Le cardinal Aveline le sait : il est attendu au tournant. Élu par ses pairs en avril, il est depuis le 1er juillet dernier le président de la Conférence des évêques de France (CEF). Et, même s’il n’est pas le "président" des évêques qui restent maîtres dans leurs diocèses respectifs, il est la figure de proue d’un épiscopat qui cherche à montrer, depuis la publication du rapport de la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Église (CIASE), le 5 octobre 2021, qu’ils ont compris l’ampleur du phénomène et qu’ils ont agi en conséquence. Ce jeudi 18 septembre, Paris Match a publié une enquête sur la gestion des abus dans le diocèse de Marseille mettant directement en cause le cardinal Aveline. Le diocèse a réagi dans la foulée évoquant un mélange de "faits avérés qui ont été traités" et d’"insinuations non fondées".
Mgr Éric de Moulins-Beaufort, ancien président de la CEF était reconnu pour son implication personnelle dans ce domaine. Il a terminé son mandat par un point d’étape, au printemps, sur les mesures mises en œuvre : instances de réparation, réflexions sur la justice restaurative, protocoles entre diocèses et procureurs… Mgr Aveline, lui, n’a jamais été très affable sur le sujet. Aurait-il même manqué de détermination dans la gestion des cas d’abus du diocèse de Marseille où il est prêtre depuis 41 ans, et qu’il dirige depuis 2019 après avoir été l’évêque auxiliaire de Mgr Pontier, celui-là même qui commanda à la CIASE son rapport ?
Une mise en cause et une réaction
Une enquête de Paris Match met en cause la gestion du cardinal Jean-Marc Aveline face à plusieurs affaires sensibles dans son diocèse. Des témoignages pointent sa connaissance de situations graves – implication jugée problématique de son proche collaborateur Xavier Manzano dans la vie d’une famille, dysfonctionnements au séminaire Saint-Luc d’Aix-en-Provence, abus commis par des prêtres comme Charles Sighieri et Jean-Pierre Hours – sans réaction adéquate ou avec des réponses tardives. Pour certains fidèles, cette accumulation traduit une véritable omerta autour des dérives et abus, que le cardinal aurait contribué à maintenir.
"Le cardinal Aveline dément formellement avoir contacté la personne nommée Yacine (personne qui témoigne dans l'article, ndlr) et avoir tenu les propos rapportés" a ainsi répondu le diocèse dans la foulée de la publication de l’article. La réponse à l’enquête de Paris Match se veut claire : "Les journalistes, en toute connaissance de cause – puisque le diocèse s’est rendu disponible à la demande du cardinal Aveline pour répondre à leurs questions – semblent mettre sur le même plan des faits avérés qui ont été traités et des insinuations non fondées." Et de détailler pour chaque affaire la chronologie des faits et les incohérences de l’article. En pointant deux limites à l’autorité de Mgr Aveline : le père Hours est un religieux et ce sont les Oblats de Marie Immaculée, après avoir été prévenus par le vicaire général, qui ont fait le signalement ; le séminaire Saint-Luc et le supérieur mis en cause sont sous la responsabilité de l’archevêque d’Aix. "Le cardinal Aveline ne peut ignorer ce qu’il se passe au séminaire Saint-Luc. Il dispose évidemment d’un droit de regard, puisque Aix est placée sous l’autorité de l’archevêché de Marseille" semble répondre par avance un canoniste dans Paris Match.
Le diocèse déplore aussi "que soit mêlée aux situations précédentes, qui relèvent du domaine des abus et des violences sexuelles, une mise en cause du père Manzano" et affirme que les enfants du couple évoqué dans l’enquête, "désormais adultes, ont témoigné par écrit, n’avoir absolument rien à reprocher au père Manzano et lui ont au contraire manifesté leur reconnaissance". Surtout, le diocèse fait savoir que Mgr Aveline, à la tête du diocèse de Marseille et de la CEF, "réaffirme sa détermination dans la prévention et la lutte contre toutes les formes d’abus et les violences sexuelles au sein de l’Église" et évoque les rendez-vous pris avec les associations de victimes et les instances de réparation. "Au-delà des précisions ici apportées, conclut-il, notre meilleure réponse à ces affirmations injustes sera de poursuivre nos efforts et de rester déterminés sur ces sujets essentiels, avec et pour tous ceux qui comptent sur l’Église et lui font confiance."









