Né à Montréal, Sayeh a grandi dans une famille d’immigrants iraniens. Son père, alcoolique, est quasi absent. Sa mère, seule et dépassée, ne parvient pas à lui offrir un foyer chaleureux. Privée de repères affectifs, elle se tourne dès l’enfance vers ses voisins, qui deviennent une sorte de famille de substitution. Elle célèbre avec eux Noël et ses anniversaires. Si à l’école primaire sa vie se passe bien, elle bascule au collège, jusqu’à amener la jeune fille dans les pires dérives du monde.
"Je voulais que les gens m'apprécient, alors j'ai fait comme eux. Ils fumaient des joints — moi aussi. Ils prenaient du speed — moi aussi", se souvient la jeune femme dans une interview au magazine canadien Le Verbe. Derrière son apparente joie de vivre se cache un vide abyssal. Elle cherche désespérément à être aimée, à se sentir acceptée. À 17 ans, elle tombe sous l’emprise d’un homme manipulateur. Il l’intimide, l’enferme dans une relation toxique et la pousse dans l’univers du strip-tease. Ce qui commence au début comme un travail de barmaid se transforme rapidement en performances sur scène, puis en lap dances.
"Je n'arrêtais pas de me dire : je ne ferai jamais de lap dance… Et puis je l'ai fait une fois, deux fois, et je suis tombée dans un cercle vicieux d'autojustification", raconte Sayeh qui est restée près de dix ans dans ce milieu. "C'est comme si je ne voyais pas d'autres choix. Je ne voyais pas d'autres options à ma vie. Elles n'existaient pas pour moi, ou elles me semblaient trop éloignées de ma réalité pour que je puisse les choisir." Pour tenir dans un environnement aussi déshumanisant, elle choisit de se dissocier en apprenant à se détacher de son propre corps.
La dérive spirituelle et la rencontre avec le Christ
Mais en 2020, un événement inattendu sème une première graine de changement : un videur du club la regarde pour la première fois comme une personne, non comme un objet. Cette rencontre la pousse à quitter le milieu. Puis, le confinement dû à la pandémie l’entraîne dans une forme de recherche spirituelle. Pourtant, ce n’est pas l’Église qui attire la jeune femme mais le tarot, l'astrologie et d'autres pratiques New Age dans lesquelles elle pense trouver des réponses. "Au début, tout semblait innocent, voire beau – la méditation, le soin de soi, l'amour de soi", dit-elle. "Je pensais pouvoir manifester des choses dans ma vie, que tout dépendait de moi et de mon énergie." Avec le temps, cependant, elle découvre que derrière son apparent souci de croissance se cache quelque chose de bien plus sombre.
Au lieu de trouver la paix, elle s’enfonce dans l’anxiété, la paralysie du sommeil, des peurs irrationnelles. "C’était comme une spiritualité profonde, mais cela a conduit à un isolement et un chaos croissants." En quête d'évasion, elle s’envole pour le Mexique où au bout d’un certain temps tout s’écroule : elle n’a plus d’argent, plus de logement, plus de repères. "J’étais déprimée, sans aucun endroit où retourner. Puis, désespérée, j’ai dit : “Seigneur, si tu existes, prends le contrôle de ma vie.”" Le lendemain, elle se réveille transformée. "J’ai médité pendant des heures, mais je n’avais jamais rien vécu de tel. C’était comme une lumière en moi, quelque chose s’est réveillé", explique-t-elle, avouant s'être sentie enfant de Dieu malgré son passé.
De retour au Canada, elle pousse pour la première fois la porte d’une église. C’est un dimanche de Pâques. Peu après, elle demande à être baptisée. Aujourd’hui, Sayeh reconstruit sa vie, centrée sur la foi et l’amour de Dieu. "Je veux crier haut et fort : Jésus répond véritablement aux questions que nous portons dans notre cœur. Je ne veux plus jamais dire : “Je n’ai pas besoin de Dieu aujourd’hui ”. Tout ce que j’ai, je le Lui dois."












