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Et si les forces morales étaient la vraie clef d’une vie réussie ?

5 min de lecture
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Crédit : Shutterstock

image d'illustration.

Sans force morale, difficile de réussir sa vie, et sans bien commun, pas de société. En expert et en témoin, le général Pierre Gillet, ancien commandant du Corps de réaction rapide, auteur de "Les Forces morales" (Cerf), parle de ces vertus qui, avec l’amour et la liberté, sont les clefs de la réussite.

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Qui oserait dire que le monde est en paix ? D’ailleurs, qui oserait dire sérieusement qu’il le fut un jour ? Deux questions qui expliquent pourquoi aujourd’hui les forces morales sont au cœur de nombreux discours politiques, militaires, voire religieux. Quiconque veut demander un effort à la Nation, parler de résilience, promouvoir l’aguerrissement pour se préparer à une guerre probable ou hypothétique ne fera pas l’économie de celles-ci. Bien que Napoléon, et derrière lui de grands chefs militaires, en ait fait le constitutif essentiel de la victoire, elles restent souvent réduites à une apologie du courage ou à une notion abstraite de l’action. Ce que nous entendons par forces morales mérite d’être précisé.

Vertueux par la répétition d’actes bons

Un colloque réuni en 2023 à l’École militaire définit les forces morales comme "l’énergie qui met en mouvement les individus, le ciment qui soude le collectif". Mais de quelle énergie et de quel ciment s’agit-il ? Appelons un chat un chat, remplaçons le mot énergie par celui de vertu et celui de ciment par bien commun et voyons ce que cela donne.

La vertu, disposition habituelle et constante à faire le bien et fuir le mal, s’acquiert par la répétition d’actes bons. L’être profond se façonne dans la durée. La vie est faite d’événements voulus et contingents qui sont autant d’occasion de progresser intérieurement ou malheureusement de se débiner. Loin de décrier les nombreuses techniques que la psychologie moderne met à notre disposition (sous le vocable "soft skills"), elles restent à la superficie de l’être. Je ne connais aucun soldat qui, pris sous le feu, a commencé par effectuer un exercice de respiration profonde avant de réagir. Nous voyons surtout sa façon de maîtriser ou non ses émotions : la peur et le courage. Il ne bluffe pas, il montre ce qu’il est. Les rigueurs d’un entraînement permettent d’acquérir des compétences, mais la résistance à la fatigue, les privations, l’effort "densifient l’être". Le courage et la tempérance (vertu de l’autodiscipline) s’entretiennent à la façon d’un compte épargne qui se remplit et qui peut aussi se vider par une vie émolliente.

Au service du bien commun

Jean XXIII définissait le bien commun comme "l’ensemble des conditions de vie en société qui permettent à l’homme d’atteindre sa perfection propre de façon plus complète et plus aisée". Il ne récuse pas l’efficacité, mais il pose comme condition que la finalité de la vie humaine ne sera jamais ultimement matérialiste et nihiliste. Nous avons été créés par amour et pour l’Amour (de Dieu), telle est notre vocation primordiale ! De ce fait chacun de nous a une responsabilité spécifique : celle de mettre ses talents au service des autres, au service d’une cause qui en vaut la peine. Deux vertus cardinales y concourent. La prudence prise comme une sagesse pratique qui s’adapte aux circonstances et aux aléas pour aller au but (question à la fois de discernement et de méthode). La justice devient la qualité éminente du leader, en rendant à chacun ce qui lui est dû, elle renforce la cohésion du groupe. La prudence et la justice sont des vertus objectives qui ne dépendent pas de notre ressenti ou de nos opinions mais de la réalité des choses.

À notre portée

Les forces morales, énergie et ciment, sont donc le déploiement des vertus cardinales : prudence, justice, force (courage) et tempérance. Leur domaine d’action est très large, autant personnel que collectif. Impossible de se mentir ; elles sont ou ne sont pas. Elles se reflètent dans tous nos actes. Quels que soient notre métier et notre situation, elles sont à notre portée, à l’image de Guillaumet, pilote de l’Aéropostale, écrasé en plein hiver dans la Cordillères des Andes et faisant inlassablement un pas de plus pour s’extraire de la neige profonde malgré l’envie de se laisser mourir. 

Nous voulons tous réussir notre vie, nos actions, construire des relations durables, en un mot vivre en paix. Nous savons tous que la vie est tissée de deux fils : la joie et la souffrance. À l’instar de saint Paul, nous avons déjà expérimenté que "nous ne faisons pas tout le bien que nous voudrions et que nous faisons tout le mal que nous ne voudrions pas" (cf. Rm 7, 19). Enfin, nous prenons constamment des décisions, plus ou moins importantes, qui ont plus ou moins de répercussions sur nos proches. 

La dose d’amour

Ayons bien présent à l’esprit une réalité anthropologique incontournable : malgré les vertus acquises par la persévérance dans les bonnes habitudes, nous restons instables. L’orgueil et l’égoïsme, nos vieilles blessures originelles, ne ratent pas une occasion de se manifester. Alors s’il fallait ne dire qu’un mot sur les forces morales, nous retiendrons qu’elles constituent la clef de la réussite de notre vie à condition de ne jamais perdre de vue ce conseil d’Édith Stein : "Rien d’humain n’est éternel, sauf la dose d’amour que nous posons dans nos actes."

Pratique

Les Forces morales - les clefs de la réussite, Général Pierre Gillet,  Cerf, 2025, 64 pages, 19,90 euros.