Lundi 22 septembre 2025, s'ouvrira au Vatican le procès en appel de l'affaire de l'immeuble de Londres, près de deux ans après le verdict qui avait condamné neuf personnes, dont le cardinal Angelo Becciu. En amont de l'ouverture de ce nouvel acte, I.Media décrypte les enjeux de cette procédure tentaculaire qui a connu des rebondissements ces derniers mois.CAMPAGNE DE NOËL 2025
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Lundi 22 septembre 2025, s'ouvrira au Vatican le procès en appel de l'affaire de l'immeuble de Londres, près de deux ans après le verdict qui avait condamné neuf personnes, dont le cardinal Angelo Becciu. En amont de l'ouverture de ce nouvel acte, I.Media décrypte les enjeux de cette procédure tentaculaire qui a connu des rebondissements ces derniers mois.
1Qu’est-ce que l’affaire dite "de l’immeuble de Londres" ?
L’« affaire de l’immeuble de Londres » est le nom donné à un scandale financier concernant le Vatican. Elle concerne la gestion des ressources financières de la secrétairerie d’État entre 2013 et 2020, durant le pontificat de François.
En 2013, le substitut de la secrétairerie d’État, Mgr Angelo Becciu, décide d’investir 200 millions de dollars dans un fonds luxembourgeois géré par l’homme d’affaires Raffaele Mincione. Malgré les mises en garde de certains partenaires, la secrétairerie contracte un emprunt risqué pour réaliser l’opération.
L’investissement vise initialement à acquérir des parts dans une holding pétrolière en Angola, mais le projet est rapidement abandonné au profit d’autres placements jugés plus périlleux a posteriori, notamment un montage financier pour l’achat d’un immeuble londonien, situé au 60 de Sloane Avenue, dans le quartier chic de Chelsea.
Les opérations opaques liées à cette acquisition donneront leur nom à l’affaire. Elles ont entraîné de lourdes pertes pour le Saint-Siège, estimées entre 139 et 189 millions d’euros par le promoteur de justice du Vatican.
En 2019, une enquête est ouverte par la justice vaticane, qui se penche également sur deux affaires connexes visant directement celui qui est devenu le cardinal Becciu : le versement de 600.000 euros à une proche sarde, Cecilia Marogna, pour des activités de renseignement, ainsi que de 125.000 euros à une coopérative sarde gérée par son frère.
2Qu’a donné le procès en première instance ?
Ouvert en 2021, le procès a marqué l’histoire : pour la première fois, un cardinal, Angelo Becciu, se retrouvait mis en examen au Vatican, aux côtés de neuf autres accusés. Après plus de deux ans et demi de procédure et près de 80 témoins entendus, le verdict est tombé le 16 décembre 2023 : neuf accusés sur dix ont été condamnés, dont sept à des peines de prison.
Le cardinal Becciu a été reconnu coupable de fraude, de détournement de fonds et de détournement de fonds aggravé. Il a écopé de cinq ans et demi de réclusion, d’une interdiction à vie d’exercer une charge publique au Vatican, et de 8.000 euros d’amende.
Les motivations de la sentence – un dossier de 700 pages – ont été publiées le 29 octobre 2024. Les avocats ont eu près d’un an pour préparer un éventuel appel. Ceux du cardinal Becciu, ainsi que de Raffaele Mincione, ont annoncé leur intention d’y recourir. Le promoteur de justice Alessandro Diddi a, lui aussi, envisagé de faire appel, estimant que certains chefs d’accusation avaient été écartés à tort par le juge Giuseppe Pignatone.
3Pourquoi le verdict est-il remis en cause ?
Les critiques émises par les neuf personnes condamnées sont nombreuses et diverses, mais elles ont toutes pointé du doigt, dès le début du procès, le manque de transparence de la procédure juridique. L'homme d'affaires Raffaele Mincione a même déposé une plainte auprès des Nations unies pour protester contre le fonctionnement de la justice vaticane.
En 2023, au cours du procès, il est en outre apparu qu’un témoin clé, Mgr Alberto Perlasca, ancien responsable des affaires financières de la secrétairerie d’État, avait été approché par une certaine Francesca Immacolata Chaouqui lors de l'enquête menant au procès. Celle-ci se faisait passer pour une collaboratrice de la justice vaticane et l'aurait conseillé alors qu'il devait être interrogé par les équipes du promoteur de justice.
