Les 42e Journées Européennes du Patrimoine, placées cette année sous le thème du "patrimoine architectural", devraient attirer près de 12 millions de visiteurs dans toute la France. Mais les Français sont-ils pour autant attentifs à la préservation du patrimoine ? Les récents chiffres communiqués par la plateforme de financement participatif Leetchi laissent entrevoir une sensibilité accrue des Français pour la sauvegarde de leurs monuments. De fait, les collectes dédiées au patrimoine connaissent une forte hausse depuis janvier 2025 : 164 cagnottes ont déjà été lancées, soit près de 38% de plus qu’en 2024. Les lieux de culte apparaissent comme les grands bénéficiaires de cette dynamique, affichant une envolée de 81% par rapport à l’an dernier.
Développement du mécénat populaire
Si écoles, châteaux, musées ou sites archéologiques demeurent également bien représentés, les églises s’affirment comme des repères autour desquels se cristallise la mobilisation. Selon un sondage de l’Ifop mené pour la Fondation de Sauvegarde de l’Art Français en 2023, plus de la moitié des Français (52%) s’inquiétaient de l’état du patrimoine religieux, l’estimant "mal entretenu". Ces collectes financent très concrètement la "consolidation d’édifices fragilisés, la restauration de toitures et façades, la sauvegarde d’orgues et clochers, la sécurisation d’espaces scolaires et permettent la réouverture au public de sites touristiques de proximité", précise Leetchi.
L’incendie de Notre-Dame de Paris en 2019, suivi de son vaste chantier de restauration, n’est sans doute pas étranger à cet élan de générosité et d’intérêt. "Après l’effroi collectif de l’incendie, une volonté partagée de restaurer s’est manifestée. Les Français ont pris conscience des enjeux d’entretien, de prévention des incendies… Ils ont compris qu’il était essentiel de préserver leur patrimoine et d’y contribuer, notamment par les dons. Le mécénat populaire s’est fortement développé ces dernières années", observe auprès d’Aleteia Olivier Lenoir, délégué général d’union REMPART (NDLR : réseau associatif dédié à la sauvegarde du patrimoine) et bénévole depuis quarante ans sur le chantier du château de Montgilbert, en Auvergne. Un "effet Notre-Dame" qui se vérifie jusque sur les chantiers de bénévoles. "Des personnes sont venues nous dire qu’elles avaient découvert des métiers grâce à la restauration de Notre-Dame. Cela a montré à tous, et notamment aux plus jeunes, qu’il existait toute une filière professionnelle autour du patrimoine".
Une population de bénévoles diversifiée
Sur le terrain, l’engagement des bénévoles ne se dément pas. Le ministère de la Culture recense "plusieurs milliers d’associations" déployant leur activité pour la sauvegarde du patrimoine. "Cette année, sur le chantier de restauration que j’encadrais, nous étions dix-huit. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas été aussi nombreux !", relève encore Olivier Lenoir. "Les profils de bénévoles se sont élargis. On rencontre désormais des jeunes, des moins jeunes, des étrangers… La population des chantiers est plus diversifiée qu’il y a quarante ans", constate-t-il encore.

Soigner le patrimoine au plus près des pierres, mais également le faire connaître. Telle est la mission des Communautés d’accueil dans les sites artistiques (CASA). Depuis 1967, les guides bénévoles de CASA, s’emploient à accueillir les visiteurs dans une quinzaine d’églises en France et à leur faire découvrir ces édifices dans leur dimension spirituelle, historique et artistique. Camille, 21 ans, étudiante en architecture à Nancy, a consacré une partie de son été à faire visiter la cathédrale Notre-Dame de Paris en tant que guide bénévole au sein d’une communauté d’été. "En tant que catholique, cette mission de bénévolat avait pour moi une grande importance, tant pour sa dimension spirituelle qu’architecturale", explique-t-elle. Ne "connaissant pas en profondeur" l’histoire de la cathédrale, elle a vu aussi dans cette activité bénévole l’opportunité de gagner en aisance à l’oral, compétence essentielle dans son cursus. De son mois de juillet passé au cœur de la cathédrale, la jeune femme garde en mémoire des moments privilégiés avec les groupes de visiteurs et de partage avec les bénévoles de l’association. "Avec CASA, nous sommes logés et nourris en échange de nos services de guide, ce qui rend l’expérience communautaire particulièrement riche. Notre groupe était international et nous nous retrouvions autour de valeurs telles que l’intérêt pour le patrimoine et l’art".
"Que nos églises restent des Bibles en images"
Au sortir de cette expérience, la jeune étudiante mesure encore davantage l’importance d’œuvrer pour la sauvegarde du patrimoine religieux. "Ce que je trouve beau dans ce patrimoine, c’est le symbolisme qu’il renferme. Au XIe siècle, les pèlerins qui passaient par Notre-Dame de Paris, souvent analphabètes, s’instruisaient grâce aux peintures, sculptures et vitraux… Il faut absolument préserver cette richesse, sa valeur symbolique et éducative. Que ces édifices restent des Bibles en images !", souligne-t-elle. À cette dimension, s’ajoute la perspective plus large d’un patrimoine vecteur de lien social et de cohésion. "S’engager pour le patrimoine est l’affaire de tous les citoyens", soutient Olivier Lenoir. Investir dans le patrimoine, c’est investir dans les territoires, le lien social et la cohésion. Ce n’est pas seulement regarder vers le passé, c’est aussi construire une société plus attractive pour tous les territoires", assure-t-il. Les samedi 20 et dimanche 21 septembre, 17.000 sites historiques et patrimoniaux ouvrent ainsi leurs portes au public partout en France. Faire vivre le patrimoine, c’est offrir aux générations futures des repères et des récits capables d’inspirer leur avenir. C’est préserver des trésors d’histoire, de beauté et de foi pour ceux qui viendront après.













