Et si votre lecture allait plus loin ?
Avec l’abonnement Aleteia, recevez notre magazine trimestriel, accédez à des contenus qui prennent le temps d’approfondir, et soutenez une information qui fait grandir.
Dans Paris, les arbres se parent de leur manteau orangé avant de se retrouver bientôt nus. Le ciel bleu de cette première belle journée d'automne tranche avec les murs décrépits et austères de l'ancien couvent de la Visitation. C'est ici, en plein cœur de la capitale, que débute une nouvelle aventure : transformer ces bâtiments de plus de 9.000 m2 en un lieu de solidarité, destiné à accueillir les plus vulnérables, appelé la Maison de la Visitation-Vaugirard. Ce lundi 22 septembre, Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, a béni la première pierre de ce chantier inédit. "C'est une maison construite par la solidarité et pour la solidarité", s'est félicité l'archevêque. "Nous ne visons pas une simple coexistence, mais une véritable symbiose dans un monde où trop souvent, nous vivons les uns à côté des autres. Face à ce constat, l'Église puise sa réponse dans le message de l'Évangile, qui est celui de l'authentique fraternité".
Au sein de ces grands bâtiments, trois associations spécialisées dans la colocation solidaire pourront développer leurs projets de vie : l'association Simon de Cyrène proposera des appartements partagés à des adultes handicapés et des colocataires valides, l'Association pour l’Amitié (APA) réunira d’anciens sans-abri et de jeunes actifs, et la Maison de Marthe et Marie offrira un hébergement sécurisé à des femmes enceintes en situation de précarité en colocation avec des jeunes femmes bénévoles. La fin des travaux est prévue pour 2027.
Un pôle solidaire unique dans Paris
Fondé en 1619 par saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal, l'ordre des Visitandines est un ordre contemplatif cloîtré. À Paris, elles s’établissent d’abord rue Saint-Antoine, aujourd’hui avenue Denfert-Rochereau puis au 110, rue de Vaugirard, acheté en 1819. Mais faute de nouvelles vocations et voyant leur nombre décliner, les religieuses décident de le quitter en 2012 et se rapatrient avenue Denfert-Rochereau. Le diocèse de Paris hérite alors du couvent et décide de lancer, dès un grand chantier de rénovation pour en faire ce pôle de solidarité unique en son genre. "Nous resterons fidèles à l'intuition évangélique qui a fondé la communauté des Visitandines", a déclaré Mgr Ulrich qui a tenu à insister sur la continuité entre les deux missions. "Leur nom a été choisi pour manifester que le Seigneur s'approche de nous et nous rend capables d'un amour des autres qui doit se manifester dans des gestes concrets. C'est ce que nous voulons poursuivre ici", déclare-t-il encore auprès d'Aleteia.

Malgré la nature profondément cohérente d'un tel projet, ce dernier a dû surmonter plusieurs obstacles. Si le permis de construire a été délivré dès 2019 par la Ville de Paris, le diocèse de Paris s'est vu entravé par plusieurs riverains de ce quartier huppé ainsi que des associations de défense du patrimoine qui multiplient les recours, dénonçant la démolition programmée de plusieurs annexes historiques du monastère ou estimant que la protection actuelle est insuffisante pour garantir la préservation du patrimoine. Certaines associations sont mêmes allées jusqu'à demander l'expropriation du diocèse pour cause d’utilité publique. Ce n'est donc qu'en 2024 qu'a véritablement démarré ce chantier évalué à 50 millions d'euros, financé par une combinaison de fonds privés et diocésains. Le diocèse a pu compter sur le soutien de mécènes comme la Fondation Notre Dame, qui a apporté une aide d'un montant de 6 millions d'euros.
Un "projet de société"
Le chantier est piloté par le diocèse de Paris, maître d’ouvrage, en partenariat avec l’agence Duthilleul pour la maîtrise d’œuvre. La réalisation est confiée à Eiffage Immobilier Île-de-France, en lien avec le bailleur social 3F Résidences. Au programme : la rénovation de l’hôtel particulier, de la chapelle et du pensionnat, permettant la restitution de l’état du monastère tel qu’il était en 1867. En parallèle, plusieurs annexes du XIXe siècle jugées secondaires seront démolies, comme la vacherie ou la blanchisserie. À leur place seront érigés de nouveaux immeubles accueillant logements sociaux, espaces solidaires et colocations. Les façades seront restaurées dans l’esprit d’origine et les toitures modernisées avec du zinc et des surfaces végétalisées. La Maison de la Visitation mettra à disposition un foyer d'étudiants comprenant 15 chambres, ainsi que des commerces de proximité en rez-de-chaussée.

Le projet ouvre également le jardin au public grâce à un passage piéton traversant, accompagné de replantations, d’aires de jeux et de jardins partagés. Cet espace de 4.000 m2 est l'un des éléments phares de ce nouveau pôle de solidarité : une fois décloisonné, il doit ainsi devenir un espace de rencontres en étant ouvert au public en journée. Car c'est bien là l'objectif, rappelle Jean Chausse, économe du diocèse de Paris : "Ce lieu a pour vocation d'aller à la rencontre de la différence. C'est la raison même pour laquelle nous mettons en place ce grand projet à Paris, et non en périphérie : on n'exile pas les plus fragiles, on les met au cœur de la cité. Le jardin sera l'espace privilégié de cette logique d'ouverture à autrui, dans un objectif d'union et de communion".
Toujours dans cette même logique, des activités seront proposées pour favoriser les interactions et échanges entre le quartier de Vaugirard et cette nouvelle Maison. "Les trois associations auront leur autonomie de fonctionnement, explique à Aleteia Véronique Lévêque, directrice de la maison de la Visitation-Vaugirard, mais l'idée est de favoriser une coordination entre elles, tout en la faisant rayonner sur le territoire proche de ce quartier privilégié. C'est un projet fondamentalement missionnaire."

Ce nouveau havre, lieu de foi en l'homme où le plus fragile est premier de cordée, est plus que jamais porteur d'espérance dans une société marquée par l'individualisme et le rejet de toute vulnérabilité. "Dans le diocèse de Paris, beaucoup d'initiatives donnent figure à cette solidarité, comme Hiver solidaire, la maison Bakhita, et bien d'autres encore", note-t-il auprès d'Aleteia. Un projet résumé par Marc Antoine Jean, directeur Eiffage immobilier Île de France : "Plus que des murs, nous construisons un projet de société".









