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La “certitude”, une maladie grave ?

4 min de lecture
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Crédit : Aleteia

C’est devenu une certitude : la certitude est la cause de tous les maux. Mais de quelles certitudes parle-t-on ? Pour l’écrivain Henri Quantin, il serait préférable de distinguer celles qui sont nuisibles de celles qui sont salutaires.

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Gabriel Attal se rêve-t-il en cardinal ou en acteur américain ? On ne sait si la référence était volontaire, mais ses mots à l’Assemblée nationale, au moment où François Bayrou demandait la confiance, rappelaient étrangement ceux de Ralph Fiennes dans Conclave. "Et après de nombreuses années au service de notre mère l’Église, je peux vous dire que j’ai appris à redouter un péché bien plus que tous les autres : la certitude", disait le cardinal Laurens du film d’Edward Berger. "La politique est malade des certitudes", a renchéri Gabriel Attal comme en écho. La remarque était censée prolonger une citation fameuse de Camus : "Nous étouffons parmi les gens qui croient avoir absolument raison." Signalons que Camus précisait : "Absolument raison, que ce soit dans leurs machines ou dans leurs idées". En coupant la fin de la phrase, Gabriel Attal occultait donc une partie de l’inquiétude camusienne, pour la limiter aux idéologies déshumanisantes, mais passons. Les méfaits supposés des certitudes, nettement plus redoutées par les députés du groupe Ensemble que l’emprise technologique, méritent à eux seuls discussion.

La certitude, sans distinction

Le trait d’époque le plus saillant, dans cette tendance à faire de la certitude la cause de tous les maux, est sans doute de ne jamais préciser de quelle certitude il s’agit. La même logique fait parler de "croyants" et de "non-croyants", sans juger nécessaire de distinguer les contenus des croyances. Il n’est pourtant pas équivalent de croire que le Christ a demandé aux hommes de s’aimer les uns les autres comme Il les a aimés, et de croire que dessiner un nez rouge à un prophète mérite la mort. Cette disparition du contenu de la croyance ou de l’objet de la certitude signe non seulement les progrès du relativisme, mais l’impossibilité du dialogue, ce que déplorait précisément Camus.  

"Oui, la politique est malade des lignes rouges, des ultimatums, des oukases", ajoutait Gabriel Attal. Va pour les oukases, que leur coloration soviétique nous gardera de défendre. Pour les lignes rouges, on préférerait savoir ce qu’il y a au-delà et ce qui justifie le rouge : entre le refus absolu d’adresser la parole à un partisan de la retraite à 62 ans trois quarts et le "non possumus" d’hommes dont on exige la complicité avec un crime contre l’humanité, la distinction doit être possible.

Maladie incurable ?

C’est plus vrai encore pour les "certitudes", que seule une intimidation lexicale peut associer en bloc à une forme de fanatisme. Par exemple, la certitude que la laïcité ne consiste pas à imposer l’inculture religieuse est-elle comparable à la certitude que le monde irait mieux si la Palestine ou Israël était rayé de la carte ? S’agit-il dans les deux cas d’une maladie incurable ? Doit-on courir d’urgence voir un médecin — à moins que l’État ne nous y envoie lui-même —, si on tient comme certain que l’école est faite pour enseigner la langue française et les mathématiques plutôt que le vote modéré et le slalom en trottinette électrique ?

Pour inaugurer son bref passage dans l’Éducation nationale, Gabriel Attal avait tenu à mettre en avant Blaise Pascal, de la naissance duquel on fêtait le 400e anniversaire. Il s’agissait de mieux articuler les sciences et les lettres. Peut-être est-il bon de rappeler aussi à l’ancien Premier ministre les mots du mémorial de la nuit de Feu pascalienne : "Certitude, joie, certitude, sentiment, vue, joie" (fr. 742). Voilà une certitude qui est loin d’avoir nui au jugement politique de Pascal, que ce soit sur la séparation des ordres, sur la légitimité et les aveuglements du conservatisme, ou encore sur "la condition des grands".

Nuisibles ou salutaires ?

Plutôt que de proclamer la politique malade des certitudes, il serait donc préférable de distinguer celles qui sont nuisibles de celles qui sont salutaires…, à moins que la seule preuve de bonne santé mentale ne soit désormais d’emprunter à Pascal sa "Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies".