"En 2012, notre fils aîné, James Wright Foley, a été enlevé alors qu’il travaillait comme journaliste indépendant dans les zones de guerre en Syrie", commence Diane Foley devant des milliers de fidèles meurtris par les épreuves de la vie rassemblés sous les voûtes de la basilique Saint-Pierre ce lundi 15 septembre, en la fête de Notre-Dame des Douleurs. Menue, toute de noir vêtue, une croix dorée autour du cou, Diane Foley retrace, sous le regard attentif du pape Léon XIV, son chemin de croix. "Pendant près de deux ans, il a été affamé, torturé, et finalement publiquement décapité en août 2014, parce qu’il était journaliste américain et chrétien", raconte-t-elle, la voix régulièrement brisée par l’émotion.
Des mois d'incertitude
Pendant dix mois, la mère de famille ne sait pas si son fils est vivant ou mort. "Nous n’avons plus entendu sa voix jusqu’à peu avant son horrible assassinat. Au fil des mois, mon chemin de croix personnel s’est intensifié. Mon fils innocent, au grand cœur, avait été enlevé sous la menace des armes, vendu, retenu captif pour le crime d’être journaliste, tout comme notre Seigneur Jésus avait été condamné à mort pour nos péchés." Durant ces longs mois, elle quitte son emploi d’infirmière et se bat pour obtenir la libération de son fils. À la mi-juillet 2014, "complètement épuisée", elle remet finalement le sort de Jim entre les mains de Dieu. "Je me suis rendu à notre chapelle d’adoration et j’ai entièrement confié Jim à Dieu", confie-t-elle. Deux semaines plus tard, Jim est sauvagement décapité et son exécution rendue publique par Daesh.
Diane Foley évoque le choc, son incrédulité, sa colère aussi, face à l’organisation État Islamique et le gouvernement des États-Unis. "L’amertume menaçait de me consumer. Je me souviens avoir crié vers Dieu "Seigneur, ce n’est pas ça que je voulais dire quand je t’ai confié Jim ! Comment est-ce que cela a pu arriver ?"
L’exemple de la Vierge Marie
Néanmoins, "dans ces heures sombres", sa foi demeure solide. Elle demande au Seigneur la grâce "pour ne pas devenir amère, pour être capable de pardon et de miséricorde". "Jésus et Marie sont devenus mes compagnons permanents, tout comme d'innombrables anges terrestres dont la compassion m'a soutenue", se souvient-elle.
L’exemple de Marie a été particulièrement puissant pour moi.
"L’exemple de Marie a été particulièrement puissant pour moi. Elle a accompagné son fils dans son agonie et sa crucifixion. Même lorsqu’elle ne comprenait pas pourquoi cela devait être ainsi, elle a fait confiance et est restée fidèle. Elle m’a appris à faire de même, à marcher dans la foi quoi qu’il arrive." Elle fait alors l’expérience de la présence de Jésus et de Marie et témoigne aujourd'hui combien le Christ et sa mère sont "proches de nous dans nos souffrances".
Rencontre avec l’assassin de son fils
Des années plus tard, l’un des meurtriers de son fils, Alexander Kotey, est arrêté et jugé en 2021 en Virginie. Étonnamment, il propose de rencontrer les familles des victimes. Diane accepte. "Je savais que Jim aurait voulu comprendre pourquoi il s’était radicalisé. Je voulais lui dire qui était Jim", explique-t-elle. La mère de Jim évoque cette rencontre qui a changé son état d’esprit. "Bien qu’étrange au début, cette rencontre est devenue au fil des trois jours un moment de grâce. L’Esprit saint nous a permis de nous écouter, de pleurer et de partager nos histoires. Alexander a exprimé beaucoup de remords. Et Dieu m’a donné la grâce de le voir comme un autre pécheur ayant besoin de miséricorde, comme moi", raconte la mère endeuillée, devant un pape Léon XIV immobile.
Dieu m’a donné la grâce de le voir comme un autre pécheur ayant besoin de miséricorde, comme moi.
Léon XIV a ensuite pris la parole et souligné que les témoignages entendus au cours de la veillée transmettaient une certitude : "La souffrance ne doit pas engendrer la violence ; la violence n’est pas le dernier mot, car elle doit être vaincue par l’amour qui sait pardonner". Diane Foley a créé une fondation en mémoire de Jim, la James W. Foley Legacy Foundation, qui œuvre aujourd’hui pour la libération d’otages et la protection des journalistes.