Cette ex-employée du Vatican n'est pas une inconnue : elle a déjà été condamnée à dix mois de prison en 2015 dans le très médiatique procès « Vatileaks 2 » pour divulgation de documents confidentiels. Depuis, elle n’a jamais caché son hostilité envers le cardinal Becciu, qu’elle considère comme responsable de sa disgrâce.
Le promoteur de justice Alessandro Diddi a affirmé n’avoir aucun lien avec elle et a ouvert une enquête pour subornation de témoin, procédure qui serait toujours en cours selon plusieurs médias italiens. Cependant, des enregistrements téléphoniques de Chaouqui, transmis aux avocats de Mincione puis diffusés dans la presse cet été, laissaient entendre qu’elle disposait d’informations précises sur l’enquête. Le cardinal Becciu a dénoncé une « machination » et accusé le promoteur d’avoir influencé Mgr Perlasca pour qu’il témoigne contre lui.
4Le Vatican a-t-il été désavoué outre-Manche ?
Le 2 mai 2025, alors que le siège de Pierre était vacant, la Haute Cour de justice d’Angleterre et du pays de Galles a ordonné au Saint-Siège de verser 4 millions d’euros à Raffaele Mincione, correspondant à la moitié de ses frais de justice. Cette procédure, engagée préventivement en 2020 par l’homme d’affaires, a pu apparaître comme un premier arbitrage international défavorable pour le Vatican.
L’importance de ce jugement est toutefois à relativiser : la procédure, de nature assez technique, ne portait pas sur les mêmes chefs d’accusation que ceux étudiés par la justice vaticane, mais se concentrait sur la validité d’un contrat signé à Londres en novembre 2018. Les sanctions financières imposées au Saint-Siège s’appuient en outre sur un jugement rendu en février 2025, dans lequel la Haute Cour avait reconnu que Mincione n’avait pas agi de « bonne foi » envers la secrétairerie d’État.
Le même jugement avait cependant conclu qu’aucune preuve ne démontrait que le financier avait conspiré contre les intérêts du Vatican lors de la signature des contrats en 2018. Mais c’était également la position du tribunal de la Cité du Vatican, qui l’avait relaxé sur ce chef d’accusation (tout en le condamnant sur trois autres) en 2023.
Dans le verdict de la Haute Cour britannique, le plus problématique est sans doute le tableau peu flatteur d’une administration vaticane « aveuglée » par sa recherche de rendement.
5La mort de François change-t-elle quelque chose ?
Après la mort de François, le cardinal Becciu a d’abord tenté de participer au conclave, avant de se rétracter à la suite de la présentation de deux lettres signées du défunt pape quelques semaines auparavant. Ce retrait a été salué comme un "geste" par ses confrères cardinaux, qui ont affirmé souhaiter que "les organes de justice compétents puissent vérifier les faits".
Le décès du pontife argentin a libéré certaines voix : lors des congrégations générales, le cardinal Becciu a reçu des soutiens, notamment celui du cardinal Giuseppe Versaldi, préfet émérite de la Congrégation pour l’éducation catholique. Celui-ci a affirmé au quotidien Libero que plusieurs cardinaux avaient dénoncé des « manœuvres sournoises » menées auprès de François pour influencer son jugement au détriment du cardinal Becciu.
Ces "manœuvres sournoises" font probablement référence aux récentes révélations concernant le rôle joué par Francesca Chaouqui. Cet été, celle-ci a par ailleurs affirmé dans le quotidien italien Domani avoir été reçue par le nouveau pape, ce que le Bureau de presse du Saint-Siège a officiellement démenti.
Quant à Léon XIV, il ne s’est jamais exprimé publiquement sur l’affaire. Mais il a reçu en audience officielle le cardinal Becciu le 27 mai, quelques jours seulement après son élection. L’ancien substitut est depuis réapparu à plusieurs cérémonies officielles, la dernière en date étant l’anniversaire du pape célébré le 14 septembre à Saint-Paul-hors-les-Murs.