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“En 40 ans de persécutions, l’Église en Roumanie aurait dû disparaître”

7 min de lecture
BUCAREST-ROUMANIE-shutterstock

Crédit : Shutterstock I Real_andrey

Bucarest (Roumanie).

Mgr Claudiu Pop,de l’Éparchie de Cluj-Gherla, et Mgr Mihai Frățilă, évêque de Bucarest, dressent pour Aleteia le bilan de l'Église gréco-catholique de Roumanie marquée par l’héritage du bienheureux Iuliu Hossu, meurtrie par le communisme et engagée aujourd’hui sur le chemin du renouveau.

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La cathédrale Notre-Dame de Paris a accueilli dimanche 21 septembre la Divine Liturgie en l’honneur du bienheureux Iuliu Hossu (1885-1970), premier cardinal roumain et figure emblématique de la résistance spirituelle au communisme, béatifié par le pape François en 2019. En Roumanie, l’année 2025 lui est dédiée, signe de l’importance durable de son héritage mais aussi un grand pas pour l’Église gréco-catholique de Roumanie. Dans ce pays où les catholiques représentent environ 7,3% de la population, répartis entre l’Église latine et l’Église gréco-catholique, cette dernière poursuit depuis plusieurs décennies une reconstruction patiente après plus de quarante ans de bannissement sous le régime communiste. Mgr Claudiu Pop, de l’Éparchie de Cluj-Gherla, et Mgr Mihai Frățilă, évêque de Bucarest, témoignent pour Aleteia du passé, du présent et de l’avenir de leur Église.

Aleteia : Pourriez-vous expliquer la particularité de l'Église catholique en Roumanie avec ses deux branches : latine et gréco-catholique ?
Mgr Mihai Frățilă : L’Église gréco-catholique est issue de la communauté orthodoxe roumaine de Transylvanie qui, en 1.700, a décidé de refaire l'union avec l'Église de Rome et a reconnu le Saint-Père comme successeur de Pierre. Nous sommes donc une Église de tradition orientale mais qui reconnaît le Pape et qui est en pleine communion avec Rome.

L’Église gréco-catholique a joué son rôle en Roumanie car elle était restée depuis toujours fidèle à la langue et aux traditions.

Quel rôle a joué l'Église gréco-catholique dans la fondation de l'État roumain moderne ?
Mgr Mihai Frățilă : À la fin de la Première Guerre mondiale, lorsque la monarchie hongroise est tombée, tous les pays qui en sont sortis ont créé un avenir national en fonction de leur langue, de leur culture, de leur sensibilité. C’est là que l’Église gréco-catholique a joué son rôle en Roumanie car elle était restée depuis toujours fidèle à la langue et aux traditions.
Mgr Claudiu Pop : L’Église voulait aussi que les gens puissent se former. L’idée n’était pas seulement de donner une formation spirituelle, mais une formation humaine complète. Indirectement, cela a contribué à la formation de la Grande Roumanie parce qu’un grand courant culturel, appelé l’école de Transylvanie, a été créé. Et presque tous les hommes politiques y ont été formés. La grande idée de l'Église gréco-catholique était de faire attention à tout. Indirectement, c'était de la politique, si on regarde le sens de ce mot qui veut dire attention à la cité, à la ville.

Mgr Claudiu Pop et Mgr Mihai Frățilă
Mgr Claudiu Pop et Mgr Mihai Frățilă, évêques de l'Eglise gréco-catholique de Roumanie.

Mais par la suite, en 1948, l'Église gréco-catholique a beaucoup souffert...
Mgr Claudiu Pop :
C'était la période où le régime communiste est arrivé en Roumanie, et il n’aimait pas les groupes ou les Églises qu’il ne pouvait pas contrôler. Pour les communistes, l’Église gréco-catholique était fidèle à Rome et donc ils ne pouvaient pas la manipuler. Une condition a été posée à l’Église gréco-catholique : soit vous retournez à l'Église orthodoxe et on vous laisse vivre, soit vous perdez tout. Pour nous, c’était l’un des messages de Fatima qui s’accomplissait : "Si la Russie ne se convertit pas, elle va répandre ses erreurs dans le monde." Nous avons ressenti pleinement ces erreurs en Roumanie. Les évêques et les prêtres n’ont pas renoncé à leur foi. Ils sont tous morts en prison. On ne peut pas renoncer à la foi, parce qu'elle est unie à notre vie. C'était une période dure, douloureuse, mais en même temps une période de grandeur spirituelle. On disait à l’évêque Iuliu Hossu : "Pourquoi résistes-tu ? Tu sais qu’il n’y a pas de perspective pour toi ni pour ton Église." Et il répondait : "Ma perspective, c'est Dieu. Je suis sûr que notre Église va renaître."

Nous étions un million et demi avant ; nous sommes 200.000 aujourd’hui.

Justement, comment se porte votre Église aujourd’hui ?
Mgr Mihai Frățilă : Les gens disent que normalement, en 40 ans de persécutions, nous aurions dû disparaître. Nous étions un million et demi avant ; nous sommes 200.000 aujourd’hui, répartis sur six diocèses : Făgăraș et Alba Iulia (archéparchie majeure), Cluj-Gherla, Lugoj, Maramureș (Baia Mare), Oradea Mare, Bucarest (Saint-Basile-le-Grand). Nous avons pu récupérer une petite partie du patrimoine que nous avions. Mais la plupart des bâtiments, des églises, sont restés aux orthodoxes. Mais je suis convaincu que la présence chrétienne ne se fait pas avec des trompettes, mais par la force du témoignage et de personnes dévouées qui acceptent chaque jour d’accomplir le devoir de la charité fraternelle qui se trouve au cœur de l'Évangile.

Mgr Claudiu Pop et Mgr Mihai Frățilă
Eglise gréco-catholique de Mesteacan, Roumanie.

Mgr Claudiu Pop : Les martyrs nous ont montré avec leur vie que la seule chose qui compte et qui reste, c'est ce qui nous lie au Seigneur. On doit se tourner sans cesse vers Lui. C'est là notre espoir. Et on voit ses merveilles dans ce monde, comme la messe à Notre-Dame que nous avons célébrée le 21 septembre. Mgr Iuliu Hossu est décédé il y a 55 ans. Il était connu de presque personne. C'était l'Église clandestine à cette époque là. Son nom n’apparaissait dans aucun livre d'Histoire, et aujourd'hui il est célébré à Paris.

Le gouvernement roumain lui a dédié cette année 2025. Qu'est-ce que cela symbolise pour vous ?
Mgr Claudiu Pop : C’est le signe d'ouverture. Depuis quelque temps, on sent un changement. Quand on a commencé cette démarche, tout le monde nous disait :"Vous n’arriverez jamais à obtenir une année civile pour Iuliu Hossu." Et finalement, il y a eu un petit miracle. J'étais présent à la Chambre des députés le jour du vote. Il y a eu plusieurs prises de parole de toutes sortes, de toutes les forces politiques. Je m’attendais au pire et, à la fin du vote, tout le monde s’est mis debout et a commencé à applaudir. C’est un signe que quelque chose change discrètement. Cette année, nous avons eu l’occasion de faire beaucoup de choses : publier un livre biographique sur Iuliu Hossu (disponible également en français), créer des parcours digitaux pour les jeunes… Nous avons voulu montrer les merveilles que Dieu a faites pour Mgr Iuliu Hossu et que, s’Il les a faites pour lui, Il peut aussi les faire pour nous. Son exemple était un exemple de dignité, de verticalité des valeurs qui comptent et de principes chrétiens. Il a montré que l’important, c'est d'être avec Dieu, de vivre avec Lui. Et si on vit avec Lui, tout est possible et rien ne nous séparera de sa grâce.