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Benoît de Blanpré : “La paternité est un tremplin vers la sainteté”

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Raphaëlle Coquebert - publié le 16/09/25
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Benoît de Blanpré, directeur national de l’Aide à l'Église en Détresse (AED) France a publié début septembre une "Lettre aux pères de famille" (Mame). Pour lui, la paternité est un lieu de sainteté, une sainteté de l’ordinaire de la vie quotidienne.

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Vous vous rêviez en conquérant et vous sentez à l’étroit dans votre costume de chef de famille lambda ? Haut les cœurs ! Vous êtes à votre place, assure Benoît de Blanpré, dans une stimulante et substantielle Lettre aux pères de famille (Mame). De lui émane une bonté affable mêlée d’une indéniable autorité. À 53 ans, ce père de cinq enfants, marié depuis presque 30 ans à Hermine et déjà grand-père, partage sa vision de la paternité dans un court opuscule, "cri du cœur" pour redorer le blason des pères de famille, trop souvent déconsidérés et livrés à eux-mêmes.

Aleteia : Être père, écrivez-vous, est un voyage auquel nul n’est préparé. C’est pour remédier à cet état de fait que vous prenez la plume ?
Benoît de Blanpré : Tout est parti d’une aventure un peu folle à laquelle on m’a proposé de participer il y a quelques années. Un pèlerinage entre pères de Paris à Vézelay, sans eau, sans argent, sans téléphone… sans rien ! Sinon un deal avec le bon Dieu : "Fais en sorte que l’on trouve gîte et couvert et nous, on prend soin de ceux que Tu mets sur notre route." Il se trouve que le point commun entre tous les hommes rencontrés, c’était la paternité : j’ai découvert que beaucoup se sentaient écrasés par cette responsabilité. Aussi ai-je eu envie de poursuivre ces échanges si profonds, mais trop courts ! S’écouter et s’épauler les uns les autres permet d’aller plus loin, plus haut. La paternité est une si belle mission !

Une mission qui peut paraître aride, non ? Vous-même confessez avoir rêvé d’être explorateur…
C’est vrai, je suis pétri de Jules Verne, de biographies de soldats héroïques, des récits d’aventure de Sylvain Tesson ou Mike Horn… et j’ai longtemps souhaité accomplir des exploits. Avec un grand-père ayant fait l’Indochine et l’Algérie, j’étais à bonne école ! Au fil des années, j’ai compris que la grandeur et l’aventure se vivent dans la simplicité, voire la banalité du quotidien. A priori, ma vie de père de famille de la banlieue parisienne ne va pas changer la face du monde… Sauf si je remplis cette tâche avec amour et charité ! Le pape François parle de la sainteté du quotidien : dans une société qui dévalorise la famille – a fortiori la famille nombreuse — les pères sont bel et bien des héros du quotidien.

Des héros, vous y allez un peu fort !
Non, c’est une conviction enracinée au plus profond de mon cœur. Mais qui a fait son chemin progressivement. Du fait de mon prénom, j’ai grandi à l’ombre de saint Benoît, le père des moines d’Occident. À l’adolescence, j’ai commencé à lire jour après jour la règle qu’il a établie pour la vie monastique, fondée sur la prière et le travail : ora et labora. J’ai cru que la vie religieuse était la voie royale pour devenir saint. Avant que je ne comprenne que la paternité est aussi – et tout autant – un lieu de sainteté, où vivre l’ora et labora ! Pas une sainteté évanescente ou spectaculaire mais bien celle de l’ordinaire de la vie quotidienne. Le Seigneur nous appelle à habiter notre réalité ici et maintenant. Je me réjouis que l’Église canonise enfin des couples en tant que couples et parents. J’espère qu’elle va poursuivre dans cette voie.

Nos enfants n’ont pas besoin de figures infaillibles mais de pères bienveillants.

C’est quoi être un bon père ?
Surtout pas un père parfait ! Nos enfants n’ont pas besoin de figures infaillibles mais de pères bienveillants qui les aiment en actes et en vérité. Pour cela nous avons un modèle épatant : notre père céleste, qui s’est incarné en Jésus-Christ. Je me demande souvent "qu’est-ce que Jésus aurait fait à ma place ?" C’est une clé de lecture formidable pour savoir comment agir avec nos enfants : soyons aussi vrais, miséricordieux, confiants envers eux qu’Il l’est avec chacun de nous ! C’est une attitude qui requiert du courage et de l’humilité, surtout quand nos enfants s’égarent.

Que recommandez-vous à ces pères désorientés par un enfant qui file un mauvais coton ?
Je ne prétends pas être un détenteur de recettes infaillibles, entendons-nous bien. Je partage simplement ce qui m’habite, fruit de mon expérience et de multiples rencontres avec des pères de famille du monde entier. Quand un enfant part dans la mauvaise direction, je crois qu’il faut faire montre d’une délicatesse absolue. Voyez le Christ avec les disciples d’Emmaüs, que leur abattement conduit à s’éloigner de Jérusalem : il ne leur intime pas de faire volte-face en se découvrant immédiatement à eux. Il les rejoint sur leur route d’égarement et prend le temps de les écouter. Nos enfants ont besoin d’un père présent, pas de quelqu’un qui s’érige en modèle ou déserte le foyer pour amasser de quoi sécuriser leur avenir.

Vous, vous appelez au contraire à s’abandonner pleinement à la Providence.
Longtemps, je me suis senti pris en tenaille entre ces deux exigences contradictoires : assumer mes responsabilités de père et répondre à l’appel du Christ "viens, quitte tout et suis moi". Jusqu’au jour où une association m’a proposé un poste au moment même où je m’apprêtais, pour plus de stabilité, à rejoindre le secteur privé. Le conseil d’un prêtre m’a éclairé une fois pour toutes : « Ton devoir est de subvenir aux besoins de ta famille à court terme. Tout le reste appartient au bon Dieu. » Combien de pères qui thésaurisent me confient leur ras-le-bol de voir leur vie professionnelle occuper tout l’espace au détriment de leur famille ou d’engagements au service de la cité ! Cette obsession de sécurité enferme : le jour présent n’est plus vécu pour lui-même… Je raconte dans ma lettre deux moments de ma vie professionnelle où le Ciel a clairement répondu à mes prières. Et pourtant je suis un anxieux !

Vraiment ? Ce n’est pas l’impression que vous donnez…
Mais si ! J’ai toujours peur de ne pas être à la hauteur… Dès que je doute, je me tourne vers saint Joseph dont la statue trône sur mon bureau : les voies déroutantes du Seigneur n’ont pas entamé sa confiance. Je m’accroche à cette vertu que j’ai découvert au fil du temps : l’Espérance. Ce n’est pas, comme l’espoir, une attente : c’est une présence, la certitude que Dieu est à mes côtés sur mon chemin de père. Comment en douterais-je après avoir reçu tant de sidérants témoignages de pères persécutés pour leur foi, qui ont tout perdu sans jamais se sentir abandonnés du Seigneur ! Avec Lui, qu’avons-nous à craindre ?

Pratique

Lettres aux pères de famille, Benoît de Blanpré, Mame, 2025, 12,90 euros.
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