra de la suite : le Hamas est très affaibli et a perdu nombre de ses soutiens régionaux ; l'OLP est toujours aussi corrompue et on voit mal comment elle pourrait diriger les territoires. Aujourd'hui, aucune ressource interne ne permet d’instituer et d’administrer un appareil étatique. Les chrétiens ont souvent joué ce rôle mais il n'en reste plus beaucoup. 

La voie médiane

Pour le Hamas, la situation est claire : les membres de l’organisation islamiste veulent un État à eux et une disparition de l’État d’Israël. Pour Benjamin Netanyahou et son gouvernement, il est hors de question d’obtenir un État palestinien. Entre ces deux positions maximalistes, la voie médiane est difficile. C’est celle suivie notamment par le Saint-Siège, qui reconnaît l’État de Palestine depuis 2015. Le Vatican a toujours défendu la solution à deux États, qui est celle soutenue par l’ONU lors du plan de partage de 1947. Solution que refusent les extrémistes palestiniens et israéliens, qui nient à l’autre la possibilité d’avoir un État. L’objectif du Vatican a toujours été celui du dialogue et de la confraternité des deux peuples sur une même terre, partagée entre deux États. Une solution qui semble aujourd'hui de plus en plus difficile tant les haines sont exacerbées.

Abattre les haines

Depuis l’attaque du 7 octobre 2023, les haines se sont exacerbées entre les communautés. En 2008, Ehoud Olmert, alors Premier ministre d’Israël, avait proposé un plan de partage et une solution de paix, rejetée par l’OLP. Quinze ans plus tard, toute conciliation et toute entente semblent impossibles. La colonisation de la Cisjordanie, où près de 500.000 colons sont installés, rend impossible une souveraineté territoriale. L’ombre portée du Hamas, même si l’organisation est décapitée et décimée, continue de peser sur la bande de Gaza. Tout le travail du Saint-Siège est de contribuer à abattre les murs de haine qui se sont progressivement édifiés entre les deux communautés, des murs de haine qui sont devenus des murs anthropologiques, renforcés par l’attaque d’octobre 2023, qui rendent toute communication impossible. 

La reconnaissance de l’État de Palestine par la France et de nombreux pays d’Europe ne résoudra pas le conflit. La corruption de l’OLP, le manque de personnel pouvant servir l’élite du pays, les oppositions internes aux Palestiniens, le refus des autres pays arabes rendent toute entente impossible. Mais le but du Saint-Siège est de rappeler les principes, de viser la paix et la concorde et de ne pas désespérer face aux atrocités commises dans une guerre sans fin.