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À quels nouveaux dilemmes éthiques sont confrontés les médecins d’aujourd’hui ?

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Unité de soins palliatifs.

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Olivier Garraud - publié le 19/09/25
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IVG, GPA, "aide à mourir"…, le corps médical est aujourd’hui confronté à des questionnements éthiques qui ne sont plus placés devant des évidences. Pour le docteur Olivier Garraud, professeur émérite des universités et auteur de "Soigner en chrétien" (Editions de l’Emmanuel), le médecin chrétien sait que son patient est une personne unique de toute éternité.

Le questionnement éthique n’est pas une nouveauté pour les médecins. Cependant, ils sont à présent appelés à passer d’une logique du commandement moral (qui est encore celle de ce serment d’Hippocrate que chaque médecin aurait avantage à relire plus fréquemment), à une logique éthique. La visée éthique est celle qui incite à ce qu’on tende vers "une vie bonne avec, et pour autrui, dans des institutions justes", selon la définition célèbre de Paul Ricœur (Soi-même comme un autre, Seuil, 1990). Par ailleurs, le passage de l’ère de la toute-puissance médicale à celle de la pleine considération de ce que souhaite le patient a déjà presque un quart de siècle. Ce qui serait vraiment nouveau, ce serait de remettre le clocher au milieu du village, de relire ce qui est bon pour l’homme en vue de son élévation, et de rejeter ce qui est, au contraire, mortifère. 

L’avantage du médecin chrétien

Que souhaite le patient, qui serait bon pour lui, qui serait juste (équitable) dans une société de partage des ressources (à travers la Sécurité sociale), et qui respecterait le cycle de la vie et de la nature ? On a compris que dans des économies gérées, la société doit opérer des choix dans ses stratégies de santé, et les responsabilités éthiques des dirigeants et des leaders politiques sont immenses. Le médecin chrétien est, là, presque avantagé : c’est — pour lui — beaucoup plus simple. En effet, il sait que son patient est une création aimée de Dieu, qu’il s’agit d’une personne que le Seigneur a voulue dès avant sa naissance, qu’il la connaît et l’appelle par son nom, et qu’il n’y a pas un cheveu de sa tête qui ne soit compté, comme le rappellent tant le Premier que le Second Testament.

Sur cette profession de foi, il est évidemment plus facile de décliner le questionnement éthique au cabinet médical et au lit du patient. S’il n’est pas besoin d’être "catho" pour être un excellent médecin, soucieux du bien-être de la personne prise en soins, respectueuse de sa décision, et de la sienne avant tout, c’est-à-dire avant celle de ses accompagnants dont les intérêts peuvent être un peu disjoints du vrai bien de leur proche, il est cependant plus facile pour lui que pour un confrère athée de forger sa pensée face aux nouveaux enjeux de la bioéthique. 

Le saut dans le vide de la bioéthique

La bioéthique est cette partie de l’éthique qui a été séparée de la morale artificiellement et par convenance, afin que des lois puissent gouverner indépendamment du bien commun. L’idée de départ était sans doute louable, mais ce concept a été récupéré par idéologie philosophique davantage que par souci de la morale, et par posture politique davantage que par souci philanthropique. C’est en tant que catholique que le médecin qui se reconnaît comme tel sait pourquoi le fait d’avoir inscrit le droit à l’avortement dans les principes fondateurs de la République est une aberration morale. L’avortement est un sujet éthique très sensible, entre la vie de l’enfant à naître et la situation d’une mère en détresse et parfois en danger de se donner la mort. De là à justifier le droit à mettre fin à une vie comme un "principe" constitutionnel, il y a un saut dans le vide de la morale qui n'a jamais été tenté jusqu’alors. 

La fin de la compassion soignante

Les enjeux bioéthiques de la gestion pour autrui (GPA), dont on reparle plus que jamais avec le projet de récent de Gabriel Attal, relèvent de cette double dignité ontologique de la femme et de celle de l’enfant. La philosophe Sylviane Agacinski, entre autres, dans un registre très différent de celui du chrétien, s’y oppose également, au nom de la dignité de la femme, et elle a raison. Nous (les philosophes athées et les chrétiens, les médecins comme les non soignants), avons un objectif commun, mais des cheminements différents et des hypothèses de "travail" différentes également. 

Ce sera encore l’idée de la réflexion pour ou contre l’aide active à mourir, cette abomination éthique déclinée au nom de la dignité des personnes à qui on va enlever toute la compassion soignante, celle des professionnels mais aussi celle d’une société enveloppante, qui comprend aussi bien les faibles que les forts, et qui "partage" l’humanité. 

La relation soignant-soigné

Un sujet éthique majeur est que la relation à la personne s’est décentrée de la rencontre personnelle vers des rencontres virtuelles et génériques comme celles des réseaux sociaux. Ce qui est un fait tragique dans la vraie vie (à commencer par celle des plus jeunes mais qui gagne les babyboomers et générations suivantes) a pénétré la relation soignant-soigné. Que va-t-il se passer ? Sur tous ces sujets clivants, il est question de dignité, brandie en étendard de chaque camp. Que reste-t-il vraiment de la dignité ? C’est une question que pourrait se poser toute personne aujourd’hui. La dignité est devenue un concept-valise comme il y a des mots-valises, mais plus grand monde ne saurait la définir. La définition chrétienne de la dignité est belle. Elle est simple. Elle vient de Dieu, tout simplement. Et en tant que soignant et médecin, tout devient plus clair alors.  

Pratique

Soigner en chrétien, l’éthique de la santé, Olivier Garraud, Editions de l’Emmanuel, septembre 2025, 286 pages, 16 euros.
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