"J’ai été obéissante toute ma vie, mais là c’était trop". C'est une histoire rocambolesque mais qui n'a rien d'une fiction. Trois religieuses autrichiennes ont décidé, début septembre, de “s’évader” de la maison de retraite où elles avaient été installées contre leur gré… pour retourner dans leur couvent bien-aimé, près de Salzbourg (Autriche).
Sœur Bernadette, sœur Regina et sœur Rita ont 88, 86 et 82 ans, mais leur âge ne leur a pas fait perdre leur détermination. Elles sont les dernières sœurs du couvent de Goldenstein qui abritait depuis 1877 à la fois une communauté religieuse et une école privée pour jeunes filles. L’école a ouvert ses portes aux garçons en 2017 et fonctionne toujours. L’histoire des trois sœurs est intimement liée à ce lieu. Adolescente, sœur Bernadette y est arrivée en 1948 comme élève – elle y a même eu pour camarade de classe une certaine... Romy Schneider, future star du cinéma autrichien. Sœur Regina rejoint le couvent en 1958, puis sœur Rita quatre ans plus tard. Toutes trois deviennent enseignantes dans l’école et sœur Regina a même assuré la direction de l’établissement. Elles y ont enseigné, prié, partagé leur quotidien avec des générations d’élèves.
Mais avec les années, le nombre de vocation n'a eu de cesse de diminuer, et en 2022, l’archidiocèse de Salzbourg et l’abbaye de Reichersberg reprennent finalement la gestion du site. La communauté est officiellement dissoute début 2024. Les trois religieuses obtiennent un droit de résidence à vie, à condition que leur santé le permette. Quelques mois plus tard pourtant, elles sont transférées dans une maison de retraite catholique. Le trio affirme avoir été sorti du couvent contre son gré en décembre 2023. "On ne nous l'a pas demandé", confie sœur Bernadette à la BBC. "Nous avions le droit de rester ici jusqu'à la fin de nos jours, et ce droit a été violé."
La grande évasion
Alors, un matin, elles font leurs valises. Avec l’aide de quelques anciens élèves fidèles, elles retrouvent le chemin du couvent, même si les serrures ont été changées. Qu’à cela ne tienne : un serrurier vient prêter main-forte. Et les trois sœurs franchissent à nouveau le seuil de leur maison. Quand elles sont arrivées, il n’y avait ni eau, ni électricité. Mais cela n’a pas suffi à entamer leur joie. "Je suis tellement heureuse d’être rentrée", confie sœur Rita. "À la maison de retraite, j’étais toujours malheureuse. Ici, je suis à ma place."
Depuis, tout s’est réorganisé : les anciens élèves sont venus pour aider à ranger l'ancien couvent manifestement en grand désordre, apportent de la nourriture, un peu d’électricité a été rétablie, et les médecins passent les voir. Et surtout, il y a ce flot d’amis, d’anciens visages connus, qui viennent leur dire merci. "Goldenstein sans les sœurs, ce n’est pas possible", sourit Sophie, une ancienne élève. Elles partagent même leurs aventures sur Instagram où elles sont suivies par plus de 12.000 abonnés.
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Leur retour ressemble pour certains à une petite révolte, voire à de la désobéissance. Pour d'autres, il dit quelque chose de profond : l’attachement à une maison, à une histoire, à une fidélité vécue jusqu’au bout. Les autorités ecclésiales, elles, s’inquiètent pour leur santé et rappellent que le couvent n’est plus adapté à leur âge et à leur état de santé précaire : "En tant que supérieur des trois sœurs augustines restantes, je remplis naturellement mon devoir de protection envers elles", écrit ainsi le prévôt Markus Grasl. "Je ne comprends absolument pas pourquoi les sœurs ont quitté la maison de retraite gérée par l'Église aujourd'hui, car elles sont intégrées à une communauté et, surtout, bénéficient de soins médicaux professionnels et de qualité absolument nécessaires", déclare encore le supérieur de la communauté qui décrit le comportement des sœurs comme "totalement incompréhensible", les incitant à retourner à la maison de retraite, pour y bénéficier de soins complets.
Mais les trois religieuses sont décidées. Elles veulent finir leur vie dans ce lieu où elles ont tout donné. "Plutôt que de mourir dans une maison de retraite, je préférerais aller dans une prairie et entrer ainsi dans l’éternité", confie encore sœur Bernadette à BBC.

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