Un jour de septembre 1940, le 19 exactement, l’abbé Henri Perrin, prisonnier de guerre, organise dans son oflag une causerie sur les apparitions de la Sainte Vierge à la Salette. Il connaît particulièrement bien ce sujet puisqu’il était avant la guerre chapelain du sanctuaire marial. Parmi son auditoire se trouve Jacques Darreberg, jeune homme à l’esprit sarcastique, toujours prêt à tourner en dérision la foi de son enfance. Malgré son manteau d’ironie et de scepticisme, le jeune soldat est profondément sympathique et attachant. Il recherche souvent la compagnie des prêtres du camp, même s’il ne cesse de distiller des propos acidulés et corrosifs sur la religion.
Sans l’avouer à quiconque, le jeune homme est profondément touché par le récit des apparitions, et surtout par les larmes de la Vierge Marie, qui pleure comme une mère pleurerait sur ses enfants devenus cruels. Le tempérament passionné de Jacques Darreberg n’accepte pas de demi-mesure. La Sainte Vierge lui donne un rendez-vous là-haut, dans un coin isolé des Alpes, il l’a bien senti. Avec sa fougue habituelle, il décide d’honorer ce rendez-vous immédiatement et met au point son évasion, une évasion simple et efficace, sous les auspices de Notre-Dame de la Salette. Jacques Darreberg vient de retrouver tout d’un coup la foi de l’enfant, la plus pure qui soit. Si Marie lui donne rendez-vous à la Salette, elle l’assistera évidemment dans son évasion, il en est convaincu.
Une évasion réussie
Et le “miracle” se produit. Jacques Darreberg quitte le camp caché sous la bâche du camion qui livre le pain. Il traverse ensuite l’Allemagne accroupi sur les tampons d’un train avant d’arriver en Suisse. Puis, c’est Lyon, Grenoble, et enfin le sanctuaire marial. Quelques jours plus tard, l’abbé Perrin, resté à l’oflag, reçoit une lettre d’un certain Jacques Pèlerin (pseudonyme oblige afin de contourner la censure) qui raconte à mots couverts le rocambolesque périple jusqu’à la Salette, mais aussi et surtout le retour à la foi, aussi spectaculaire que radical.
Quelques mois plus tard, l’abbé Perrin est libéré et il retourne à la Salette. Il reste en relation étroite avec Jacques Darreberg qui vient d’entrer dans la résistance. Dès qu’il en a la possibilité, le jeune homme revient dans les montagnes aux pieds de la Vierge Marie, entraînant avec lui ses compagnons de lutte. Soldats français, agents anglais de l’Intelligence Service, personne ne peut résister à sa force de conviction. La Vierge Marie avait demandé à Mélanie et Maximin de faire connaître son message à tout son peuple. Darreberg s’efforce d’accéder à cette demande.
Un travail "au service de la Sainte Vierge"
Après plusieurs missions d’infiltration et de sabotage, Jacques Darreberg est envoyé en Grande-Bretagne comme pilote de chasse. Là-bas, il continue "à travailler au service de la Sainte Vierge", comme il l’écrit dans son journal. Sans relâche, il fait connaître l’apparition mariale, distribue des médailles, et surtout, il vit la charité en actes. Cette douceur évangélique force l’admiration de tous, même des guerriers les plus violents. Par son exemple et ses prières, le jeune pilote réussit à ramener plusieurs âmes à Dieu.
Le capitaine Darreberg disparaît aux commandes de son avion le 19 janvier 1944. Comme il le répétait souvent, la mort n’est pas la mort, mais la joie de l’enfant qui va retrouver la Mère au Ciel, la joie du serviteur fidèle qui reçoit la récompense de ses travaux.












